INFO MIDI LIBRE « J’ai le plaisir de rester seul »… Après sept ans de prison, Daniel Malgouyres de retour près de l’ex-jardin préféré des Français

Condamné à 15 ans de prison pour avoir tué un cambrioleur en 2017 au Jardin Saint-Adrien de Servian, lavé de l’accusation d’avoir organisé ce guet-apens, le septuagénaire a obtenu en mai sa libération conditionnelle. Il est revenu vivre dans l’Hérault, tout près de Servian, mais n’a pas le droit d’y retourner, ni de revoir Françoise, son épouse qui a conservé la propriété et avec qui il est en procédure de divorce.

La poignée de main est franche et le sourire chaleureux. Le regard ? Fragile. « Physiquement, ça va. Mentalement, c’est difficile. On a détruit beaucoup de choses pendant toutes ces années, avec de fausses accusations. Ma famille, mon rêve d’enfance, avec ce jardin qu’on m’a enlevé. On a aussi détruit l’homme que j’étais. Courageux, je le suis. Mais peut-être que je suis moins combatif. »

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Le 19 mai dernier, après avoir passé sept ans et demi en détention, Daniel Malgouyres, 76 ans, a obtenu une liberté conditionnelle, et est revenu vivre dans l’Hérault. À quelques kilomètres à peine de Servian et du Jardin Saint-Adrien, cette magnifique propriété qu’il avait construite et exploitée avec Françoise, son épouse, au point d’en faire le jardin préféré des Français, en 2013. Un lieu de rêve qui vire au cauchemar le 7 octobre 2017, lorsque deux hommes cagoulés déboulent à la tombée de la nuit. La suite ? Des violences, qui s’abattent sur le couple, qui avait pour habitude de planquer des bocaux remplis de gros billets, provenant des recettes du jardin.

Dépouiller son épouse de son argent ?

Un des cambrioleurs abattu d’un coup de fusil, un qui s’enfuit. Et le départ d’une affaire judiciaire qui passionne l’opinion pendant des années tout en secouant la justice. Soupçonné d’avoir organisé cette attaque, en pleine crise conjugale, pour dépouiller son épouse de son argent, ce qu’il a toujours nié, Daniel Malgouyres sera finalement acquitté le 12 décembre 2022 en appel, par la cour d’assises de l’Aude. Et condamné à quinze ans, pour avoir abattu le cambrioleur, alors qu’il n’était pas, selon les jurés, en légitime défense.

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« Le plus difficile, c’était jusqu’à l’acquittement de Carcassonne, pour la commandite, parce qu’on vit toujours avec cette question : pourquoi je suis là ? Comment je pouvais faire confiance à la justice, à ces gens-là, ces enquêteurs ? On m’accusait de vouloir voler 100 000 € à mon épouse, alors qu’on était mariés sous le régime de la communauté, ce qui voulait dire que ces 100 000 €, c’était aussi les miens. De monter un home-jacking avec des personnes que je ne connaissais pas, pour partir au Brésil, à 69 ans, avec une femme que je connaissais à peine, en laissant ma propriété. Toute ma vie était basée sur l’achat de cet endroit. Il faut réfléchir ! Et puis pourquoi je vais tuer mon complice ? Pour quelle raison ? « 

« En cellule avec des gens détestables »

Incarcéré, Daniel Malgouyres se bat, tempête, fulmine. « Ce qui me faisait le plus mal, c’était l’injustice. La prison, je m’y suis adapté. Je me suis retrouvé en cellule avec des gens absolument détestables, mais j’avais deux lettres qui me suivaient partout. Le A, de adaptation, et le E, comme espoir. Mon espoir, c’était de sortir et surtout d’être réhabilité. »

Les années de détention provisoire n’ont pourtant rien eu de facile. « Pendant sept mois, on a empêché ma fille de venir me voir. Imaginez-vous, sept mois. Et les cartes de vœux de Noël, je les ai reçues le 15 février. Pourquoi ? C’était juste, Daniel, Joyeux Noël ! Pourquoi on les garde pendant un mois et demi ? Quel est l’intérêt, faire du mal ? Peut-être qu’ils espèrent que je me suicide ? Par moments, ça m’est passé par la tête. »

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Il en a gardé une profonde amertume, surtout contre les gendarmes de la section de recherche de Montpellier. « Le chef enquêteur est venu parler de moi pendant trois ou quatre heures au procès, et je me demandais de qui il parlait. Je ne l’avais jamais vu pendant les trois ans de l’enquête. Je pense qu’il ne doit pas être très fier, maintenant que j’ai été acquitté, sachant le mal qu’il a fait à ma famille. Ou alors, c’est qu’il n’a pas d’honneur. »

