« Il faut désensabler d’urgence ! » : à Vendres, les plaisanciers excédés par ce banc de sable qui bloque l’embouchure de l’Aude

Depuis plusieurs mois, le port du Chichoulet, à Vendres, est difficilement accessible par voie maritime à cause d’un banc de sable constitué au niveau de l’embouchure de l’Aude. Une situation délicate qui pose des problèmes de sécurité et qui perturbe la cohabitation entre pêcheurs et plaisanciers. Reportage.

Petit coin tranquille situé à la frontière audoise, en plein cœur du réseau Natura 2000, le port départemental du Chichoulet est un lieu incontournable du Biterrois, apprécié des locaux et des touristes. Ses restaurants, ses animations et son cadre rassérénant continuent de séduire les plaisanciers et les pêcheurs à la ligne, qui y ont leurs habitudes. Rien, semble-t-il, n’a changé depuis l’été précédent. À un détail près : il est devenu extrêmement difficile d’y accéder en bateau. Le comble pour un port de plaisance !

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80 centimètres de profondeur au milieu de l’embouchure

L’hiver dernier, une série de tempêtes de vents d’Est a formé un banc de sable au centre de l’embouchure de l’Aude. Au fil des mois, cet amas s’est considérablement agrandi, comme l’explique Jean-Marie Gaudy, maître de port à la capitainerie du Chichoulet : « L’année dernière, il y avait 1,70 mètre de profondeur au milieu de l’embouchure. Au début du mois de mai, nous l’avons mesuré à 80 centimètres. Pour circuler, les gens doivent obligatoirement faire passer leurs bateaux le long de la digue Est. »

En d’autres termes, les plaisanciers doivent manœuvrer leurs bateaux sur une largeur de 10 mètres. Un travail d’Hercule pour les voiliers, dont le tirant d’eau (la hauteur de la partie immergée d’un bateau) est particulièrement élevé. « Ça embête beaucoup le trafic en saison estivale. Il faut toujours faire attention à ce qu’il n’y ait pas un bateau qui arrive en face », constate Thierry Blanc, restaurateur et éleveur de coquillages à Vendres.

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« Le mois dernier, un bateau s’est fracassé contre les rochers, c’est dangereux »

À ce jour, le service public des phares et balises n’a rien mis en place pour indiquer la zone ensablée, au grand dam de Marc, propriétaire d’un voilier et habitué des lieux.

« Ils pourraient au moins dessiner un tracé pour nous indiquer le chemin à suivre. Mais comme on doit passer près de la digue, ils ne veulent pas prendre le risque, peste le Montalbanais, qui paie 3 000 € à l’année pour pouvoir stationner dans le port. Ils vont se contenter de mettre une bouée sur le sable. Le mois dernier, un bateau s’est fracassé contre les rochers, c’est dangereux ! », enchaîne-t-il, visiblement insatisfait des mesures de sécurité prévues.

Difficile à distinguer à l’œil nu, le banc de sable n’est indiqué par aucune balise devant le port. Midi Libre – Cédric Bardaji

« Le temps passe, les choses ne bougent pas »

Une inquiétude mêlée à de la colère que partage Thierry Blanc, dont l’activité professionnelle n’est pourtant pas directement impactée par cette situation : « Ça doit être frustrant pour les plaisanciers. Les autorités nous avaient promis de baliser l’embouchure. Mais le temps passe, on est fin juillet et les choses ne bougent pas. »

La proximité forcée avec les digues amène naturellement un autre problème : celui des tensions avec certains pêcheurs à la ligne. Il semble en effet impossible aux plaisanciers d’entrer ou de sortir du port sans déranger les amateurs de pêche à la ligne.

« On est obligé de serrer la digue côté Est en frôlant les pêcheurs. Certains comprennent et lèvent leur canne à pêche, mais d’autres refusent et s’énervent, raconte Valérie, l’épouse de Marc. Ils ne comprennent pas qu’on ne peut pas faire autrement ! Ça prend des proportions énormes, il faut désensabler d’urgence parce que cette situation ne convient à personne ».

Les plaisanciers sont forcés de longer la digue Est, créant des tensions avec certains pêcheurs. Midi Libre – Cédric Bardaji

Un problème face auquel la capitainerie est bien impuissante, étant donné que le banc de sable se trouve en dehors des limites administratives du port. Jean-Marie Gaudy assure avoir transmis le dossier à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM). Depuis, silence radio. Seulement un avis aux navigateurs (AVINAV) transmis par la plateforme nationale d’information nautique (PING).

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Alain Caralp : « On essaie de trouver des solutions »

Le port de Vendres appartient au Département de l’Hérault qui en a confié la gestion à La Domitienne dans le cadre d’une délégation de service public qui arrive à échéance. Alain Caralp, le président de la Domitienne, est bien au fait de la problématique : « Avec le maire de Fleury, on a essayé de trouver une solution et on a fait faire un devis à une entreprise spécialisée. Mais l’embouchure du fleuve se situe sur le domaine maritime », c’est-à-dire sous autorité de l’État à qui revient donc la charge, en théorie, d’entretenir le chenal. La Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) de l’Aude devra donner son feu vert. « On va monter un dossier ». Un dossier qui risque de prendre du temps… La balle reste donc dans le camp de l’État et des services maritimes. En attendant, « on a demandé qu’un balisage soit réalisé. Mais c’est complexe. À chaque fois qu’on intervient sur ce domaine qui n’est pas le nôtre, on engage notre responsabilité », souligne Alain Caralp. « On essaie de trouver des solutions le plus rapidement possible. Car les plaisanciers paient une place, un appontement et ils ne peuvent pas passer, c’est quand même incroyable… » Le charmant port de plaisance du Chichoulet compte 260 anneaux et 140 places à sec. Il est aussi un port de pêche et conchylicole.

Le sable pourrait-il s’en aller naturellement, comme c’est parfois le cas ? Rien n’est moins sûr. Le faible courant à l’embouchure du fleuve et le volume important du banc de sable ne devraient a priori pas permettre à ce dernier de se disperser. En attendant une intervention de l’État, les usagers du port se trouvent donc, pour l’instant, seuls face à un océan de problèmes.

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https://www.midilibre.fr/2025/08/03/il-faut-desensabler-durgence-a-vendres-les-plaisanciers-excedes-par-ce-banc-de-sable-qui-bloque-lembouchure-de-laude-12850029.php

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