Grand entretien. Dan Carter (Nouvelle-Zélande) : « Antoine Dupont manque à l’équipe de France »

À une dizaine de jours de la tournée des Bleus en Nouvelle-Zélande, la légende vivante des All Blacks, Dan Carter, a accepté d’évoquer ce rendez-vous tant attendu pour n’importe quel fan de rugby. Et même si les Bleus se rendent à l’autre bout du monde sans leurs joueurs majeurs, l’ex-demi d’ouverture aux 112 sélections ne veut pas bouder son plaisir.

Êtes-vous excité à l’idée de cette tournée des Bleus en Nouvelle-Zélande ?

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Absolument, oui. Vous savez, on ne voit pas souvent les Français débarquer chez nous… D’ailleurs on ne les voit pas assez ! J’aimerais qu’ils viennent plus souvent, car il y a une grande histoire entre nos deux nations, et une grande rivalité. Mais en tant que supporter des All Blacks et passionné de rugby, j’ai vraiment hâte.

Pourquoi ?

Parce que ces trois premiers tests marquent le coup d’envoi de notre saison internationale. Les choses sont très différentes de chez vous dans l’hémisphère Sud : ici cela va crescendo. Nous avons eu le championnat des provinces, puis le Super Rugby, et maintenant les tests. Donc pour nous, les choses sérieuses commencent ! Il y a tellement d’attente, d’excitation autour des nouveaux joueurs, de la sélection, du jeu que pratiqueront les All Blacks… Il y a aussi de l’incertitude, car on se demande s’ils vont être performants, si untel ou untel tiendra son rang… Je ressens beaucoup de nervosité autour des All Blacks. Comme toujours, en réalité… Je suis en tout cas sûr qu’ils rendront leur pays fier.

La saison tout juste écoulée de Super Rugby a-t-elle attisé la passion des Néo-Zélandais ?

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu un Super Rugby de cette qualité. Je l’ai trouvé incroyable. Je n’avais jamais autant regardé de matchs de Super Rugby depuis ma retraite et franchement, je me suis régalé. Les rencontres étaient d’une intensité folle, avec beaucoup d’essais mais surtout souvent très accrochés, donnant ainsi un championnat plus homogène que d’habitude. Les Moana Pasifika ont été la bonne surprise de l’édition, le réveil des franchises australiennes, le redressement des Crusaders aussi et au total, nous avons eu un championnat palpitant. Et indirectement, les performances des équipes et des joueurs ont alimenté les débats autour des All Blacks : qui mérite d’être sélectionné, qui ne le mérite pas ? Cela fait des semaines que l’on parle de la liste que Scott Robertson a dévoilée il y a deux jours. Maintenant, les spéculations sont terminées et place au jeu. On a hâte de voir ce que cela va donner.

Beaucoup de joueurs cadres du XV de France manqueront à l’appel, quel regard portez-vous sur ces absences ?

C’est quelque chose que Fabien Galthié ne peut pas contrôler. Je suis sûr qu’il aurait aimé avoir sa meilleure équipe pour affronter les All Blacks. Quand j’étais joueur, j’adorais partir en tournée dans l’hémisphère Nord. Même quand je me sentais fatigué de la saison de club écoulée, j’adorais changer d’hémisphère.

Pourquoi ?

Parce qu’en tant que joueur, tu as envie de te mesurer à ce qui existe de l’autre côté de la planète. Aller affronter des adversaires que tu ne connais pas, dans des endroits exotiques. Comme je le disais auparavant, nous ne voyons pas assez souvent les Français en Nouvelle-Zélande. Bien sûr que nous voudrions voir les meilleurs joueurs mais pour des raisons de blessures et d’agenda mondial, ce n’est pas possible. C’est comme ça. Les saisons sont très longues en France, je suis bien placé pour en parler. Une fois, avec le Racing 92, j’avais disputé le premier match de Top 14 seulement six jours après avoir repris. C’était fou. Les joueurs ont besoin de se reposer. Et même si ce XV de France n’aura pas ses meilleurs joueurs, il faut respecter cette équipe. Car en rugby, les outsiders sont toujours dangereux. Ici, certains critiquent cette équipe remaniée, mais je peux vous assurer qu’elle mérite le respect. Car les Français sont toujours dangereux. Toujours. Les Anglais peuvent en attester…

Vous avez regardé le match Angleterre XV – France A ?

