« Des anomalies de température de 3°à 5 °C » : sur le littoral languedocien, la Méditerranée est déjà en surchauffe

Depuis plusieurs jours, sur le littoral languedocien, les baigneurs se jettent dans la mer sans crainte. L’eau frôle des records de température habituellement constatés en août, jusqu’à 27 °C. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle.

Un coup de sifflet retentit. En ce lundi soir, un groupe d’athlètes de Castries (Hérault) achève une ultime série de pompes sur le sable du Grand Travers. Pour marquer la fin de saison et pour éviter la fournaise du gymnase, le rendez-vous avait été donné sur la plage.« Tous à l’eau !« , lance le coach Sylvain, suivi par la dizaine de runners en sueur. Quelques secondes suffisent pour plonger et se rafraîchir. Quoi que…« Je n’ai pas souvenir de m’être baigné ici dans une eau si chaude« , s’étonne Sylvain. Marine acquiesce. « Surtout au mois de juin. C’est même plutôt inquiétant.« 

Découvrir La Tenue des Pros

Les chiffres le confirment. Habituellement, à La Grande-Motte à l’entrée de l’été, la température de l’eau affiche en moyenne 20 °C. Le record, pour un mois de juin, avait été battu en 2023, avec une pointe à 24,7 °C. Soit quasiment 2,5 °C de moins que les valeurs relevées cette semaine.

Météo France a relevé des températures largement supérieures aux normes de saison, ces derniers jours. S.W.

« On observe, depuis quelques jours, des anomalies de température de 3 à 5 °C sur toute la partie ouest du bassin méditerranéen. C’est très chaud, des valeurs que l’on constate habituellement plutôt à la fin de l’été« , intervient Thibault Guinaldo, chercheur de Météo France basé au centre national de recherche météorologique de Lannion, qui analyse mers et océans à l’aide des satellites. L’an dernier, la température médiane quotidienne de la surface de la Méditerranée avait atteint 28,9 °C le 15 août, un record à l’époque très commenté.

PLUS INFO  Ordination diaconale

À lire aussi : Triste record : 28,7° C relevés en Méditerranée ce lundi, les températures enregistrées en 2003 dépassées

Deux phénomènes expliquent, selon le scientifique, cette surchauffe aussi précoce. « La Méditerranée, bassin semi-fermé, répond rapidement aux changements atmosphériques. Le panache de chaleur qui s’est installé depuis plusieurs jours sur la région avec des températures très fortes pour la saison, a engendré cette réaction au niveau de la mer. En parallèle, on constate depuis quelques années que la Méditerranée se refroidit moins en hiver. Des spécialistes ont démontré un ralentissement du phénomène de convection, c’est-à-dire le mélange entre les eaux froides en profondeur et les eaux en surface plus chaude. Cet isolement des couches fait qu’on part d’une base déjà plus chaude lorsque les phénomènes atmosphériques extrêmes arrivent en début d’été« , décrit Thibault Guinaldo. Ses relevés confirment que le golfe du Lion a été « assez chaud«  depuis le début de l’année et que, hormis quelques jours fin mai, « la zone a subi une série de vagues de chaleur marine depuis la fin du mois de mars« .

+ 0,4 °C par décennie et « upwelling »

Celui-ci n’a donc pas été surpris de constater cette envolée des températures. D’autant que le mistral et la tramontane se sont faits discrets ces dernières semaines, deux vents qui favorisent le brassage des eaux lorsqu’ils s’imposent plusieurs jours. « Ils permettent aussi une évaporation qui contribue à refroidir les mers et océans. Mais, c’est actuellement un flux de sud qui s’est installé, amenant plutôt des eaux chaudes du large du Maghreb et bloquant toute possibilité de refroidissement« . CQFD.

PLUS INFO  Le financement du contournement ouest de Montpellier retoqué après le recours d'un particulier

Au Cap d’Agde, Renaud Dupuy de la Grandrive, directeur de l’aire marine protégée de la Côte Agathoise, confirme aussi le ressenti des baigneurs. « Sur notre zone témoin, située au large, l’eau est actuellement à 24 °C en surface et affiche encore 20 °C à 20 mètres de profondeur, quand elle est, en moyenne l’été, à 15-16 °C« , montre-t-il. Ce constat n’étonne pas celui qui plonge régulièrement en Méditerranée. « Le golfe du Lion a la particularité de connaître de grandes variabilités. La température peut même descendre de 6 °C, voire plus, en 24 heures, y compris en été« , décrit-il.

Les habitués des plages languedociennes se souviennent peut-être que le thermomètre avait joué au yo-yo en août 2023, passant en deux semaines de 25 °C à 15 °C par endroits, à cause du phénomène de « upwelling » qui, par un fort vent de terre, pousse les eaux de surface au large et permet aux eaux profondes et froides de remonter.

