L’homme qui a tué à coups de couteau le jeune Malien Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard a été remis à la justice française. Il est arrivé au palais de justice de Nîmes sous très haute escorte. Il été mis en examen pour « assassinat à raison de la race ou de la religion » et écroué.
Arrivé dans l’après-midi du vendredi 9 mai 2025, sous escorte des policiers d’élite du Raid au tribunal de Nîmes, Olivier Hadzovic, un Français de 20 ans a été présenté à un juge d’instruction et « mis en examen du chef d’assassinat (meurtre prémédité) à raison de la race ou de la religion. Il a été placé en détention provisoire, décision conforme aux réquisitions du parquet », a indiqué la procureure de Nîmes, Cécile Gensac, dans un communiqué.
Le suspect « n’a pas été en mesure de faire des déclarations et sera interrogé ultérieurement par le magistrat instructeur », a-t-elle précisé.
Le meurtrier, dont l’acte filmé par la vidéosurveillance a ravivé en France un débat autour du terme même « d’islamophobie », aurait agi, selon de précédentes déclarations de la magistrate, en raison d’une « envie obsessionnelle de tuer une personne ».
Ce silence n’est « en aucune manière d’une quelconque velléité d’obstruction ou de soustraction, mais une incapacité de s’exprimer », a déclaré aux journalistes Adrien Gabeaud, un des avocats du jeune homme. Il n’a pas donné plus de détails, évoquant « notamment des raisons médicales » et « liées à son psychisme », et soulignant qu’il allait demander « un certain nombre d’expertises ».
Selon l’avocat, son client n’était tout simplement pas en état de répondre de ses agissements :
J’ai vu un homme courbé, incapable de prononcer des phrases, abattu.
Maître Adrien Gabeaud, avocat du principal suspect du meurtre d’Aboubakar Cissé
Ma première réaction a été une réaction de stupéfaction. » Il n’a d’ailleurs pas pu évoquer l’affaire avec son client : « Je n’ai pas été en mesure d’aborder les faits »
Il est cependant trop tôt pour trancher la question du discernement au moment du meurtre précise Maître Gabeaud : « je ne suis ni expert, ni médecin, il ne m’appartient pas de me prononcer là-dessus mais ma fréquentation des tribunaux et des cours d’assises me donne un élément de comparaison par rapport à d’autres dossiers et je peux dire, sous cet angle-là, qu’il ne disposait pas à l’évidence de toutes ses facultés psychiques. C’est en tout cas le sentiment que j’en ai. »
Me Gabeaud s’est refusé à « donner davantage d’éléments sur le fond du dossier », relevant toutefois « qu’aucune connotation à caractère terroriste n’a jamais été juridiquement envisagée ».
En fuite pendant près de trois jours, le meurtrier d’Aboubakar Cissé, frappé de 57 coups de couteau le 25 avril dans la salle de prière de la mosquée Khadidja à La Grand-Combe, s’était finalement rendu à la police italienne à Pistoia, près de Florence.
Sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, il a consenti à être remis à la France dans le cadre d’une procédure accélérée.
Olivier Hadzovic a « agi dans un contexte isolé, sans revendication idéologique ou lien avec une organisation (…). Les ressorts pour agir de l’agresseur sont très vite apparus comme profondément personnels, l’envie de tuer quelqu’un, quelle que soit la cible », avait déclaré La procureure de Nîmes, Cécile Gensac le 2 mai dernier.
Rien ne permet encore d’expliquer pourquoi « il entre dans cette mosquée » et agresse cette personne précise, avait insisté la magistrate, rappelant que des contenus en ligne du futur meurtrier avaient été signalés. Il y faisait part « d’envies de viols de femmes, de meurtres ou de viols de cadavre ».
Selon l’avocat l’ayant assisté en Italie, le jeune homme a reconnu le meurtre mais nié avoir agi par haine de l’islam, indiquant « avoir tué la première personne qu’il a trouvée ».
Les avocats de la famille Cissé réclament eux, en vain jusqu’à présent, que l’enquête soit requalifiée en « assassinat terroriste ».
Une cérémonie a eu lieu jeudi à Bamako en hommage à Aboubakar Cissé, qui avait 22 ans et dont le corps a été rapatrié dans son pays d’origine, en présence de proches et de responsables qui ont demandé aux autorités françaises que « la justice aboutisse ».
En France, des organisations et personnalités appellent à une marche dimanche à Paris pour dénoncer « la progression de l’islamophobie » et rendre hommage au jeune homme, arrivé en France vers l’âge de 15 ans et qui vivait depuis plusieurs années dans des conditions précaires à La Grand-Combe.
