Samedi 26 avril, une exposition féministe baptisée « Benzine Cyprine » a été vandalisée dans une galerie d’art à Nîmes. L’artiste toulousaine Kamille Lévêque Jégo qui a vu ses œuvres détruites se dit écœurée par de tels actes. Elle témoigne.
« C’est du vandalisme à portée politique ». L’artiste toulousaine Kamille Lévêque Jégo est atterrée. Son exposition féministe baptisée « Benzine Cyprine » installée dans sa galerie d’art de Nîmes (Gard) a été violemment vandalisée le samedi 26 avril.
Toutes ses œuvres, des portraits de femmes ont été arrachées, détruites, piétinées et les murs ont été tagués avec des symboles phalliques.
Samedi 26 avril, une exposition féministe baptisée « Benzine Cyprine » a été vandalisée dans une galerie d’art à Nîmes. Les murs ont été tagués de symboles phalliques. • © FTV/
Le but de cette exposition est de célébrer surtout une féminité flamboyante, redoutable . Une féminité qui peut aussi incarner la virilité. C’est fait au travers d’un documentaire sur un gang de femmes. Mais apparamment cela provoque la haine et le dégoût de personnes qui veulent définir et imposer ce qu’une femme doit être. Ils ne supportent pas de voir cette représentation de la femme.
Kamille Lévêque Jégo, artiste toulousaine
Ironiquement, cette exposition a été frappée par la violence systémique qu’elle dénonce. En effet cette exposition a été montée pour dénoncer un malaise existentiel sur le fait d’être une femme.
L’une des photos qui était exposée lors l’exposition féministe baptisée « Benzine Cyprine ». Elle représente des gangs de femmes. Des oeuvres qui ont été vandalisés dans une galerie d’art à Nîmes le samedi 26 avril 2025. • © FTV
Je n’ai pas voulu appuyer sur la victimisation, je voulais que cela soit inspirant. Ces femmes photographiées incarnent la force, à l’opposé de la mièvrerie. Mais apparemment certains ne supportent pas ce message sur les femmes. Ces dessins de phallus sont très immatures, cela montre bien une réaction masculiniste, et une masculinité qui ne se définit que par leur appendice sexuel.
Kamille Lévêque Jégo, artiste
Pour elle, même si ces actes sont immatures, cette agressivité est systémique, elle est partout. « C’est autour de nous. Ce n’est pas une excuse d’être immature. Il ne faut pas banaliser cette violence envers les femmes », précise l’artiste.
Ce travail principalement photographique aborde aussi le sens des mots. « Je suis affligée en fait car cela ne m’étonne même pas. Cela fait partie de l’expérience des femmes tous les jours. Il suffit de regarder les commentaires, il va toujours y avoir une forme de dénigrement sur l’émancipation des femmes », explique Kamille Lévêque Jégo.
Au total plus de 30 pièces de toutes dimensions à reproduire, impressions et encadrements ont été saccagés. Tous les murs de la galerie sont à repeindre. Le président du Centre d’art et de photographie de Nîmes NegPos, gérant des lieux, a porté plainte contre X pour destruction et outrage sexiste, intrusion et dégradation d’un lieu d’art et destruction d’œuvres d’art.
« C’est la consternation, le dégoût. Jamais je pensais me trouver dans une situation pareille. Après plus de 30 ans à organiser des expositions, je n’avais jamais vu ça ». Les mots de Patrice Loubon, président du Centre d’art et de photographie de Nîmes NegPos, sont sans appel.
On sent très bien une volonté de détruire et de s’en prendre symboliquement mais violemment à des femmes qui sont en lutte pour leur liberté.
Patrice Loubon, président du Centre d’art et de photographie de Nîmes NegPos
Le responsable de la galerie ne compte pas capituler, ni baisser les bras. « On ne va pas plier devant des actes de ce type-là, on ne va pas se laisser faire. Il faut résister et continuer à défendre les artistes qui ont des choses à dire », conclut Patrice Loubon, le responsable de la galerie NegPos à Nimes.
Pour l’artiste, elle aussi, la question ne se pose pas. Elle travaille déjà pour pouvoir exposer à nouveau son travail.
C’est important de remonter cette exposition. Le plus grand des cadeaux, c’est quand je vois que des femmes se sentent comprises et entendues grâce à mon travail artistique. Rien que pour ça, il faut continuer et ne pas céder.
Kamille Lévêque Jégo, artiste
L’exposition sera donc remontée et représentée au public le plus vite possible. La police a ouvert une enquête pour retrouver le ou les vandales.
