Valeureux, combatif et réaliste, ce XV de France remanié a réalisé un grand match en Nouvelle-Zélande, malgré la courte défaite (31-27). Les Bleus ont été dans la course tout au long de ce premier match de la tournée d’été, malgré un second acte dominé dans la possession par les All Blacks. Guillard, Villière et Woki ont inscrit les trois essais français.
Il n’y eut certes pas de miracle, samedi soir, au Forsyth Barr Stadium. Mais que cette équipe de France « bis », « ter » voire « quater » fut belle, à Dunedin. Et comme ces Tricolores rendirent fiers, à 18 000 kilomètres de là, l’armée de fadas ayant saccagé sa grasse matinée pour assister à ce match. Courageuse et plus encore en défense, assise sur un plan de jeu minimaliste mais efficace, la sélection tricolore a prouvé dans le grand Sud que le réservoir du rugby français était encore plus profond qu’on aurait pu le penser avant ce match. Et à l’heure de tourner le dos à la région d’Otago pour rejoindre Wellington, lieu du second test, on est quelques-uns à pester contre cette défaite de quatre points, pour laquelle on aurait pourtant signé des deux mains il y a quelques jours encore…
En début de match, les Bleus frappaient donc les premiers. Dans ses quarante mètres, Théo Attissogbe perçait une défense néo-zélandaise quelque peu passive – pour dire le moins- accélérait franchement et retrouvait Emilien Gailleton à l’intérieur. L’action rebondissait aussitôt vers Gaël Fickou mais le capitaine tricolore était stoppé à deux mètres de l’en-but néo-zélandais. A ce moment-là, Mickaël Guillard se saisissait de la balle et aplatissait le premier essai du match. Bim ! Coup de clim’dans un stade qui n’en avait pourtant pas besoin, Dunedin affichant ce soir-là des températures proches de zéro. Vexés, les All Blacks – tellement à côté de leurs pompes en début de match que leur ailier Sevu Reece s’était même assommé en tapant le noble séant de Joris Segonds- réagissaient néanmoins dans la foulée, marquant deux essais coup sur coup par Will Jordan – à la suite d’une belle passe sautée de Beauden Barrett – puis par le flanker Tupou Vaa’i, cette fois-ci en force.
Côté français, la stratégie était claire : dotée du monumental pied droit de Joris Segonds, la sélection tricolore se contentait donc majoritairement d’occuper le camp adverse, renvoyer les Kiwis le plus loin possible de son en-but avant de se jeter, comme possédée, sur tous les ballons lâchés par les hommes de Scott Robertson. Et il y en eut des tas, nom de Zeus. C’est que les All Blacks sont encore en début de saison, voyez-vous. Sans trop de repères et encore très loin, mais alors vraiment très très loin, de leur pleine puissance. A ce titre, on aurait même pu, au fil de cet étrange premier acte et comme l’avait fait l’indélicat Justin Marshall au sujet de la bleusaille avant match, se demander quelle équipe néo-zélandaise la NZRU avait donc osé envoyer défier le récent vainqueur du Tournoi des 6 Nations…
Galthié : « Ils ont entendu ce qu’il s’est dit d’eux »
Etait-ce parce qu’on leur avait promis l’enfer que ces Tricolores, déterminés, solidaires et disciplinés, rendaient coup pour coup aux finalistes de la dernière Coupe du monde, dans la nuit australe ? Etait-ce par peur de vivre une tournée longue comme un jour sans pain que les Bleus jouaient là-bas comme si leur vie en dépendait ? « Ils ont entendu ce qu’il s’est dit d’eux depuis qu’ils ont posé le pied en Nouvelle-Zélande », avait de son côté soufflé Fabien Galthié quelque temps plus tôt, sentant que le levier de la peur, ou celui de la vexation, serait à même de réduire le fossé présumé entre la Nouvelle-Zélande lestée de ses meilleurs éléments et les réservistes tricolores. En deuxième période, les coéquipiers de Gaël Fickou marquaient donc encore, à deux reprises même, par l’intermédiaire de Gabin Villière puis Cameron Woki. En face, les noirs continuaient leur festival, vomissant des ballons en l’air et perdant souvent leurs duels. Finalement, ils ne durent qu’à un en-avant de Romain Taofifenua en fin de match le droit d’aborder le prochain test de Wellington en menant la série 1-0…
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