Chef d’orchestre indiscutable de l’Union Bordeaux-Bègles, Matthieu Jalibert n’avait disputé qu’un seul match de phase finale la saison dernière, à l’occasion de la finale du Top 14 où il n’était pas à 100 % de ses moyens. Cette fois, son heure a sonné.
Et si Matthieu Jalibert était en train de réaliser la meilleure saison de sa carrière ? Poser la question est l’assurance de nourrir un débat enflammé, qui déborde plus que de raison dès qu’une ligne est écrite sur l’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles. Il est surtout trop tôt pour y répondre de manière définitive mais ce rendez-vous face au Stade toulousain résonne comme un grand oral, celui du repêchage, pour le maestro bordelais qui n’avait pas pu défendre ses chances lors de la finale marseillaise la saison dernière. Venu presque présenter ses excuses à l’issue de ce match en enfer dans les couloirs du stade Vélodrome, il ne faisait aucun doute que Matthieu Jalibert méritait cette deuxième chance. Rappelez-vous sa détresse du mois de juin : « C’était compliqué, car pour moi, ma saison était quasiment terminée. Mais Mateo (Garcia) a ressenti une gêne qui l’empêchait de postuler et moi j’étais de mieux en mieux. Alors, on a décidé de prendre le risque. Mais, je savais que physiquement ce serait compliqué. Au bout de quinze minutes, je ressentais des douleurs et des gênes. Pour jouer mon jeu et mettre de la vitesse, c’était dur. Honnêtement, je n’avais pas de bonnes sensations mais je n’avais pas envie de me plaindre, j’ai eu la chance d’être là en finale, pour moi c’était incroyable. On va retenir ça, même si c’est toujours frustrant de ne pas pouvoir prendre du plaisir, ce qui est la clé de mon rugby. Je n’ai pas envie de me trouver d’excuses. J’avais fait un pacte avec le staff de jouer plutôt en organisation et en distribution qu’en accélération. » De son côté, Yannick Bru était venu saluer le sens du sacrifice de son ouvreur qui aurait pu décider de se cacher au lieu de prendre le risque de jouer sur une seule jambe.
Contenus de la page
Holmes : « Il a un incroyable QI rugby »
Voir Matthieu Jalibert, à 100 % de ses moyens avec le numéro 10 dans le dos pour affronter Toulouse dans un match de phase finale est un juste retour des choses comme le souligne Clément Maynadier, l’ancien talonneur qui avait mis un terme à sa carrière après la finale : « Je suis très heureux de voir le groupe en demi-finale mais je suis surtout très heureux pour Matthieu, car il n’était pas dans les meilleures dispositions pour jouer cette finale. J’espère que ça va bien se passer pour lui car il le mérite alors qu’il endosse malgré lui bien trop souvent le rôle de tête de turc du rugby français. Il est souvent pris à partie et il n’a pas de chance avec cette concurrence exacerbée avec Romain Ntamack. Il avait été meurtri par cette finale qu’il avait dû jouer donc ça me fait plaisir de le voir à 100 % cette fois. » Un avis partagé par Zack Holmes, l’ouvreur australien qui a passé deux saisons à ses côtés après son passage à Toulouse et qui était aussi un témoin privilégié de la finale marseillaise : « C’est un grand compétiteur et il veut gagner les grands matchs, ce qui n’est pas encore arrivé pour le moment dans sa carrière. Pour lui, cette demi-finale de Champions Cup, à domicile, est une très belle opportunité, surtout face à Toulouse. En effet, l’UBB a perdu de grands matchs face au Stade toulousain, comme une demie de Champions Cup et la finale de Top 14 de la saison dernière. Tout cela fait que ça va être un grand rendez-vous pour lui. J’espère qu’il va la saisir car j’ai eu une très belle relation avec Matthieu, qui n’est pas du tout la personne que l’on peut imaginer à travers les médias ou au travers des supporters adverses qui aiment lui donner le rôle du vilain. Matthieu est une très bonne personne obnubilée par le rugby. Il réfléchit toujours à des options pour attaquer, pour franchir. Il a un incroyable QI rugby et c’était très intéressant de le côtoyer. Quand tu parles rugby avec lui, il est toujours motivé pour trouver le moyen d’être meilleur. ça me sidère de voir en France toutes ces personnes qui n’ont pas de bons sentiments envers lui car ce n’est pas le vrai Matthieu Jalibert. C’est un gars génial qui adore le rugby et j’espère qu’il va gagner des titres. »
Surtout, l’Australien refuse de rentrer dans les stéréotypes en évoquant la concurrence entre ses deux anciens coéquipiers dont le duel sera une nouvelle fois scruté ce dimanche au Matmut Atlantique, lui qui a passé cinq ans à Toulouse avant d’enfiler le maillot bordelais lors des deux dernières saisons : « Ce sont deux compétiteurs extraordinaires qui sont focus sur le rugby, même si Romain est plus réservé que Matthieu. Après, il faut comprendre que Matthieu n’a pas le même rôle que Romain qui a Antoine Dupont devant lui. Ce dernier endosse le rôle d’organisateur en impulsant la vitesse au jeu. Romain va d’ailleurs devoir toucher plus le ballon en cette fin de saison alors que c’est habituel pour Matthieu qui domine le jeu en demandant le ballon et qui fait beaucoup de différences. Mais, il ne faut pas s’arrêter à son côté spectaculaire. Il a une très bonne analyse pour choisir la meilleure option. Il sait parfaitement quand faire une passe, quand jouer au pied, ou tenter un petit coup de pied par-dessus. Il ne fait pas le spectacle juste pour faire le spectacle mais quand c’est la meilleure option, il peut alors miser sur sa technique et sa vitesse. »
Un mental à toute épreuve
Matthieu Jalibert a aussi démontré un mental à toute épreuve, lui qui a toujours répondu présent sur le terrain avec son club cette saison malgré des péripéties lors des rassemblements avec l’équipe de France. Il a su avancer en laissant ses émotions de côté, atteignant déjà la barre des vingt matchs avec l’UBB, ce qui ne lui était plus arrivé depuis la saison 2020-2021, où il avait pris part à 23 rencontres avec son club (record de sa carrière). Il n’avait d’ailleurs participé à aucune rencontre de la phase finale de Champions Cup la saison dernière, avant de déclarer aussi forfait pour le match de barrage et la demi-finale de Top 14 disputée au Matmut Atlantique. Il avait participé en simple spectateur au bonheur de ses partenaires lors de ce match épique face au Stade français devant tout le peuple bordelais. Là aussi le destin est bien fait. Matthieu Jalibert a droit aussi à une session de rattrapage au Matmut pour une demi-finale.
.