Oui, et ils ont gagné à Twickenham avec beaucoup de jeunes joueurs qui ne se sont pas laissé impressionner par Twickenham. Chapeau à eux, car cela va leur donner pas mal de confiance avant d’affronter les All Blacks qui, eux, viennent juste de se réunir. Mais je sais que les All Blacks ont très envie d’affronter les Français. C’est toujours un match très attendu chez nous.

Les Kiwis ont les yeux rivés sur le classement mondial

Vous parliez d’incertitude, est-ce que le fait que ces joueurs français soient moins connus en ajoute ?

Je parlais davantage de l’attente qu’il existe autour des All Blacks en début de saison internationale. Peu importe l’adversaire, les gens ici sont très concentrés sur l’équipe : qui va jouer, comment elle va jouer, est-ce qu’un tel va être sur la même dynamique que ses performances en Super Rugby ? Les gens ont tellement hâte que tous les débats tournent autour des All Blacks. Mais personnellement, je pense que cette équipe de France est d’autant plus dangereuse qu’elle n’a justement pas de pression de résultat.

Les supporters néo-zélandais sont-ils déçus de ne pas voir les meilleurs Bleus ?

Un peu et c’est naturel. Encore une fois, on ne voit pas souvent les Français et du rugby français. Nous étions à fond dans le Super Rugby, mais nous suivons le Tournoi des 6 Nations de très loin. En revanche, les Kiwis ont les yeux rivés sur le classement mondial et ils ne veulent pas être rattrapés par la France (les Bleus sont quatrièmes avec 89,51, les All Blacks deuxièmes avec 90,36). Et l’équipe de France a, ces dernières années, développé tellement de joueurs de classe mondiale que les gens ont envie de les voir venir se mesurer à leurs All Blacks ici plutôt que de les voir affronter l’Irlande à Dublin, par exemple.

Dan Carter est double champion du monde avec l’équipe de Nouvelle-Zélande Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Qui connaissez-vous donc dans ce groupe tricolore ?

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Pas beaucoup je dois le reconnaître ! J’ai imprimé la liste ce matin et on voit qu’il y a beaucoup de joueurs jeunes, non capés, ou à moins de 10 sélections. Je suis content pour Gaël Fickou, qui se rapproche progressivement des 100 sélections et qui sera le capitaine de cette tournée. Il a toujours été une référence dans le rugby français et je pense qu’il sera un bon meneur. Je connais Nolann Le Garrec aussi. Je ne l’ai pas croisé en tant que joueur car il est arrivé au Racing alors que j’étais déjà parti mais je l’ai rencontré à plusieurs reprises et depuis, je le suis de près. C’est une fantastique opportunité qui se présente à lui, car il n’a plus Antoine Dupont devant lui. Ces trois gros tests matchs peuvent être un accélérateur dans sa carrière, il peut vraiment s’inscrire durablement dans cette équipe.

Vous avez beaucoup échangé avec lui ?

Pas mal oui, j’ai compris que c’était un vrai passionné de rugby, qui regarde beaucoup de matchs, qui étudie beaucoup. Il n’a pas de mal à dire qu’il veut devenir le meilleur, tout en restant humble. Il possède une éthique de travail irréprochable, il me donne l’impression d’être un vrai étudiant du rugby, qui bûche fort.

Qui d’autre connaissez-vous ?

Cameron Woki sera précieux pour les Bleus, qui vont avoir une dimension physique en Nouvelle-Zélande, surtout en ce moment…

C’est-à-dire ?

