Grenoble et Montauban vont s’affronter dans une finale sur laquelle personne n’aurait misé il y a encore quelques mois, voire quelques semaines. Chacun de leur côté, les finalistes et les avant-derniers de l’édition passée ont nourri leur foi et leurs ambitions.
La logique contre la surprise, la continuité face à la reconstruction, la force de l’habitude au-devant du souffle de l’euphorie : dans le fond, tout ou presque différencie les deux finalistes de cette édition 2025 du championnat de Pro D2. Le point de départ de ces dynamiques ô combien éloignées nous ramène un an plus tôt : le 8 juin 2024, Grenoble s’était rendu à Ernest-Wallon avec l’espoir de ramener le bouclier, finalement soulevé par Vannes (16-9) ; six jours plus tôt, Montauban avait disputé une finale d’un tout autre genre, pour son maintien dans la deuxième division, à Narbonne (20-19).
Au grand jeu du sondage de début de saison, aucun technicien de Pro D2, alors majoritairement convaincu du sacre d’Oyonnax (onze voix sur seize), n’avait imaginé un tel dénouement : le FCG, pourtant passé proche de la consécration et de la montée mais confronté à une énième vague de départs, n’avait récolté qu’une voix pour la victoire finale et autant pour un statut de finaliste ; l’USM, elle, avait davantage été citée pour la relégation que pour la qualification (deux voix pour les barrages, trois pour la quinzième place et autant pour la dernière)… Chacun de leur côté, Isérois et Tarn-et-Garonnais avaient nourri leurs intimes convictions, habités par une même foi en leur projet, en leurs hommes : « L’objectif premier, c’est se qualifier et, si possible, d’aller chercher cette montée en Top 14 sur laquelle on bute depuis deux ans, entrouvrait, l’été dernier, le président grenoblois Patrick Goffi. On a bien travaillé à l’intersaison et on espère ne pas s’être trompé au niveau du recrutement. On a toute confiance en Patrick Pézery et Nicolas Nadau pour tirer le meilleur de cet effectif. » Le discours de Sébastien Tillous-Borde résonnait de cette même humble confiance de ceux qui savent où aller et comment atteindre leur but : « Honnêtement je fais abstraction de tout ce qui peut se dire, assurait, alors, le tout nouveau manager de l’USM Sapiac. Je connais la valeur de mon staff et des joueurs que j’ai amenés. Je sais très bien que je ne me suis pas trompé. » « Il n’y a pas de raison que cela ne marche pas, abondait Yvan Reilhac. Nous avons hâte de partir sur ce nouveau cycle car tout le monde adhère et a de l’ambition. Ça me plaît. »
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« Beaucoup de plus-value »
Des paroles aux actes, les deux formations ont tenu leurs promesses et gardé le cap sur les dix mois passés : « L’année dernière, on disait qu’on avait un groupe incroyable, retrace Thomas Lainault. C’était vrai, à 100 %. Mais cette année, on a trouvé des mecs qui nous ont amené beaucoup de plus-value. » Richard Hardwick, Gerswin Mouton ou encore Kaminieli Rasaku sont venus compléter un effectif au sein duquel la jeunesse locale a encore rayonné dans le sillage des Hulleu et Sarragallet. Pour permettre au FCG de prétendre à un troisième bouclier, à une troisième montée consécutive : « Le point positif, c’est que l’on y retourne pour la troisième fois d’affilée, souligne le deuxième ligne. Franchement, c’est énorme, c’est vraiment trop bien de retourner. L’année dernière, on avait subi un gros échec et réussir à repartir n’a pas été simple. On s’était dit des choses au mois de juillet dernier. » Des mots forts, les pensionnaires de Sapiac en avaient aussi tenu, il y a un an : « Je me souviens d’une discussion avec Kyllian Ringuet, la saison dernière, sur le trajet retour de Narbonne après avoir gagné l’access-match, raconte Yvan Reilhac. On s’était dit : « L’année prochaine, on fait le top 6 ! » On était vraiment sérieux. Je ne sais pas si on l’avait senti mais, après la qualification à Brive, on s’est aussi dit qu’on avait sans doute été un peu pessimistes. » Après une saison aux allures de chemin de croix terminée au bord du précipice, Jérôme Bosviel et compagnie ont parcouru un très long chemin. Avec son lot de faux pas et de coups d’arrêt : « Personne ne nous attendait et même après la série de défaites en décembre, beaucoup de gens disaient que c’était un peu classique à Montauban, se souvient l’entraîneur des avants, Jo Snyman. À force de travail, nous avons réussi à rectifier le tir. À l’arrivée, personne ne nous attendait en finale. » Jusqu’à encore récemment, peu avaient misé dessus.
« Cette fois, ce n’est pas une blague »
À l’heure de débarquer à Ernest-Wallon pour ce choc inattendu, Isérois et Tarn-et-Garonnais convoqueront peut-être encore une dernière fois des souvenirs douloureux mais fondateurs. Comme un dernier rappel du chemin parcouru. Dans cet antre, Antonin Berruyer et les siens avaient chuté à deux reprises sur la dernière marche, en 2023 et 2024. Un passif lourd mais potentiellement enrichissant : « Chaque saison est différente, relativise Thomas Lainault. Il y a deux ans, on était tombé contre Oyonnax, qui était un peu notre bête noire. L’année dernière, il y avait eu une superbe remontée mais on n’était pas dans le même état d’esprit. Là, c’est une nouvelle histoire avec de nouveaux mecs. On connaît tous l’enjeu. Pour le moment, je suis plus dans un état d’esprit positif. » Le retour à Ernest-Wallon va ramener Yvan Reilhac et les siens au 25 avril dernier. À la 28e journée, une défaite face au voisin columérin les avait relégués à la septième place, soit hors des places qualificatives : « Quand on est allé jouer à Ernest-Wallon pour le derby contre Colomiers, on n’arrêtait pas de se faire la blague dans le vestiaire en se disant : « Je m’assois là, comme ça, je prépare ma place pour la finale. » Mais cette fois, ce n’est pas une blague. On est passé du rire à la réalité. C’est incroyable. »
Ce samedi, la logique voudrait que Grenoble, avec son vécu des finales, son attaque de feu, son Sam Davies et ses flèches arrière, l’emporte enfin et revienne dans l’élite. Ce serait rationnel et mérité, à dire vrai. Mais ce Pro D2, riche en rebondissements, n’est peut-être pas encore arrivé au bout de ses surprises. L’USM Sapiac et tout un peuple vert et noir peuvent en témoigner : les pronostics n’engagent que ceux qui y croient. Comme les malédictions, pourraient répliquer leurs rivaux du jour.
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