« Un impact sur la faune et la flore »

Pour autant, Renaud Dupuy de la Grandrive est loin de minimiser ce nouveau gros coup de chaud. « Le problème, dit-il, ce n’est pas tant l’élévation de température rapide que sa durée.«  Il rappelle que chaque décennie, la Méditerranée, considérée comme un « hotspot du dérèglement climatique » par les experts du Giec, affiche 0,4 °C de plus. « On sait qu’elle se réchauffe 20 % plus vite que toutes les autres mers du monde, une conséquence directe du dérèglement climatique. Et ça, ça a un impact sur la faune et la flore« .

Un exemple concret : il a repéré ces derniers jours quelques girelles paon, « qui vivent pourtant dans des mers plus chaudes et que l’on voyait, jusque-là, plutôt dans l’Est de la Méditerranée« . Cela peut paraître anecdotique, mais l’arrivée de nouvelles espèces peut affecter l’équilibre général.« Par exemple en modifiant la composition du plancton, ce qui bouleverse la chaîne alimentaire« .

Des algues filamenteuses qui étouffent une gorgone orange. L’une des illustrations du réchauffement de la Méditerranée. Renaud Dupuy de la Grandrive

Le réchauffement de la mer a aussi ramené sur nos cotes des espèces invasives, comme le crabe bleu, ou engendré le développement d’algues filamenteuses lesquelles étouffent les gorgones orange, ce que Renaud Dupuy de la Grandrive a encore récemment constaté « à vingt mètres de profondeur« . La raréfaction, voire la disparition de certaines espèces, peut aussi avoir à terme des conséquences pour la pêche. « Surtout si les poissons qui s’installent ne sont pas comestibles« . Et ce ne sont là que quelques illustrations que liste le gestionnaire de l’aire marine protégée agathoise, tout juste rentré du sommet des océans. « Où le lien entre évolution du climat et biodiversité a été mis en avant. Il est temps d’agir contre le réchauffement« , résume-t-il.

PLUS INFO  VIDÉOS. Violent incendie : le feu éclate dans un ancien magasin de meubles, 600 mètres carrés dévastés par les flammes et deux pompiers blessés

Pour s’en convaincre, il suffira d’aller en bord de mer ces prochains jours. Une nouvelle canicule étant annoncée à partir de vendredi, la température des eaux de baignade pourrait encore battre de nouveaux records.

Vers une invasion de méduse ?

Sur les plages, les baigneurs redoutent, avec cette mer si chaude, l’arrivée massive de méduses sur le littoral. « Il n’y a pas de lien direct avec la température de l’eau », rassure Renaud Dupuy de la Grandrive. Il détaille : « Ce sont des espèces qui évoluent et se déplacent en fonction des courants ». Si certaines ont été repérées au large du littoral montpelliérain, c’est surtout sur la Côte d’Azur que l’on en recense le plus actuellement. L’expert précise toutefois qu’une mer chaude peut « favoriser leur reproduction » ou « modifier l’hydrodynamisme », donc les courants. Il n’est pas donc impossible de voir les bestioles s’échouer dans le golfe du Lion.

https://www.midilibre.fr/2025/06/26/des-anomalies-de-temperature-de-3a-5c-sur-le-littoral-languedocien-la-mediterranee-est-deja-en-surchauffe-12785994.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Direct. 6 Nations féminin. France – Italie : les Bleues lancent leur Tournoi… Suivez la rencontre

Bonjour et bienvenue sur Rugbyrama pour suivre le direct commenté de la rencontre opposant l’équipe de France féminine à celle de l’Italie, dans un match comptant pour la première journée du 6 Nations féminin 2026.

Rassemblement contre la loi Duplomb : « Alors que plus de 2 millions de personnes ont signé la pétition, il remet ça ! »

Plusieurs associations ont appelé à se mobiliser ce samedi 11 avril contre la loi Duplomb dans le centre de Toulouse. En 2025, un article de cette loi, permettant la réintroduction de l'acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France avait provoqué l'indignation. Une pétition avait rassemblé plus de deux millions de signatures. Le texte a depuis évolué, mais il est toujours critiqué.

Un professeur se bat avec les élèves d’un lycée à Montpellier, une enquête ouverte par l’académie

L'Académie de Montpellier ouvre une enquête après une altercation vendredi 10 avril entre un professeur et des élèves du lycée Jules Guesde, à Montpellier. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux.

« Nous recevons plus de 220 patients par jour, comme en plein été » : les urgences de l’hôpital de Béziers totalement saturées

Ce vendredi soir, 10 avril, les urgences de l’hôpital de Béziers étaient totalement saturées et c’est au compte-goutte que les patients ont été pris en charge. Une situation qui s’était aussi produite la veille selon...