Le château de Castelnau-de-Guers, près de Pézenas, est à vendre aux enchères. Cette forteresse du Moyen Âge, devenue domaine viticole, cherche un investisseur ayant un projet de tourisme de luxe. Mais attention : travaux à prévoir !
« À vendre aux enchères, château du XIIe siècle dominant la vallée de l’Hérault, à seulement trois kilomètres de Pézenas. 1 544 mètres carrés de surface habitable, sur une parcelle deux fois plus étendue. Mise à prix : 118 000 euros TTC. «
Évidemment, vue comme ça, la vente du château de Castelnau-de-Guers pour un prix inférieur à celui d’un appartement à Béziers est une véritable aubaine. Le site d’enchères Agorastore, qui représente l’agglomération Hérault-Méditerrannée (CHAM), propriétaire des lieux, apporte cependant une précision importante : « Château et habitation en état dégradé. Dépendances en très mauvais état. »
« Effectivement, il y a beaucoup de travaux à prévoir », résume Noël Houlès, président de l’association locale de sauvegarde du patrimoine et accessoirement correspondant de Midi Libre. Manipulant un gros trousseau de clés afin d’ouvrir les grilles de l’imposante demeure, située en haut et en plein centre du village, il nous fait franchir l’ancien pont-levis. Nous arrivons dans une première cour, et devant une façade austère, crénelée, surmontée d’un machicoulis et percée de quelques rares fenêtres à meneau. « C’est la partie la plus ancienne du château, datée du XIIe siècle », explique-t-il.
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Une terrasse splendide
Sur la gauche, un terre-plein fait le tour de l’édifice et débouche sur une terrasse splendide, qui domine les tuiles ocre des toits du village et la vallée de l’Hérault, avec les reliefs du Caroux en fond de carte postale. « En saison, on y organise quelques festivités, ou des visites théâtralisées, poursuit notre guide. Déguster des huîtres dans ce décor, avec un verre de Picpoul à la main, c’est juste unique. »
Mais passé la chapelle, les problèmes commencent. Une plateforme envahie d’herbes folles et de figuiers dessert un ensemble de dix bâtiments délabrés, ouverts à tous les vents, vestiges d’un domaine viticole. De grandes salles obscures sont envahies de gravats, d’anciennes écuries voisinent avec un antique four à pain, l’ancienne maison des ouvriers agricoles est à l’abandon. Les toitures ont été refaites il y a peu, mais tout le reste est ouvert à tous les vents, depuis des lustres.
Les enchères ont commencé ce lundi 26 mai, et se concluront le mercredi 28 à 16 h. Pour s’assurer du sérieux des dossiers, elles étaient réservées aux particuliers qui avaient pris la peine de visiter les lieux. « Ils ont été une vingtaine, détaille Christophe Bourdel, directeur général des services de la CHAM. Beaucoup de curieux, mais nous avons eu aussi quelques contacts intéressants. » L’Agglo a choisi un prix de départ très faible pour être attractif vis-à-vis des investisseurs. Elle espère aujourd’hui des enchères élevées, mais ce n’est pas le seul critère pour conclure la vente : « Ce que nous cherchons, c’est un porteur de projet de tourisme haut de gamme, dans l’hôtellerie ou la restauration. Le château s’y prête vraiment. ». Pour assurer la pérennité et l’équilibre économique du lieu, la création de logements privés est aussi possible.
Observer les crues de l’Hérault
Ce qui est sûr, c’est que les collectivités locales n’ont pas les moyens de restaurer ce patrimoine. Les toitures sont saines, la chapelle a été sauvée in extremis, mais pour Christophe Bourdel, il était impossible de faire plus : « Nous avons déjà dû assumer la restauration du château Laurens à Agde, en ce moment nous sommes sur l’abbaye de Saint-Thibéry. Il faut faire des choix ».
À Castelnau, en tout cas, les habitants sentent bien qu’une page se tourne. Le château, ici, a toujours eu sa vie propre. De sa terrasse, tout le village est exposé aux regards. Mais depuis les rues tortueuses, seuls les remparts, imposants, sont visibles. Les anciens se souviennent d’y avoir été enfants, pour jouer, ou pour observer les crues de l’Hérault. Les plus jeunes, eux, n’ont connu cette forteresse que fermée, défendue par une grille d’accès, même si depuis quelques années, la commune y organise quelques rendez-vous touristiques, comme un festival du livre, début juillet.
Une clause de la vente précise donc que les nouveaux propriétaires devront ouvrir au public le château, et notamment sa superbe terrasse, quelques jours dans l’année. Pour qu’il soit encore possible d’y boire un verre de Picpoul, en regardant le soleil se coucher sur l’Hérault.
Une très longue histoire
Les vieux châteaux féodaux ne sont pas légion dans l’Hérault. Castelnau-de-Guers est représentatif de ces villages médiévaux qui se sont bâtis autour de leur castrum, entre le Xe et le XIIe siècle, afin de protéger les habitants en cas d’attaque. La mention la plus sûre de cette seigneurie remonte à 1088, et l’identifie comme une dépendance du Vicomte de Béziers. À la fin du XVIIIe le château est abandonné, et en partie démoli. L’édifice est restauré au XIXe et abrite alors une écurie, une sellerie, et un domaine viticole dont il reste une imposante cuve en béton. C’est la famille du notaire biterrois Lanneluc-Samson, dernier propriétaire privé, qui le vend à la commune dans les années 90.
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