Jusqu’au 22 mars, le musée régional d’art contemporain accueille les univers de Sylvie Fleury, Anna Meschiari et Armelle Caron, entre pop art, cartographie de l’intime et introspection spatiale.
Cultiver l’art du paradoxe est sans doute l’une des qualités maîtresses de l’artiste plasticienne suisse Sylvie Fleury. Avec Anna Meschiari et Armelle Caron, elle est au centre de la nouvelle exposition du Musée régional d’art contemporain (Mrac), à Sérignan, qui présente, jusqu’au 22 mars prochain, le travail personnel de ces trois femmes, issues de trois générations différentes, aux parcours distincts.
Dotée d’une aura et d’une envergure internationales depuis les années 1990 – ses œuvres figurent dans les collections du Moma de New York –, Sylvie Fleury signe, avec Thunderb, une (toute petite) rétrospective de son travail où elle joue et se joue sans cesse des codes : masculin-féminin, art-mode, fascination-dénonciation de nos sociétés consuméristes…
« Peu visible en France – sa dernière exposition monographique dans une institution publique date d’il y a 20 ans –, sa présence à Sérignan souligne la reconnaissance qu’a acquise le musée sur la scène artistique nationale », se réjouit Clément Nouet, le directeur.
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Des sociétés obsédées par l’image et la perfection
De ses Shopping bags, l’une de ses toutes premières productions, aux néons façon hymne publicitaire où elle utilise des mots issus de l’univers cosmétique ou aux palettes de maquillage, ses Shaped canvases, Sylvia Fleury n’a de cesse de questionner « l’industrie du désir », « d’interroger une société en proie à ses paradoxes », et « de démasquer les symboles artificiels qui l’animent ».
À la façon de Marcel Duchamp ou d’Andy Warhol, elle utilise les références à l’art minimal ou conceptuel dans une esthétique pop mais de luxe. Son langage préfère le diagnostic au jugement. Il est le reflet de nos sociétés obsédées par l’image et la perfection. Aux visiteurs de juger s’il est acquiescement, critique ou condamnation. « J’apprécie que les gens se fassent leur idée. C’est notre regard qui transforme la banalité », affirme l’artiste.
Effervescence romaine
Au rez-de-chaussée du Mrac, Anna Meschiari, lauréate du Prix Occitanie Médicis 2024, a bénéficié d’une résidence de trois mois à la Villa Médicis. De « cette immersion dans la culture italienne et l’effervescence romaine », souligne Clément Nouet, la jeune femme revient avec Les dormeur.euse.x.s, une exposition immersive entre architecture, peinture, vidéo et sculpture, où « des effets de porosité visuelle brouillent les frontières entre l’intérieur et l’extérieur, entre ce qui est montré et ce qui est dissimulé« .
Les peintures sur toile deviennent murs et plafonds et les divans peints « interrogent les états de veille et de sommeil », nourrissant l’ambiguïté « sur l’usage réel de l’objet : espace de repos, sculpture abstraite ou mobilier actif ». Une exploration des frontières entre univers domestique et professionnel et du statut des objets utilitaires.
Quand un papier froissé devient montagne
Enfin, avec Le ressac des cahiers jaunes, Armelle Caron ouvre son « cabinet de curiosités », comme un fac-similé de son atelier et de ses recherches, tout aussi bien graphiques que chromatiques ou cartographiques. Un papier froissé, passé au spectre de la couleur, devient un incroyable paysage de montagnes et vallées où, au milieu coule une rivière.
La série des chambres, à l’aide d’un simple dessin façon plan d’architecte d’une pièce et d’un texte subjectif sur le moment passé là, devient une aventure cartographique pour répertorier l’intime. Les couleurs dessinent des territoires faits de mémoire et de souvenirs et les plans de villes, comme celui de Rome, se retrouvent « rangés ». Une façon de sortir de la centralité imposée par le GPS pour mieux restituer les périphéries et décentrer le regard. Un travail d’une poésie folle.
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