En proie à des addictions qui l’ont rongé, jusqu’à lui faire commettre l’irréparable et trahir ses coéquipiers, l’ouvreur de Montauban Jérôme Bosviel (35 ans) a choisi de se confier. Le témoignage tourmenté d’un joueur en quête de rédemption.
La lumière, Jérôme Bosviel l’entrevoit, au gré d’un rude combat contre lui-même qui lui permet de remonter doucement la pente. Héros de la folle épopée de Montauban en juin dernier, avec, à la clé, une improbable montée en Top 14, l’ouvreur historique de l’USM (35 ans) broyait pourtant du noir, en lui, loin des terrains. En cause, une addiction aux jeux d’argent qui le tractait lentement vers ses propres ténèbres. Jusqu’à cet épisode : à court de liquidités pour satisfaire ses démons, il « tapa » dans la caisse de cotisation des joueurs, et siphonna ce petit « trésor » qui devait notamment permettre aux récents champions de France de Pro D2 de s’offrir un voyage de célébrations à Ibiza. C’est ainsi que « l’affaire Bosviel » a éclaté, à Montauban.
Deux mois plus tard, décidé à inverser le cours de son histoire, Jérôme Bosviel a accepté de tout révéler. Et de se confier. « Je n’étais plus moi-même. J’ai fait une connerie. J’ai honte. »
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« Je suis tombé dans les jeux, le poker et le PMU »
Dans les paroles de Jérôme Bosviel, tête basse, des regrets. Lui, le meilleur marqueur de l’histoire de la Pro D2, sacré meilleur joueur de la deuxième division lors de la dernière Nuit du rugby, a voulu raconter ce lundi 13 octobre 2025 comment son addiction pour les jeux lui a fait commettre une trahison auprès de ses coéquipiers.
Depuis plusieurs saisons, les joueurs de l’US Montauban possèdent une amicale des joueurs du club pour alimenter une caisse commune, afin de financer des moments de convivialité. Après avoir refusé un temps d’en être le président, Bosviel prend finalement les responsabilités au début de la saison dernière, qui sera couronnée sportivement par un titre de champion de France en juin 2025.
Mais en parallèle de sa carrière, Bosviel cache un lourd secret, consécutif à « des problèmes personnels ». « Je suis tombé dans les jeux, le poker et le PMU. Je l’ai caché à tous mes proches. J’avais un sentiment de honte, indique-t-il. Je suis l’aîné de la fratrie, je suis père de famille, je ne voulais pas en parler… Quand je venais au rugby, je ne pensais pas à ça. Mais une fois en dehors, je m’enfermais là-dedans. »
Bosviel, 35 ans, y investit une partie de ses économies. « Quand j’ai senti que je perdais le contrôle, j’ai réduit mes plafonds bancaires », détaille-t-il. Jusqu’au jour où il franchit la limite. En début de saison 2024-2025, il fait un retrait sur le compte de l’association pour assouvir son addiction. Plusieurs autres suivront.
« Je notais tout ce que je prenais sur un carnet »
« Je notais tout ce que je prenais sur un carnet pour ensuite pouvoir renflouer le compte. Je vous jure que je voulais tout rembourser, au centime près », insiste le n°10. Il arrive d’ailleurs que des virements de son compte personnel vers le compte collectif soient réalisés durant la saison. Pour quelle somme au total ? « Bien moins que les rumeurs qui circulent », balaie Bosviel, sans en dévoiler l’exacte facture.
Selon le récit du joueur, un premier déclic a lieu en janvier 2025. « J’ai pris rendez-vous avec quelqu’un pour me soigner. Je voulais alors en parler, mais je n’ai pas pu », déclare l’ouvreur montalbanais. Même si, durant ces consultations, il continue de retirer de l’argent sur le compte de l’amicale. « Je savais que ce n’était pas bien mais c’était plus fort que moi, avec toujours cette idée de rembourser ce que je prenais. »
« J’ai remboursé plus que les sommes empruntées »
Finalement, la vérité éclate en fin de saison. Ses coéquipiers se rendent compte de la tromperie. « Le lundi de la reprise, il y a eu une réunion avec tout le groupe. Je leur ai avoué pour la première fois ce que j’avais fait. Sur le moment, ça met forcément un coup, mais c’était nécessaire. Certains m’en ont voulu et m’en veulent encore. Je suis conscient que je les ai déçus », affirme celui qui est arrivé en Tarn-et-Garonne en 2016.
L’US Montauban, si elle n’est pas directement impliquée puisque l’amicale des joueurs est une entité indépendante, a « supervisé les discussions pour préserver la vie du groupe et ne pas détruire la vie d’un homme et surtout de sa famille ».
« J’ai remboursé plus que les sommes empruntées », conclut Jérôme Bosviel, qui affirme que tous ses comptes de jeu sont clôturés. « Maintenant, je n’aspire qu’à une seule chose : jouer au rugby. »
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