Champions Cup – Technique. Reine de la pression : comment Bordeaux-Bègles a épuisé Northampton

Face à des Saints trop vite pénalisés par les blessures, l’UBB a su faire appuyer où la bât pouvait blesser lors du deuxième acte, en occupant à la perfection le terrain tout en imposant un énorme combat physique. Sa marque de fabrique des phases finales, en somme…

À quoi ça se joue, une finale ? Oh, souvent à trois fois rien. Et si l’UBB nous a semblé – par séquences – à des années-lumière au-dessus de son adversaire du jour en termes de talent individuel, force est de constater que le contexte anxiogène de la partie a clairement nivelé les valeurs. C’est ainsi qu’en termes de fébrilité et d’occasions manquées, les deux formations se sont rendues coup pour coup, les mauvais choix stratégiques, cartons et autres imprécisions s’étant enchaînés à un rythme effréné, sans perler des essais refusés plus ou moins sévèrement par le truchement de la vidéo, jusqu’à terminer la première période sur un score de parité (20-20).

Découvrir La Tenue des Pros

Ce qui a fait la différence, alors ? Malheureusement, pas l’efficacité de l’UBB dans les zones de marque. « On n’a marqué que huit points en deuxième période parce qu’on a été diablement inefficace à l’approche de l’en-but adverse, pour différentes raisons liées à nos choix, à notre exécution technique », regrettait presque le manager Yannick Bru, dont les hommes ont gâché la bagatelle de cinq ballons portés, avant de commettre dans la foulée autant de fautes sur mêlée qui ont permis à leurs adversaires de se dégager. « Sur l’essai qui m’est refusé, je pensais avoir marqué, honnêtement, souriait le talonneur Maxime Lamothe. J’ai l’impression d’avoir aplati et que le ballon part vers l’arrière dans un deuxième temps mais bon, l’arbitre a toujours raison. » Comme il avait probablement aussi raison de ne pas accorder d’essai de pénalité sur l’action suivante, alors que deux joueurs adverses avaient de toute évidence changé de liaison pour tuer le ballon. Bref…

Défense et occupation, les points forts

Faute de pouvoir conclure, alors ? Il s’agissait, au moins, d’encaisser le moins de points possible. Et en cela, l’UBB a été parfaite lors du deuxième acte puisqu’à part l’alerte de l’essai (justement) refusé à Pollock pour une faute de Coles sur Tameifuna (42e), jamais cette dernière n’a été vraiment en danger. « Il faut leur donner ce crédit : l’UBB a bien défendu et nous a bien renvoyés dans notre camp, la qualité de leur jeu au pied nous a donné beaucoup de travail, saluait le manager des Saints Phil Dowson. De notre côté, on n’a pas réussi à leur mettre suffisamment la pression. Pire, à chaque fois qu’on a perdu le ballon, on est revenus dans nos 22 mètres où on a passé trop de temps. »

Bru : « la puissance était de notre côté »

C’est ainsi que la deuxième période ne fut rien d’autre qu’une longue souffrance pour les Anglais, cantonnés dans leurs propres quarante mètres par les chasses des Penaud, Bielle-Biarrey et consorts sans jamais vraiment trouver l’énergie pour en ressortir, ou alors de manière trop sporadique. « Plus le jeu se développait, plus on prenait l’ascendant et plus Northampton commençait à manquer d’énergie, résumait Bru. On a eu une bonne occupation du terrain et il m’a semblé qu’on était plus forts sur l’homme que nos adversaires, notamment grâce à l’apport de banc. L’atout puissance était de notre côté, c’était le plan qu’on avait imaginé, notamment pour le dernier tiers du match, et ça nous a permis de l’emporter même si on ne s’est jamais senti en sécurité sur cette partie, c’était un match vraiment étrange. »

Alors, bouillie de rugby ou gros combat ? Les Girondins se satisferont facilement de la deuxième définition, après avoir finalement forcé la décision par un essai en force de Cazeaux et d’une pénalité de Lucu. Souvent raillée pour sa capacité à « porter beau » et à ne gagner que les matchs aussi spectaculaires qu’inutiles, l’UBB est enfin devenue depuis le quart de finale face au Munster une vraie équipe de phases finales, capable de gagner en « faisant du sale », par sa défense et l’occupation de sa charnière Lucu-Jalibert (38 ballons tapés contre 28), sans équivalent cette saison en Europe dans sa capacité à gagner des mètres au pied. Ce qui suffit évidemment au bonheur du président Laurent Marti, ainsi qu’à celui de tout un peuple enfin en droit de se pincer pour y croire…

PLUS INFO  Opinion du Midol : Tom Staniforth, Ô mon capitaine !

Northampton, les inversions (presque) gagnantes

Si la défense de l’UBB a terriblement souffert lors du premier acte face aux retours côté source des Saints, les Girondins ont au moins eu le mérite de s’y adapter à la pause, finissant par trouver la parade aux offensives anglaises avant qu’elles ne leur coûtent trop cher…

On en sourit désormais tendrement, comme après une grosse bêtise et une belle frayeur qui n’auraient pas porté à conséquence. Mais il est évident que dans l’art du « comment se rendre un match difficile », les Girondins ont réalisé une masterclass ce samedi à Cardiff. En deuxième mi-temps évidemment, lorsqu’ils optèrent sans succès pour des pénaltouches avant de se voir faire systématiquement sanctionner dans la foulée (lire ci-dessus).