Nous sommes en plein hiver néo-zélandais. Il devrait faire 4 ou 5 degrés à Dunedin. À l’exception du premier test qui se disputera dans un stade équipé d’un toit, les Bleus vont avoir droit à des matchs d’hiver, joués sur un terrain lourd. Regardez les derniers matchs de Super Rugby : toutes les rencontres ont été très serrées, avec beaucoup de jeu direct, centré autour des avants. La dimension physique sera très importante pour ces matchs. Pour ceci, la touche et l’expérience, Cameron Woki sera précieux. Idem pour Rabah Slimani, qui devra caler la mêlée française et apporter son expérience internationale. Même si je n’y connais pas grand-chose en mêlée fermée ! (Rires)

Quel regard portez-vous sur Gaël Fickou ?

Quand je jouais au Racing 92, il était dans le club de l’autre côté de la rue, au Stade français. Il y avait une bonne rivalité entre nos clubs. Gaël a toujours été une menace majeure pour nous en attaque. Balle en main, il a de bons appuis, un gabarit solide qui lui permettait de gagner la ligne d’avantage. C’était il y a neuf ou dix ans, cela ne me rajeunit pas ! Mais le fait qu’il soit toujours présent et qu’on lui confie le capitanat en dit long sur sa qualité de joueur et de leader. Donc il est toujours une menace en attaque, mais c’est aussi un sérieux défenseur. J’ai le sentiment qu’il est devenu un joueur très complet.

Ils vont avoir l’occasion d’affronter les All Blacks en Nouvelle-Zélande. C’est rare.

Vous avez écrit un livre sur le management, quel type de leader Gaël Fickou serait-il ?

Je n’ai jamais joué avec lui mais de l’extérieur, j’ai l’impression que c’est une leader par l’exemple, par les actes. Tout ce qu’il veut, c’est être sur le terrain. Et il ne dit pas aux autres de faire des choses qu’il ne fait pas d’abord. Il va chercher les ballons et les attaquants, son appétit pour le jeu semble intact après toutes ces années.

Quel conseil donneriez-vous à ces nouveaux Bleus ?

D’en profiter pleinement, de saisir cette opportunité à deux mains. Dans le sport et la vie en général, il faut savoir saisir les opportunités. Celle qui se présente à eux est unique dans une carrière : ils vont avoir l’occasion d’affronter les All Blacks en Nouvelle-Zélande. C’est rare. Ce sont eux les chanceux ! Qu’ils soient reconnaissants de cette chance, et qu’ils n’oublient pas que tout est possible, même si vaincre cette équipe sur son sol n’était vraiment pas une chose aisée. En tant que supporter des All Blacks, je ne vous cache pas que la défaite à domicile est pour nous interdite.

Antoine Dupont est absent depuis de longs mois, quel positif peut-il retirer de sa convalescence ?

Antoine Dupont manque à l’équipe de France, c’est indéniable. C’est un joueur de classe mondiale qui manque à ses coéquipiers et aux supporters. C’est dommage pour lui car il veut jouer tous les matchs, et remporter toutes les compétitions. Cela doit être dur à vivre donc. Mais quand je regarde ma carrière, j’ai disputé quatre Coupes du monde et joué jusqu’à l’âge de 38 ans. Et quand je regarde en arrière – c’est terrible à dire – mais je crois que cette longévité a été possible grâce à mes blessures. C’est fou mais ce sont lors de ces périodes de convalescence que l’on peut vraiment se régénérer mentalement et physiquement. Cela permet aussi de travailler autrement, de résoudre des petits déséquilibres corporels bref, de prendre un nouveau départ. C’est aussi l’occasion de se servir de cette frustration. Je suis sûr qu’Antoine a assisté à toutes les victoires de son équipe, celles du XV de France lors du dernier Tournoi et que cela a dû générer beaucoup de frustration en lui. Il doit s’en servir comme d’un carburant pour revenir plus fort. Donc c’est dur pour lui à court terme, mais je pense que sur le long terme cette convalescence lui sera profitable.

Dan Carter aux côtés de Serge Betsen à l’occasion des Jeux olympiques de Paris 2024 PA Images / Icon Sport – Mike Egerton

De votre point de vue, n’est-il pas de plus en plus dur de revenir à son meilleur niveau à chaque fois ?

