Quand l’eau de la Méditerranée est anormalement chaude plusieurs jours de suite, on parle de canicule marine. Quels sont ses effets sur les poissons ? C’est ce qu’a voulu savoir Victoria Delannoy, chercheuse en biologie marine à l’université de Montpellier.
Victoria Delannoy travaille à l’unité mixte de recherche biodiversité marine, exploitation et conservation ( UMR MARBEC) à l’université de Montpellier. Elle est l’une des cinq lauréates du prix de la Fondation de la mer qui récompense et soutient de jeunes scientifiques engagés pour la préservation des océans.
Elle a reçu à ce titre une bourse de 5.000 euros pour son travail sur les effets de la canicule marine sur la saupe, aussi appelée vache des mers « parce que c’est le seul herbivore qu’on trouve partout dans la Méditerranée. C’est un petit poisson rayé bleu et jaune », précise-t-elle.
« Une canicule marine, c’est un épisode qui dure au moins cinq jours et pendant lesquels la température de l’eau de la mer est anormalement chaude par rapport au référentiel de la saison, explique la chercheuse. On sait que sur nous, les populations humaines, si on a une canicule terrestre qui dure, on peut avoir des populations âgées fragilisées, ou si on prend un coup de chaleur, on sait qu’on sera en mauvais état. Les poissons, c’est un peu pareil, mais pour eux, c’est particulier parce qu’ils ne sont pas capables de régler leur propre température, donc ils sont d’autant plus vulnérables à ces épisodes. »
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Plusieurs marqueurs de stress étudiés
Les recherches de Victoria Delannoy se basent sur des données collectées depuis trois ans à Frontignan. L’échantillonnage s’est terminé à l’automne dernier : « On regarde plusieurs marqueurs de stress. Il y a des marqueurs assez intuitifs : par exemple, on regarde si un poisson est dodu ou pas. On suppose que si pendant trois mois, il a eu un coup de chaud, peut-être qu’il s’est moins alimenté et sera peut-être un peu maigrichon. Et après, on a des marqueurs un peu plus élaborés : on regarde notamment l’évolution du microbiote intestinal puisqu’on suppose que si le poisson a eu un coup de chaud, son microbiote va être perturbé. »
Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, « la seule chose qu’on peut avancer pour l’instant, c’est qu’on pensait que le seuil de résistance de la saupe était assez haut en terme de températures et on a l’impression qu’il est au moins deux degrés plus bas », explique la scientifique.
Des applications pour l’élevage et la pêche
Les résultats de ses recherches trouveront des applications concrètes, notamment pour la pisciculture et l’élevage en pleine eau : « Comme il y a une forte densité dans ces élevages, si le système immunitaire des poissons s’affaiblit, il faudra prendre des mesures d’autant plus importantes pour éviter des épidémies. » Autre application, la pêche en mer: « Si les poissons s’enfuient quand il fait trop chaud, on le verra et on saura vers où ils s’enfuient. »
Victoria Delannoy va poursuivre ses recherches et utiliser les 5.000 euros du prix de la Fondation de la mer pour « faire des analyses de molécules ARN dans le cerveau d’à peu près 150 poissons ».
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