La saison 2025-2026 du Top 14 et de la Pro D2 s’apprête à débuter avec son lot de nouvelles directives. Elles concernent aussi bien les phases de ruck et la mêlée que l’introduction du fameux carton orange. Des ajustements qui, selon le patron des arbitres français Mathieu Raynal, visent à « remettre de l’équité » et à « donner de la lisibilité » aux décisions arbitrales, dans un contexte où le rugby cherche à mieux protéger ses joueurs tout en conservant la fluidité du jeu.
À l’approche du coup d’envoi de la saison, chaque amoureux de rugby veut comprendre les nouvelles règles pour profiter pleinement de tous les matchs. Il était donc essentiel de clarifier les évolutions souhaitées par le corps arbitral. La semaine dernière, arbitres et staffs techniques se sont d’ailleurs réunis à Loudenvielle pour faire consensus. Mathieu Raynal, responsable des arbitres de Top 14 et Pro D2, est revenu en détail, pour Rugbyrama, sur les points les plus complexes. On vous explique tout.
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Soutiens offensifs : plus de rigueur au ruck
Les premières clarifications concernent la zone de ruck, avec des précisions sur les points d’entrée légaux et les attitudes à adopter, pour les soutiens offensifs. Ces exigences font déjà partie des règles, mais les arbitres vont accentuer leur vigilance sur ces situations.
- Vigilance sur les soutiens offensifs :
- Au-delà de devoir emprunter un « point d’entrée légal », c’est-à-dire s’engager dans l’axe du ruck ou du plaquage, l’accent sera désormais mis encore plus fortement sur la maîtrise du poids du corps. Les joueurs devront prêter une attention particulière à leur “point d’ancrage”, en évitant les positions dites “overextended”, où ils basculent au-delà du ruck avec les mains au sol.
- Il reste toutefois autorisé pour un joueur offensif de s’appuyer sur le joueur plaqué, à condition de conserver la maîtrise de son équilibre et de laisser un espace suffisant pour qu’un adversaire puisse tenter un contre-ruck. En clair, il est interdit de “s’étaler” au-dessus du ballon pour verrouiller la zone et empêcher toute tentative de contestation.
Explications de Mathieu Raynal :
« Le point d’ancrage, c’est la base. Un ancrage efficace, c’est lorsque le soutien offensif vient s’appuyer sur le joueur plaqué tout en gardant la maîtrise de son poids du corps, sans basculer vers l’avant. S’ils posent les mains au sol en essayant de déblayer, on leur demande de revenir se replacer correctement, de ‘recharger’ leur appui en se réancrant sur le joueur plaqué, pour rester dans une position légale et stable. »
Plongeons au-dessus des rucks : la clarification sur les essais plongeants
Une autre clarification, plus simple cette fois-ci, concerne la possibilité de marquer un essai en plongeant au-dessus d’un ruck. World Rugby était revenu dessus au début du mois : un joueur peut plonger pour marquer, à condition de ne toucher personne au sol. Si le plongeon entraîne un contact avec des joueurs au sol ou une chute dangereuse, ce sera pénalité contre le joueur plongeant.
Mathieu Raynal tempère : « C’est une action qu’on ne voit quasiment jamais. L’an dernier, sur 450 matchs, on a vu un seul cas. »
Mêlées : fin des introductions de travers et des ballons non talonnés
Dernier point clé : la remise à niveau des introductions en mêlée. Longtemps négligée, cette phase a souvent alimenté les débats. Cette saison, la priorité est de rétablir l’équité. Les introductions devront être droites, le ballon devra être talonné, et les arbitres appliqueront les sanctions avec constance pour garantir des mêlées véritablement disputées.
Dès le début de saison, une rigueur renforcée sera mise en œuvre au cours des réunions qui ont lieu tous les deux mois entre les coachs de mêlée des clubs et William Servat, entraîneur de la conquête du XV de France. Il ne s’agit pas de traquer les fautes, mais d’assurer une cohérence d’arbitrage, afin d’enrayer une dérive qui biaisait l’équité de cette phase de jeu.
Explications de Mathieu Raynal :
“Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y avait une dérive sur les introductions en mêlée. Même les staffs le reconnaissent. On laissait passer des introductions pas droites, et ça manquait d’équité. Cette saison, on a décidé d’y mettre plus de rigueur. Tout le monde est au courant, arbitres et staffs, et tout le monde a validé cette volonté d’être plus stricts. Ce n’est pas qu’on va tout siffler d’un coup, mais si on commence à sanctionner régulièrement, les équipes vont s’adapter, d’autant plus que les coachs de mêlée vont insister là-dessus à l’entraînement. On ne va pas pinailler sur des détails, mais remettre de l’équité. Ce n’est pas l’arbitre tout seul qui décide, c’est un consensus global.”
Le carton orange : la nouvelle arme pour les cas « entre deux »
La grande nouveauté de la saison, celle dont tout le monde parle, sera l’introduction d’un carton de couleur orange. Ce dernier a vocation à trancher les situations litigieuses, à mi-chemin entre le carton jaune et le carton rouge. C’est la « French Touch » qui remplace le système du « bunker » utilisé au niveau international, en définissant précisément les cas où un joueur recevra un carton rouge temporaire de 20 minutes, désormais appelé « carton orange » en Top 14 et en Pro D2.
- Pourquoi un carton orange ?