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Cela dépend de vos motivations et de la fréquence de vos blessures. J’ai connu des coéquipiers qui ont vécu l’enfer avec des blessures à répétition. Dans ce cas, c’est très dur car on ne voit pas le bout du tunnel. Là, c’est sa première blessure grave depuis longtemps. Cela peut devenir dur à la longue, mais il ne me semble pas que ce soit le cas d’Antoine.

Parlons de vos All Blacks, avez-vous été surpris par le groupe retenu par Scott Robertson ?

Pas vraiment non, même s’il a choisi de récompenser plusieurs jeunes joueurs pour leurs performances en Super Rugby. Je trouve qu’il y a un très bon équilibre entre jeunesse et expérience. Je pense par exemple au trois-quarts des Highlanders, Timoci Tavatavanawai. Il a fait une saison exceptionnelle avec les Highlanders, qui ont pourtant lutté tout au long de l’exercice. Et cela fait deux ans que cela dure. Il peut avoir un réel impact sur le terrain, qu’il soit titulaire ou remplaçant. Il peut jouer 12 ou ailier, il me fait penser à Josua Tuisova. Très physique balle en main, excellents appuis… Il faudra également suivre Billy Proctor, le centre des Hurricanes. Cela fait un moment qu’il est dans le groupe donc il connaît le plan de jeu même s’il ne compte que deux sélections. Il était blessé sur la première partie de saison de Super Rugby mais il a été absolument incroyable dès qu’il est revenu. Il y aura beaucoup de concurrence au centre du terrain avec Jordie Barrett, Quinn Tupaea, Anton Lienert-Brown… Certains disent que l’on va même déplacer Rieko Ioane à l’aile pour tester de nouveaux joueurs au centre.

Que savez-vous de Fabian Holland, le deuxième ligne des Highlanders ?

C’est vraiment un géant. Il est immense. Et à ce poste de deuxième ligne, la taille compte. Les All Blacks auront besoin de ce genre de joueur robuste pour dominer physiquement leurs adversaires. C’est le premier Hollandais à intégrer les All Blacks, donc c’est déjà un petit évènement en soi. Je suis super heureux pour lui et sa famille. Ces premières sélections me rappellent toujours la mienne…

Vous en souvenez bien ?

Parfaitement. C’était en 2003, et je ne m’y attendais pas du tout. Cela montre à quel point je suis vieux mais à cette époque, on annonçait le groupe à la radio. Et le truc, c’est que le sélectionneur vous appelait personnellement pour vous dire que vous n’étiez pas sélectionné, mais il ne vous appelait pas pour vous convoquer. Il fallait donc écouter la radio. Cette année-là, je ne l’écoutais pas. Je vivais ma première année de rugby pro, j’avais joué 12 matchs avec les Crusaders donc je n’y songeais absolument pas. C’est mon père qui m’a appelé : « Fils, tu es pris avec les All Blacks ». J’ai cru à une blague au début, je n’y croyais pas. Je lui dis : « C’est une blague papa ? » Il répond : « Non, ils viennent de donner ton nom à la radio ! » C’était un souvenir incroyable. Il était tellement heureux pour moi. Il a toujours été mon supporter numéro 1 et le voir comme ça, c’était inoubliable.

Le staff a également tenu à récompenser la fidélité de certains joueurs, tels que le troisième ligne Du’Plessis Kirifi, disant qu’il a toujours travaillé dur et attendu son tour dans l’ombre pour décrocher ce maillot noir…

En Nouvelle-Zélande, beaucoup de gamins grandissent avec le rêve de venir All Black. Alors ils s’entraînent dur, jouent dans les clubs, en Super Rugby, mais leur tour ne vient pas toujours parce qu’il y a beaucoup de concurrence. Alors après quelques années, ils préfèrent partir en Europe ou au Japon pour d’évidentes raisons financières et abandonnent leur rêve de porter le maillot noir. Du Plessis est un joueur majeur du Super Rugby depuis des années. Et il a refusé un paquet d’offres pour aller jouer à l’étranger pour garder toutes ses chances d’être appelé. Il a fait une saison exceptionnelle avec les Hurricanes, et il a été récompensé pour celle-ci. Chapeau à lui de s’être accroché à son rêve, et c’est bien que des joueurs soient récompensés pour leur loyauté.

