Ce vendredi 16 mai 2025, Abdelkrim Grini, le procureur de la République d’Alès, était l’invité d’ICI Hérault. Il raconte son attachement au quartier de la Paillade à Montpellier.
ICI Hérault : Ce matin, nous ne parlerons pas de cette enquête pour meurtre à la Mosquée de la Grand Combre, secret de l’instruction oblige. Mais on se souvient quand même de ce post sur les réseaux sociaux de Christian Chevalier, député Rassemblement National, « Abdelkrim Grigny a tué au couteau un autre fidèle en pleine mosquée », de procureur à suspect, j’imagine que la confusion vous met en colère ?
Abdelkrim Grini : Non seulement elle m’a beaucoup mis en colère, mais elle m’a surtout particulièrement blessé. Elle a aussi et surtout blessé tous les membres de ma famille. Mes enfants ont vu ce tweet, mes frères et sœurs ont vu ce tweet. Ma mère a également été informée par mes frères et sœurs de ce tweet. Mes amis ont vu ce tweet. Donc effectivement, ça m’a mis beaucoup en colère et ça m’a particulièrement blessé.
Les discriminations, les inégalités, c’est ce qui marque le début de votre parcours et votre volonté de faire des études de droit notamment ?
Oui, parce que lorsque j’étais gamin, lorsque j’habitais le quartier de la Paillade, on subissait un petit peu les discriminations, le racisme, les conditions économiques étant très difficiles, c’était pas évident tous les jours. Donc très vite, l’envie de militer va venir, l’envie de faire des études de droit pour essayer justement de bien connaître la loi et essayer de s’affirmer.
Vous vous engagez très tôt contre le racisme, vous avez même fait partie d’associations très jeunes …
Oui, très très jeunes. Moi j’ai commencé à militer, c’était en 1984, j’avais 13 ans.
Un édito de Patrick Cohen sur France Inter parle de vous, « enfant de la Paillade devenu procureur », j’imagine une fierté. Justement, la Paillade, vous en gardez quoi comme souvenir ? Vous avez même été au collège des Garrigues ?
J’ai été au collège des Garrigues, j’étais à l’école primaire des Troubadours à la Paillade Nord. J’en garde sincèrement d’excellents souvenirs. J’ai beaucoup ri, je me suis beaucoup amusé quand j’étais gamin. J’ai des amis extraordinaires dont certains sont toujours en contact avec moi aujourd’hui, c’est des amis fidèles de 40-45 ans, et puis des anecdotes, des moments de rigolade.
Notamment à la Mosson ?
Effectivement, moi j’aimais beaucoup le foot quand j’étais jeune. Quand j’étais gamin, on allait voir les matchs à l’époque de Montpellier Paillade Sport, avec les débuts de Nicollin, c’était fin des années 70, début des années 80. J’avais 10-12 ans. On ne pouvait pas se payer les billets d’entrée, donc à l’époque il n’y avait pas les gradins, alors vous promettez de ne pas répéter ce que je suis en train de dire, ça reste entre nous. Comme il y avait des arbres qui étaient plantés juste en bordure du stade, avec mes potes, on grimpait aux arbres, ça nous permettait de regarder les matchs.
Vous avez vu ce quartier changer ? Quel regard vous portez sur ce quartier aujourd’hui, sur la Paillade ?
J’ai un regard mitigé, parce que j’ai connu La Paillade dans les années 80. C’était un quartier sincèrement super, où on vivait en totale harmonie avec des gens de tout horizon. Un mélange, une mixité sociale. C’est un quartier avec de très belles maisons, des très jolies villas dans les quartiers nord. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ça s’est pas mal dégradé, pas mal fermé. C’est un petit peu moins mélangé et je le regrette sincèrement parce que, c’est un endroit où il fait bon vivre. Je suis amateur de course à pied, donc j’adore courir tout le long de la Mosson, faire le tour par Juvignac, revenir. Donc, effectivement, c’est un quartier qui est sincèrement super sympa.
Mais malgré tout, il y a quand même une augmentation de la violence avec l’an dernier quatre fusillades en dix jours…
Oui, c’est lié au trafic de drogue. Le narcotrafic malheureusement est une gangrène de notre société. Je le disais hier sur France Inter, c’est un sujet contre lequel il faut lutter parce que sinon les conséquences seront désastreuses.
Et vous le faites auprès des jeunes, ce sont des messages que vous souhaitez porter ?
Oui, moi je porte des messages parce qu’il y a d’un côté la répression qui est nécessaire et primordiale. Il faut être répressif contre les narcotrafiquants, contre les trafiquants de drogue. Les consommateurs dans un certain cadre bien évidemment aussi. Mais il faut aussi et surtout faire de la prévention, surtout à destination des jeunes. J’essaye à mon petit niveau de le faire pour essayer de les dissuader, de rentrer non seulement dans la consommation de drogue mais surtout dans le trafic de drogue.
Que faut-il vous souhaiter pour la suite, parce que maintenant procureur d’Alès, un jour procureur à Montpellier ?
Ce qu’il faut me souhaiter tout d’abord, c’est de rester en bonne santé, en forme, de rester épanoui, heureux, parce que je le suis sincèrement. Et puis c’est vrai que procureur de la République de Montpellier, boucler la boucle, ça serait pour moi le Saint Graal, et j’en serais honoré et fier.
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