Mais surtout en première période, qui vit les joueurs de Northampton se montrer dangereux ballon en main malgré un manifeste déficit de puissance dans les duels homme à homme, simplement en exploitant les largesses laissées par la défense de l’UBB sur les inversions de sens. « Les Saints utilisaient beaucoup les inversions de sens, notamment les retours côté source après les touches, témoignait à l’issue de la rencontre le troisième ligne international Marko Gazzotti. Je pense qu’ils avaient observé que nos avants ne se replaçaient pas toujours très bien, ou alors qu’on montait peut-être un peu trop fort sur ces inversions, en ne contrôlant pas assez. »

« Il fallait arrêter de se laisser fixer sur ces ballons joués dans le dos »

C’est ainsi que, lors du premier acte, les Anglais n’eurent pas beaucoup à se creuser la tête pour trouver des solutions face à une défense girondine aux abois, à l’image notamment de l’essai qu’elle concéda à Coles juste avant la mi-temps (voir ci-contre), qui aurait d’ailleurs pu lui causer un mal au crâne terrible… « C’était une finale de Coupe d’Europe et quand on joue contre une équipe comme Northampton, c’est compliqué de défendre, expliquait le talonneur Maxime Lamothe. Ils ont des sacrés joueurs, qui manipulent très bien le ballon, avec des cellules qui jouent la perfection sur des coupe/dos, quand ce n’est pas avec le demi de mêlée en redoublée. Ils mettent tellement de vitesse et ont tellement de bonnes courses qu’on est parfois obligé de se laisser fixer. » Et cela, même si les Unionistes avaient été prévenus en bonne et due forme. « Pourtant, on les avait analysés pendant la semaine, confirmait Lamothe. On savait que c’était une équipe capable de se ménager à chaque fois les deux côtés d’attaque, et on avait justement bien travaillé pour essayer d’avoir une défense équilibrée des deux côtés des rucks. Mais quand on joue une des meilleures équipes d’Europe, même si on s’attend à ce qu’ils vont faire, c’est toujours compliqué de défendre… C’est assez évident qu’on a été dans le dur là-dessus pendant quarante minutes, on se l’est dit à la mi-temps. Il s’agissait juste d’arrêter de se laisser fixer sur ces ballons qu’ils jouaient dans le dos. »

En clair, arrêter de défendre en inversée et revenir aux systèmes traditionnels de l’UBB, davantage dans le contrôle. Une mise au point du coach de la défense Christophe Laussucq qui s’est à l’évidence avéré payante, puisque les Saints ne sont plus parvenus à franchir une seule fois la défense de l’UBB lors de deuxième acte, et donc empêchés d’inscrire le moindre point. La principale raison, à l’évidence, du succès des Girondins, au vu de leur déchet dans les zones de marque et de leur manque d’efficacité dans leurs temps forts…

PLUS INFO  Pro D2 - Agen et Provence Rugby se neutralisent à l'issue d'une lutte acharnée

C’est à partir d’une touche réduite à quatre, à l’approche des 22 mètres girondins, que les joueurs de Northampton lancent leur mouvement par le biais d’une déviation pour leur centre Hutchinson (flèche rouge), qui va faire jouer son bloc de trois avants (cercles rouges), afin de prendre le milieu du terrain tout en assurant la conservation. (Capture d’écran)
Une fois le ruck formé au milieu du terrain, les Saints renversent le sens du jeu côté source, avec Coles (cercle rouge) qui s’appuie sur la course à l’intérieur de Kemeny (flèche orange) pour jouer la redoublée avec son 9 (flèche blanche). Pas de panique potentielle, puisque les avants de l’UBB sont à égalité numérique dans le côté fermé (flèches bleues). Et pourtant… (Capture d’écran)
Trop facilement, les deux premiers défenseurs de l’UBB Coleman et Falatea (flèches bleues) se laissent aspirer par la redoublée du bloc d’avants adverse, ouvrant un intervalle à leur gauche (flèche rose) dans lequel va pouvoir plonger Mitchell (flèche blanche). Cela alors que Freeman (flèche jaune) a bien senti que le surnombre se dessinait, calquant sa course sur son demi de mêlée. (Capture d’écran)
Les deux premiers défenseurs de l’UBB ont définitivement été absorbés par la redoublée de Coles, sur laquelle ils se « grillent » (cercle bleu). Un trois contre deux d’école se dessine alors, Mitchell (cercle blanc) et Freeman (flèche jaune) n’ayant qu’à fixer Petti et Lucu (flèches bleues) pour Sleightholme (cercle jaune), désormais décalé. (Capture d’écran)
Freeman (cercle jaune) attaque l’espace que tente de combler Lucu, dépassé par la montée en pointe malheureuse de ses coéquipiers. Laquelle s’avère d’autant plus préjudiciable que Falatea et Coleman n’ont même pas plaqué Coles (flèche orange), qui peut se porter au soutien de Sleigtholme (flèche verte), pour qui se dessine un duel avec Retière (cercle blanc). (Capture d’écran)
Freeman ayant réussi à passer le ballon avant le plaquage de Lucu (cercle bleu), son ailier Sleigtholme (flèche jaune) se retrouve avec dix mètres de couloir face à Retière (cercle blanc). De quoi offrir tranquillement le ballon à son intérieur à Coles (flèche orange), qui a eu tout le temps de se replacer après avoir joué sa redoublée pour Mitchell. (Capture d’écran)

https://www.rugbyrama.fr/2025/05/26/champions-cup-technique-reine-de-la-pression-comment-bordeaux-begles-a-epuise-northampton-12720353.php

PLUS INFO  Max Guazzini : « J’aime Galthié mais pas ses lunettes »

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.