Scott Barrett est maintenu dans son rôle de capitaine, c’est logique pour vous ?

Scott ne parle pas beaucoup. Mais tout le monde le suit. C’est le professionnel ultime. Et pareil en termes d’état d’esprit : il ne pense jamais à lui, toujours à l’équipe. Il a une humilité incroyable. Sa première année en tant que capitaine a dû être très formatrice, car ce n’était pas facile. Et autour de lui, le groupe de leader est solide : son frère Jordie, Ardie Savea sont vice-capitaines et il pourra compter sur Codie Taylor, son autre frère Beauden, Damian McKenzie, Anton Lienert-Brown, Will Jordan…

Il a effectivement dû apprendre beaucoup durant l’année dernière et le cauchemar vécu par les Crusaders, jusqu’à ce titre récemment gagné…

Scott a traversé des moments difficiles c’est vrai. Et porter le brassard des All Blacks était un sacré défi. Mais il était prêt. En Nouvelle-Zélande, on dit que capitaine et sélectionneur sont les deux jobs les plus durs du pays. Certains disent même que c’est pire ou plus important que d’être Premier ministre ! (Rires) La pression et les attentes sont énormes, surtout quand cela ne va pas aussi bien que prévu. Toutes les leçons apprises ces deux dernières années seront précieuses pour lui.

Qu’avez-vous pensé du spectaculaire redressement de votre ancienne équipe des Crusaders ?

Remarquable. Quel come-back ! La saison dernière a été un enfer. Les gens d’ici sont tellement habitués à ce que l’on gagne… Je crois que sur mes 13 années passées aux Crusaders, nous n’avons manqué les play-off qu’une seule fois. Le manager, Rob Penney avait été sérieusement remis en question, de même que les joueurs. Mais ils ont réussi à renverser les choses et ont remporté ce titre cette année. C’est vraiment incroyable.

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Comment s’y sont-ils pris ?

Je ne suis vraiment plus dans l’équipe, je les suis en tant que supporter et je ne leur ai remis le maillot qu’une fois cette saison. J’entraîne depuis mon canapé, comme n’importe quel supporter ! (Rires) Mais de l’extérieur, j’ai l’impression que le groupe de leaders a été vraiment solide. Je pense notamment à David Havili, Will Jordan, Scott Barrett, Codie Taylor et Ethan Blackadder qui ont entraîné tout le monde avec eux. J’ai beaucoup aimé leurs jeunes ouvreurs également, avec Taha Kemara en début de saison et Rivez Reihana ensuite. Ils ont vraiment progressé en peu de temps.

On doit vous poser la question : qui devrait jouer en 10 pour les All Blacks ?

Oh mon Dieu ! Je n’en sais rien. Lancez une pièce en l’air et vous verrez bien ! (Rires) Ce sont deux joueurs fantastiques. J’ai vu Beauden aider les Blues à retrouver les sommets cette saison. Il a joué un grand rôle dans le redressement d’Auckland. Et de l’autre côté, on sait tous de quoi Damian McKenzie est capable sur un terrain. Je n’ai vraiment aucune idée de celui que Scott Robertson doit faire jouer. Tout dépend de son plan de jeu, et des conditions. Je pense qu’on a une chance immense d’avoir deux joueurs de cette qualité au poste, d’autant qu’ils sont parfaitement polyvalents, l’un et l’autre. On peut échanger leur position en cours de match. Il faudra également compter sur Ruben Love, qui peut jouer 15 et 10 également, et qui n’a pour l’instant qu’une seule sélection. Scott a vraiment l’embarras du choix.

