La troupe de passionnés du Moyen Âge sera l’une des attractions, ce samedi, de la fête des Caritats.
On n’en mène vraiment pas large quand on est face au Cerf, un petit noble de Bavière renié par son père, parti à 17 ans du château familial en volant une armure et en se faisant passer pour un pèlerin. À côté de lui, capitaine Bicarotte, un Breton qui a vu son village rasé pendant la guerre de Cent ans, a eu une existence tout aussi agitée. « Je suis chirurgien barbier, c’est moi qui interviens sur les corps, raconte-t-il. J’ai croisé le chemin du Cerf et de la « mesnie » des Bâtards d’Occitanie, des mercenaires qui se vendent au plus offrant. En ce moment c’est pour le roi de France, mais demain, qui sait ? »
C’est cette histoire, et bien d’autres, que les spectateurs de la fête médiévale des Caritats pourront entendre, ce samedi, à Béziers. « La troupe des Bâtards d’Occitanie est née il y a dix ans à Lespignan et s’est donnée pour but de faire revivre la France du XIVe siècle », explique Pierre Peulet, alias Bicarotte et trésorier de l’association. « Ce n’est pas de l’évocation, mais de la reconstitution, basée sur des sources historiques », ajoute le Cerf, vice-président qui persiste à se faire appeler par son nom de guerre.
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Reproduire au mieux l’an 1360
Et dans sa bouche, le mot reconstitution n’est pas galvaudé. Les Bâtards d’Occitanie, qui comptent une vingtaine de membres dans le Biterrois, plus une dizaine d’autres à Lyon, font en effet dans la perfection. Ils s’entraînent une fois par semaine, et étudient l’époque sous toutes ses coutures. En ce moment capitaine Bicarotte est ainsi plongé dans une Histoire de la pensée médicale en Occident, de l’Antiquité au Moyen Âge, « pour être crédible en tant que chirurgien-barbier ».
Ils tentent aussi de reproduire au mieux vêtements, modes de vie, nourriture, ou façon de combattre. Ils proposent au public des ateliers d’héraldique, des cours de cuisine, des lancers de couteaux et de haches, et bien sûr des duels pendant lesquels les épées claquent sur les armures. « Notre époque, ce sont les années 1360-1370, précise le Cerf, celles de la deuxième vague de la peste noire, en plein de la guerre de Cent ans. Le Prince Noir, héritier du trône d’Angleterre, fait une chevauchée à partir de Bordeaux pendant laquelle ses troupes pillent, tuent, saccagent. Il va s’arrêter à Capestang, et faire demi-tour… C’est pour ça que le château de l’archevêché y est toujours sur pied. »
Documentaires pour la télévision
Voilà, nous y sommes, en plein Moyen Âge. Et pendant les fêtes médiévales auxquelles ils participent* – en moyenne une à deux par mois – l’illusion est encore plus forte : « Quand on arrive le vendredi, après avoir fini sa journée de travail, après une longue route, on s’installe sous sa tente de toile et c’est vraiment l’euphorie. Je deviens le Cerf, un compagnon de mauvaise fortune qui boit, mange, se bat comme à l’époque, je n’atterris pas du week-end. »
Et c’est le même délire pour le couvreur, le professeur d’histoire, le technicien d’éoliennes ou le boucher qui ont décidé de jouer le jeu avec les Batards. « Personnellement le Moyen Âge ça me fait rêver depuis que je suis gamin, avoue capitaine Bicarotte, depuis les premières visites de château avec mes parents. »
Une passion qui explique sûrement le succès de la troupe, qui est aussi sollicitée pour intervenir dans des écoles ou tourner des documentaires pour la télévision.
Serf ou seigneur, ce n’est pas le même prix
Pour les Bâtards, comme pour toutes les troupes de passionnés du Moyen Âge, l’enjeu n’est pas de se déguiser, mais d’incarner : « On se crée un personnage médiéval, un double, avec ses origines sociales et géographiques », explique le Cerf.
La reconstitution du vêtement d’époque n’en reste pas moins essentielle : « On n’est pas obligé d’être pointu sur tous les domaines, ajoute capitaine Bicarotte. Un de nos membres a par exemple fait un gros travail sur les tenues de la fin de XIVe siècle, il a fait une synthèse, que les autres peuvent utiliser. »
Pour réaliser le costume, il est possible de passer par des fabricants spécialisés, accessibles notamment sur internet. Et là, tout dépend de votre bourse : « Pour un costume de serf, c’est abordable, mais pour celui d’un noble, qui a une obligation de prestige, c’est évidemment plus cher. » Pour livrer bataille, compter par exemple 1 500 euros pour une armure d’occasion, le double pour du neuf.
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