Jusqu’à présent, les arbitres de Top 14 et Pro D2 devaient choisir entre un carton jaune ou un carton rouge permanent. Le carton rouge de 20 min (dit carton orange) interviendra pour les cas où les critères de degré de danger ou circonstance atténuante ne seraient pas assez clairs pour une sanction “trop” élevée (carton rouge) ou une sanction “pas assez” élevée (carton jaune).
Le carton orange devient alors l’outil qui permettra d’exclure un joueur 20 minutes, sans aller jusqu’au rouge définitif. Contrairement au protocole World Rugby, qui utilise deux cartons rouges (un permanent et un temporaire de 20 minutes via le bunker mais sans distinction visuelle), le Top 14 matérialise cette nuance avec un carton orange pour la lisibilité du public. Le joueur exclu 20 minutes ne pourra pas revenir sur le terrain mais pourra être remplacé à la fin de l’infériorité numérique.
- Le carton orange devrait être appliqué dans les cas suivants :
- Déblayages ou plaquages dangereux techniquement mal exécutés (attitude légale mais dangereuse)
- Situations « entre deux » qui divisaient l’opinion avant. (Exemple : Plaquages hauts avec contact à la tête où la circonstance atténuante n’est pas assez forte pour descendre à jaune, mais trop claire pour monter à rouge.
- Pour rappel, un carton rouge en Top 14 et Pro D2 intervient selon le protocole inchangé qu’est le suivant :
- S’il y a un contact à la tête ;
- Si un jeu déloyal est caractérisé (qu’il soit dû à une attitude légale ou illégale) ;
- S’il y a un haut degré de danger ;
- S’il n’y a pas de circonstance atténuante recevable (pour une attitude illégale, les circonstances atténuantes sont écartées d’office).
La principale différence avec World Rugby réside donc dans la gestion des attitudes « légales ». Pour World Rugby, tout jeu déloyal dû à une attitude légal, mais non maîtrisé, entraîne automatiquement un carton rouge de 20 minutes, quel que soit le degré de danger. En France, on souhaite garder de la lisibilité en modulant la sanction selon le degré de dangerosité et la clarté des circonstances atténuantes.
Explications de Mathieu Raynal :
“World Rugby a des procédures différentes des nôtres parce qu’ils disposent du bunker. Mais pour simplifier : chez nous, le carton rouge permanent reste exactement le même que l’an dernier, avec les mêmes critères d’observation. Le carton jaune aussi ne change pas. La seule nouveauté, c’est qu’on introduit le carton orange, pour trancher les situations ‘limites’, celles qui prêtaient souvent à débat.
Je vais donner un exemple concret : un plaquage haut avec contact à la tête. Il y a un jeu déloyal (légal, puisque c’est un geste technique non maîtrisé, N.D.L.R.), effectué par un plaqueur debout, c’est donc un haut degré de danger. Mais il y a aussi un premier plaqueur qui s’engage proprement et qui constitue une circonstance atténuante. Le problème, c’est que cette circonstance atténuante fait baisser le porteur de balle, mais pas suffisamment pour réduire de manière significative le degré de danger.
Dans ce cas, on est entre le rouge (trop sévère) et le jaune (pas assez sévère). C’est exactement pour ces situations ‘entre-deux’ qu’intervient le carton orange. C’est ça, la logique.”
Un carton qui rallonge le temps passé à la vidéo ?
Au-delà de faire couler beaucoup d’encre, le nouveau carton orange suscite des critiques. Certains estiment qu’il donnera encore plus d’importance à l’arbitrage vidéo, déjà jugé trop chronophage. Pourtant, lorsque la question est posée à Mathieu Raynal, sa réponse est sans équivoque.
Explications de Mathieu Raynal :
“Dire que le carton orange augmentera le temps passé à la vidéo est faux. En réalité, on aura exactement le même nombre d’appels vidéo : environ 2,2 par match, pour un temps moyen d’environ 4 minutes. Pour mettre ça en perspective, on passe presque 18 minutes à jouer une mêlée, 12 minutes à faire les remplacements, et 10 minutes à jouer des touches.
Alors, est-ce que ces 4 minutes passées en vidéo sont vraiment ce qui prend le plus de temps ? Pas forcément. Est-ce qu’on passera plus de temps à la vidéo ? Non, car on aura toujours le même nombre de situations à contrôler. Ce qui change, c’est uniquement la sanction à appliquer : carton jaune, rouge, ou désormais orange. On n’ajoute pas de nouvelles situations à revoir en vidéo, on continue à contrôler les mêmes.
Le nombre d’appels vidéo ne bougera donc pas, c’est juste qu’au moment de la décision, les arbitres doivent choisir entre trois types de sanction. Et est-ce que ça rallonge le temps passé en vidéo ? Pas vraiment, car les procédures sont claires et respectées par tous.”
Les deux nouveautés auxquelles il faudra s’habituer
Pour terminer, il faudra s’habituer à entendre les arbitres directement dans les stades. Concrètement, leur micro sera diffusé sur la sono lors des échanges avec l’arbitre vidéo et au moment de l’annonce des décisions. Un dispositif déjà en place sur les matchs internationaux.
Autre nouveauté discrète mais importante : le chronomètre s’arrêtera désormais après chaque pénalité et chaque transformation, dans le but d’augmenter le temps de jeu effectif : “Si l’on décide collectivement d’arrêter le temps après qu’une pénalité ou une transformation soit marquée, jusqu’au retour au jeu, on gagnera en moyenne 3 minutes de temps de jeu effectif”.
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