Top 14 – « Tant que Romain (Ntamack) a la tête… » : dynamique, jeu au sol, forces… Sébastien Piqueronies décrypte la finale Toulouse-Bordeaux-Bègles

Le manager de Pau Sébastien Piqueronies, deux fois sacré champion du monde avec l’équipe de France des moins de 20 ans en 2017 et 2018, a accepté de porter son regard sur les forces et faiblesses en présence samedi prochain au Stade de France. Il lève ici quelques interrogations mais éclaire aussi des situations parfois trompeuses pour les béotiens.

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La dynamique

« Chacun dans leur timing »

« Les pics de performances des deux équipes ne semblent pas se situer au même moment. Certainement que le pic toulousain était plutôt anticipé en début et milieu de saison, le pic bordelais plutôt fin de saison. Après, comme tout pic, soit tu y restes, soit tu descends. Je n’oublie pas que les deux clubs sont les deux premiers de ce marathon qu’est le Top 14. Il est donc logique de les retrouver en finale, c’est, ni plus ni moins, le premier contre le deuxième. Deux équipes qui ont marqué le championnat. Les Toulousains l’ont énormément marqué en début de saison et cet hiver, les Bordelais, eux, l’ont marqué en début et en fin de saison. Ils ont, chacun dans leur timing, impressionné par des scores très lourds durant ces périodes. »

Le jeu au sol

« L’impression d’un avantage UBB »

Dans ce secteur de jeu, l’Union Bordeaux-Bègles s’affirme de plus en plus. On a vu samedi soir, face à une équipe très dense, que les Bordelais avaient répondu présent. Je crois que la saison 2024/2025 aura été marquée par une grande progression sur le jeu au sol. Pour les avoir affrontés deux fois, je me souviens notamment du match retour au Hameau, ils avaient fait une énorme partie sur le jeu au sol. Bien meilleure que la saison précédente. Je les trouve vraiment très dominant sur ces phases de combat. Après, pour les Toulousains, c’est quand même une marque de fabrique. Ils sont très agressifs au sol, avec beaucoup de joueurs qui peuvent contester. Je ne veux pas dire ce qu’on essaie de me faire dire : je connais trop bien les Toulousains. Le jeu au sol est pour eux une règle absolue pour développer leur jeu. Et il y a de l’expérience et des gros joueurs capables d’avoir une activité dans le jeu au sol phénoménal. Et si aujourd’hui, l’impression peut donner un avantage à l’UBB, je ne serais pas surpris de voir le réveil des Toulousains en finale. Force est de constater qu’ils se retrouvent pour la troisième fois consécutive au Stade de France. On peut toujours être dans l’observation et se dire que c’est plus ou moins bien, que c’est plus ou moins brillant. Mais bon, ils y sont en finale. Et leurs qualités dans le jeu au sol n’y sont pas étrangères.

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Le jeu de main des avants

L’écart s’est réduit

Par le passé, les Bordelais accusaient peut-être un retard sur la faculté de leurs avants à faire vivre le ballon debout. L’écart s’est réduit. C’est le fait, à mon sens, d’abord d’un jeu de conquête directe. On l’a dit, d’abord des avants très féroces au sol, et après des avants qui manipulent. Ce qui est très similaire dans la domination de ces deux équipes, ce sont les fondations. Ce sont d’abord des équipes très stables, très solides dans la conquête, ensuite des équipes qui font du jeu au sol leur marque de fabrique et après des avants qui manipulent. Les Bordelais ont toujours eu des avants capables de manipuler le ballon, d’être dans les bons espaces et de les exploiter, mais peut-être sur des bases un peu moins solides. Aussi, ils ne pouvaient pas s’exprimer comme aujourd’hui. Ils ne pouvaient pas jouer les mêmes situations. Quand une équipe domine sur ses lancements, quand elle maîtrise les premiers rucks, les situations sont tout de suite un peu plus ouvertes car elle défie des défenses un peu plus fragiles, les épaules un peu plus tournées et c’est plus facile.