La légitime défense suppose une réponse proportionnée à l’attaque

Reste l’autre crime et la mort de ce père de deux enfants qui n’était pas armé, que Daniel Malgouyres a abattu après l’avoir attiré dans sa chambre, en lui faisant croire qu’il y trouverait de l’argent. « Bien sûr, ça me travaille. Quand on enlève la vie à quelqu’un, ce n’est pas évident, même s’il était violent. Je suis très peiné pour la famille de ce monsieur que j’ai tué. Mais personne ne peut parler à ma place de ça. Le juge m’a dit, monsieur Malgouyres, vous auriez pu lui tirer dans les jambes. Mais ce juge, j’aurais bien aimé le voir dans ma situation. »

Son opinion n’a pas changé : il était persuadé de jouer sa survie, alors que la loi pose que la réponse doit être proportionnée à l’attaque. « Une maison, la nuit, c’est un sanctuaire. La loi dit que si on vous attaque la nuit avec un couteau de 20 cm, il faudrait que vous aussi vous ayez un couteau de 20 cm, et vous battre avec lui en pyjama. Et si vous arrivez à vous en sortir, vous aurez peut-être la légitime défense.« 

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Les procès ont été tendus. « À Montpellier, regardez la meute que j’avais contre moi. J’étais le seul qui avait de l’argent, il fallait me taper dessus, je le voyais comme ça. Quand j’ai été condamné, pour tout, à 18 ans de prison, j’ai failli me suicider. À Carcassonne, j’ai été acquitté. Je ne suis pas le commanditaire, mais la justice s’en serait trouvée grandie en disant qui c’était. Là, j’aurais dit bravo. »

« Les gens auront peut-être un autre regard sur moi »

Il sait que certains, malgré tout, pensent encore qu’il a été complice des cambrioleurs, et non leur victime, comme la justice l’a pourtant définitivement établi. « Ceux qui ont un peu quelque chose sous le chapeau savent vient qu’il n’y a rien qui tenait dans cette histoire complètement stupide. De pouvoir vous parler, comme ça, librement, ça m’encourage, je pense que les gens auront peut-être un autre regard sur moi. »

Depuis deux mois, il vit à moins de dix kilomètres du jardin où habite toujours Françoise*, son épouse, avec qui une procédure de divorce est en cours. « Mon frère habite à Servian, ma sœur ici, ma fille pareil, toute ma famille de sang est dans un rayon de 15 kilomètres ». Il n’a le droit ni de la contacter directement, ni de se rendre au jardin. « Quand je me suis battu avec ces gens, quand j’ai tué ce cambrioleur, je défendais Françoise, je défendais ma vie. Pourquoi je ne peux pas voir ma femme que j’ai défendue, mon jardin que j’ai tant aimé ? Maintenant on est en plein divorce, on va vendre, mais comment vendre cet endroit, si je ne suis pas là ? »

Le projet de vendre le jardin et de partager avec Françoise

Il espère que ce projet va pouvoir aboutir. « Mon but, c’est que cela se passe le mieux possible. Ce n’est pas dans mon intérêt. On va tout partager équitablement, et chacun part de son côté. C’est notre retraite, en fait. Cet endroit, on l’a créé nous-mêmes, on y a mis toute notre énergie, notre passion. Moi, je voudrais qu’il reste ou vert au public. Ce serait magnifique d’en faire un restaurant haut-de-gamme. On avait eu des propositions avant le home-jacking, pour en faire des écuries de course de très haut niveau, pour le Qatar, et nous avons refusé. »

Désormais, il se dit prêt à tourner la page. « Maintenant, j’ai envie de calme, je sais que le jardin, et bien, je ne l’aurai plus. » Il souffle. « Aujourd’hui, mon rêve, c’est de vivre bien, et de faire plaisir à ma famille qui m’a porté à bout de bras. Là où je suis malheureux, c’est que mon fils s’est détourné de moi. Cette histoire-là nous a déchirés complètement, j’ai une famille qui est partie en morceaux. »

Il a déjà pu réaliser un premier rêve. « En prison, mon but en sortant, c’était d’aller manger une glace au citron à Valras. J’avais un ami, qui rêvait d’aller manger une boîte de riz au lait sur la plage, et il m’a écrit, tu sais, Daniel, la boîte, je l’ai mangée. Pour certains ça va paraître ridicule, pour d’autres non. Moi, c’était ma glace italienne et elle était délicieuse. » Il a aussi d’autres projets en tête. Chanter dans une chorale, faire le chemin de Compostelle. « Et aussi une retraite dans un monastère, pendant une petite semaine ». Est-il en manque de cellule ? Il rit. « Ce n’est pas pareil ! Mais depuis la prison, j’ai le plaisir de rester seul. C’est bizarre. C’est peut-être encore la peur du regard des gens. »

Contactée, Françoise Malgouyres n’a pas donné suite

https://www.midilibre.fr/2025/08/12/info-midi-libre-jai-le-plaisir-de-rester-seul-apres-sept-ans-de-prison-daniel-malgouyres-de-retour-pres-de-lex-jardin-prefere-des-francais-12865724.php

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