Dan Carter et Beauden Barrett lors d’un entraînement avec les Blues Steve Haag / Icon Sport – Andrew Cornaga

Nous avons un peu le même cas de figure ici entre Romain Ntamack et Matthieu Jalibert…

C’est ça. Pour répondre quand même à la question, je titulariserais Damian McKenzie si je devais me baser sur ses prestations en Super Rugby. C’est ce qu’ils ont fait l’année dernière : Damian a commencé en 10 mais Beauden est revenu au poste en fin de saison internationale. Vont-ils rester là-dessus ? En tout cas Damian mériterait de conduire l’attaque des All Blacks au vu de ses récentes performances. Mais si ce n’est pas le cas, on sait que Beauden tiendra son poste. Pour en revenir à votre exemple français, j’étais content de voir que Romain était enfin de retour après sa grave blessure, mais Matthieu a vraiment fait un grand pas en avant durant le dernier Tournoi. Il y a une belle rivalité entre eux, c’est un peu comme ici.

Vous n’avez jamais perdu en Nouvelle-Zélande contre les Bleus, mais quels souvenirs gardez-vous de vos confrontations ?

Je me souviens très bien de la première fois que j’ai affronté la France : c’était en 2003, pour ma deuxième sélection, et j’ai eu la chance de disputer ce match chez moi, à Christchurch. C’est déjà fantastique de porter le maillot noir, mais alors le faire chez moi, dans mon stade… Je ne pouvais pas être plus heureux. Je me souviens très bien du match. Joe Rokocoko avait marqué des essais incroyables (trois, au total, NDLR.). Joe était en feu ce soir-là. Je me souviens aussi de la tournée 2013, le match était à New Plymouth. Ce n’était pas un très bon souvenir, je m’étais blessé et j’avais manqué une partie de la tournée. Avec les Français, mon meilleur souvenir reste quand même 2011, et ce titre mondial parce qu’on a joué un des meilleurs rugbys de toute notre histoire…

Même si vous vous étiez blessé et manqué la finale ?

Oui parce que c’était un immense soulagement. Nous étions à domicile, la pression était gigantesque. Après 24 ans de disette, on soulevait enfin à nouveau la Coupe du monde. J’étais tellement fier de l’équipe… Durant des années, nous étions premiers au classement mondial mais les gens commençaient à dire que nous étions incapables de gagner une Coupe du monde. Cela commençait à devenir pesant. Et puis les Français nous avaient battus en 1999, et en 2007. C’était vraiment un moment à part. Même si, au fond de moi, une voix hurlait que j’aurais aimé être sur le terrain avec eux ce jour-là. Je m’en suis servi de motivation pour les quatre années qui ont suivi.

Vous avez publié un livre intitulé « L’Art de vaincre » en 2023, qui parle de leadership et de culture de l’excellence, pourquoi avez-vous décidé de l’écrire ?

Dans la première partie du bouquin, j’ai voulu parler de la vulnérabilité du sportif quand il met un terme à sa carrière car je trouvais que l’on n’en parlait pas assez. Donc c’est à propos de cette transition qui n’est vraiment pas facile à vivre. J’ai donc voulu partager mon expérience, et raconter comment je me suis retrouvé sur une nouvelle ligne de départ, mais en disposant d’une expérience inestimable. J’ai souhaité partager ces leçons que le sport de haut niveau m’a appris au cours de ces années. Autant de leçons qui peuvent être utiles en entreprise ou dans la vie de tous les jours. Le sport de haut niveau m’a donné les outils pour devenir résilient et affronter les déceptions. Je n’avais pas envie d’écrire un livre sur notre titre mondial de 2015, je ne voulais pas d’une histoire uniquement positive. J’avais envie de raconter quelque chose de plus éprouvant, mais aussi de plus utile. Et puis ce livre m’a lancé dans mon activité actuelle, celle qui me prend le plus de temps en dehors de mes quatre enfants : celle de conférencier. J’adore partager mes expériences et me nourrir d’autres.

Ce livre aurait pu être écrit par un manager de rugby non ? Vous y pensez ?

Non vraiment… Je tiens trop à mes week-ends désormais ! J’aime toujours autant le rugby mais depuis le bord du terrain, pour regarder mes gamins jouer. Je ne suis plus attiré par le rugby professionnel. Comme je vous le disais, je suis aujourd’hui conférencier et je parle de mon livre.

https://www.rugbyrama.fr/2025/07/04/grand-entretien-dan-carter-nouvelle-zelande-antoine-dupont-manque-a-lequipe-de-france-12805334.php

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