L’utilisation des ballons de récupération

C’est UBB éclair

Pour moi, c’est UBB éclair. C’est une de leurs forces aujourd’hui. Pourquoi ? Parce qu’ils ont mis en place un système de lancement de jeu pour se créer ces deuxièmes ballons. C’est-à-dire ? Ils utilisent beaucoup le jeu au pied, ils lancent le jeu pour mettre l’adversaire sous pression, que ce soit dans les couloirs ou par du jeu au pied, pour justement avoir des deuxièmes ballons faciles, et c’est là où ils sont redoutables. Ce sont leurs ballons de contre-attaque qui sont leurs lancements les plus féroces. Ça offre de nombreux avantages dans la circulation des joueurs, mais aussi pour contrer les « rushs défenses ». Ils utilisent beaucoup le jeu au pied pour ça. Les Toulousains ont toujours eu cette marque de fabrique d’utiliser ces ballons de turn-over, mais pas que les ballons de contre-attaque. Les Toulousains utilisent tous les ballons, les demi-ballons, ou même encore les quarts de ballons. Ils peuvent jouer en mettant l’adversaire sous pression pour attendre ces ballons de contre-attaque. Ils n’ont pas changé leur fusil d’épaule, sauf qu’ils sont aussi capables de lancer le jeu. C’est, pour moi, un jeu peut-être plus complet.

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Le jeu en première main

Une plus grandes capacités toulousaines

Je n’ai pas revu tous les matchs. C’est difficile de commenter ça, mais j’ai un peu la sensation que Toulouse a peut-être une plus grande capacité à marquer en première main. Tout comme j’ai cette sensation que les Bordelais, notamment dans la zone 40-40, plutôt que de toujours lancer le jeu, essaient de se procurer un excellent deuxième ballon. Ce sont deux approches un peu différentes. La caractéristique, on l’a vu, c’est qu’il y a beaucoup de jeux au pied dans la stratégie bordelaise. En demi-finale, ils ont tapé à 44 reprises dans le ballon, un record dans leur saison, je crois. Or, on n’a pas forcément cette sensation en regardant leur match sans statistique. On a plutôt le sentiment qu’elle porte le ballon. Parce que lorsqu’ils contre-attaquent, ils le font dans des positions très favorables et de façon régulière. Les Bordelais courent dans les espaces, rarement face au rideau. En fait, ils arrivent, avec beaucoup d’intelligence, à se créer ces conditions idéales. Il serait intéressant de réaliser des statistiques là-dessus car de nombreuses équipes passent du temps devant le rideau. Pas l’UBB. Et là, ils ne sont pas bons, ils sont brillants.

La gestion des temps forts et faibles

Tant que Romain (Ntamack) a la tête…

On parle ici habituellement de la charnière. Il n’y a pas de grand match sans deux grandes équipes et sans grands joueurs à ces postes. Sauf que, les prises de décisions ne se font pas sur les mêmes postes dans les deux équipes. À Bordeaux, c’est la responsabilité de Max (Lucu) et Mathieu Jalibert. Une évidence. À Toulouse, ça se passe entre le 10 et le 15, entre Romain (Ntamack) et Thomas (Ramos). Ces deux-là vont prendre 80 % des décisions. Et là, pour moi, il y a match. ça a vraiment de la gueule sur le papier. Mais bon, j’observe que Thomas, dans les grands rendez-vous… Il est toujours là. Toujours. Après, j’ai entendu dire que Romain (Ntamack) jouait un peu sur une jambe. Et alors ? Ce ne sont pas les jambes qui vont faire la différence, c’est plus sûrement la tête. Je ne suis pas inquiet pour Romain. Il faut que les 14 autres aient les jambes, mais tant que Romain a la tête… Sinon, Ugo ne le ferait pas jouer.

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La gestion des émotions

Cette saison, c’est avantage Bordeaux

La culture de la gagne, elle est se situe du côté toulousain. Les deux ou trois dernières décennies le prouvent. On pourrait donc dire avantage Toulouse. Maintenant, sur cette saison, c’est avantage Bordeaux. Après, pour moi, les deux clubs sont exactement dans la même dynamique, et peuvent puiser de la force et de l’énergie sur les mêmes repères. Pas sur une échelle de temps similaire, mais les Toulousains peuvent se nourrir de la vexation née de l’élimination en demi-finale de Champions Cup, de la défaite à Ernest-Wallon en championnat, de ces frustrations du court terme. J’imagine très Ugo Mola utiliser ce levier pour que son équipe affiche samedi une force de caractère terrible. Il va être très bon. Je le vois très bien agir de cette façon durant cette semaine de préparation. C’est pour ça que je pense qu’on aura un grand Toulouse samedi. Mais on aura aussi un grand Bordeaux. Il est évident que Bordeaux sort de deux saisons marquées par d’énormes progrès, deux saisons pleines, et validées par un titre de champion d’Europe. Ce n’est pas rien.

https://www.rugbyrama.fr/2025/06/22/top-14-tant-que-romain-ntamack-a-la-tete-dynamique-jeu-au-sol-forces-sebastien-piqueronies-decrypte-la-finale-toulouse-bordeaux-begles-12779092.php

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