Beaucoup d’émotions ce jeudi devant les Assises de la Savoie. Lors du procès d’Hicham Abderraouf, accusé d’avoir mis le feu à une résidence de saisonniers à Courchevel en 2019, d’anciens pensionnaires ont raconté ce qu’ils ont vécu ce soir-là.
C’est un incendie qui les a marqués à vie. Ce mercredi, les victimes de l’incendie de la résidence l’Isba à Courchevel en janvier 2019 ont été invitées à livrer leurs témoignages devant la cour d’assises de la Savoie. Hicham Abderraouf, 28 ans, y est jugé depuis le début de la semaine, accusé d’avoir mis le feu au bâtiment et d’être responsable de la mort des deux saisonniers retrouvés dans leurs chambres par les pompiers. La première à s’avancer à la barre est la saisonnière la plus gravement blessée. Devant les magistrats et les jurés, Ambre Corci a raconté comment cet incendie avait changé sa vie. « Je crois que je n’ai pas fait le deuil de ma vie d’avant », confie la Gardoise, qui espère que l’accusé sera condamné à l’issue de son procès.
« On lui a arraché la vie et au passage on a détruit les nôtres«
Sur les bancs de la salle d’audience se trouvent aussi deux jeunes filles et leur frère. Ils sont les neveux et nièces d’Olivier Van Lerbergh, l’un des deux saisonniers décédés. Employé dans la restauration, le quinquagénaire était un habitué des saisons en station. Mais cette année-là, il logeait dans une toute petite chambre. « Un placard à balais, » confie une de ses anciennes collègues. « On arrivait à toucher les murs en écartant les bras, et il n’y avait qu’une toute petite fenêtre.«
En imaginant ce qu’a dû vivre leur oncle au moment de l’incendie, les deux jeunes filles ne peuvent retenir leurs larmes. Mais, accompagnées de leur petit frère, elles s’avancent à la barre pour dire quelques mots. « On lui a arraché la vie et au passage on a détruit les nôtres« , lâche dans sanglot Anastasia, épaulé par son petit frère Angelo et sa sœur Alicia. « Il était comme mon père« , explique cette dernière, âgée de 17 ans. « Il avait des projets comme acheter un camping-car et faire le tour du monde avec ma mère« , poursuit Alicia. « Il devait aussi m’emmener à Disneyland pour mon anniversaire… Mais il n’est plus là. Il ne sera pas là pour mes 18 ans, pour mon mariage ou pour voir mes enfants, si j’en ai un jour.«
« Je ne peux plus dormir seul ou dans le noir«
Pour les proches des victimes comme pour les saisonniers présents ce soir-là, il y a eu un avant et un après ce 20 janvier 2019. « J’ai vu des gens blessés de partout, d’autres qui sautaient des fenêtres« , raconte à son tour Eléonore, qui revoit encore les images des résidents qui sautent dans le vide et s’écrasent sur le sol. « Aujourd’hui, je ne peux même plus allumer des bougies sur un gâteau d’anniversaire« . Certains de ses anciens collègues évoquent les mêmes traumatismes. « Je ne suis plus le même depuis ce jour-là« , explique un septuagénaire qui faisait la plonge dans un restaurant de la station. « Je ne peux plus dormir seul ou dans le noir« , confie un autre.
« Moi je vis toujours chez mon père à 28 ans, » enchaîne Lola, elle aussi obligée de sortir par la fenêtre alors que le bâtiment brûle. « Notre voisin n’en avait pas, il ne pouvait pas sauter. On entendait les gens crier, mais on n’a rien pu faire. » Elle marque une pause et fond en larme. « Je vis avec un syndrome de culpabilité, je me dis ‘pourquoi pas moi ?‘ » poursuit l’ancienne saisonnière, qui se décrit comme « vide de l’intérieur« . « J’espère qu’on arrivera à faire le deuil de ce drame, mais ce n’est pas le cas pour le moment.«
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