Un corps est retrouvé pendu au centre pénitentiaire. Le box des accusés restera vide. La cour d’assises de l’Hérault ne jugera jamais celui qu’on appelait « le prédateur ». L’homme s’est ôté la vie en détention. Il était mis en examen pour des faits de viols et d’agressions sexuelles sur plusieurs mineurs.
À la cour d’assises de l’Hérault, l’audience n’aura pas lieu. L’homme qui devait y être jugé pour des faits de viols et d’agressions sexuelles sur plusieurs mineurs a mis fin à ses jours dans sa cellule de détention provisoire à Béziers, en mars 2025, quelques semaines avant son procès. Son suicide a mis un terme judiciaire à une affaire pourtant d’une gravité extrême.
Pendant plus de dix mois, l’enquête a révélé l’ampleur des actes reprochés à ce retraité, ancien directeur de centre de loisirs, professeur à l’étranger et famille d’accueil. Il avait à sa charge deux enfants : son petit-fils, ainsi qu’un jeune garçon pour lequel il avait obtenu la garde.
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« J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait les entrailles »
Tout a commencé par un signe, discret mais alarmant. Un soir, Lucie, maman de deux garçons, reçoit un appel de sa propre mère. Celle-ci a repéré une publication sur les réseaux sociaux : son petit-fils dit vouloir se faire tatouer la déesse grecque Médusa. Un symbole de protection et de force mais souvent associé aux survivants d’agressions sexuelles. Inquiète, Lucie interroge la meilleure amie de son fils. En larmes, l’adolescente finit par parler et évoque des abus.
Lucie confronte son fils aîné. Il nie d’abord. Puis finit par lui dire la vérité : alors qu’il passait la nuit chez celui qu’il appelle « le prédateur », l’homme se serait glissé dans son lit et l’aurait touché. Le lendemain, Lucie dépose plainte. Lors des auditions, la parole se libère. Finalement, ce sont ses deux fils qui sont auditionnés. Le plus jeune des deux révèle des faits encore plus graves : des viols. « J’ai eu l’impression qu’on m’arrachait les entrailles », se souvient la mère de famille.
Le calvaire ne faisait que commencer. « Pendant plus de dix mois, je n’ai pas vécu », confie-t-elle. L’homme, pourtant mis en examen, aurait tenté à plusieurs reprises de revenir au domicile familial de Lucie. « On a dû déménager », explique-t-elle.
L’enquête fait apparaître le profil d’un homme ayant eu, pendant des années, un accès privilégié aux enfants. Tahiti, Algérie, Cantal… Son propre fils raconte les nombreuses mutations de son père, et les enfants qui gravitaient sans cesse autour de lui. Il déclare dans l’ordonnance de non-lieu que nous nous sommes procurée et qui récapitule l’ensemble des faits reprochés, avoir lui aussi été victime.
Lucie, de son côté, confiait régulièrement ses enfants à leurs grands-parents, qui les emmenaient jouer au parc. C’est là qu’ils ont fait la connaissance du petit-fils de l’agresseur sexuel, qui y venait aussi. Au fil des auditions, un même mode opératoire revient : l’homme utilisait la confiance, la proximité, l’environnement familial. « Il leur faisait regarder des films pornos et les abusait », rapporte Lucie, la voix tremblante ; faits également confirmés dans le document de la cour d’Appel de Montpellier. Souvent, il se servait de son petit-fils comme d’un appât. Pourtant, ce dernier nie avoir été victime, tout comme son grand-père qui n’a reconnu que les faits concernant les deux fils de Lucie et le jeune garçon placé chez lui. Ce dernier, auditionné lors de l’enquête, décrira des viols répétés, « quatre fois par semaine », et un climat de chantage et de manipulation.
« J’aurais dû le buter »
Le suicide du prévenu a entraîné un non-lieu et l’extinction de l’action publique. Aucun jugement. Aucune peine. Et, pour les victimes, aucun apaisement. « Il ne va jamais payer, c’est trop facile, j’aurais dû le buter », souffle Lucie. « Ma vie est en stand-by. Mon mari est en dépression. Je ne dors plus la nuit. »
Son fils cadet, victime de viol, a, depuis, développé une phobie scolaire, pris 30 kg et souffre d’une maladie auto-immune. Le plus grand, mutique, reste marqué par le silence qui a entouré les premiers faits. À l’époque des abus, les deux garçons avaient entre 8 et 11 ans. Aujourd’hui, ils en ont 13 et 16. Lucie dénonce également un manque criant d’accompagnement psychologique. Aujourd’hui, elle se bat pour obtenir une indemnisation pour ses enfants, et faire en sorte que d’autres victimes, peut-être nombreuses, puissent un jour se manifester.
Cinq ans après les premiers faits, la colère de Lucie ne faiblit pas. Elle dit vouloir témoigner pour une seule raison : la reconnaissance. « C’est triste pour les victimes. J’aurais aimé le confronter au moins une fois. Il ne mérite pas qu’on se taise. »
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