« Faire rayonner les multiples facettes de l’homme » : Barthélémy d’Andoque revient sur l’année Gustave Fayet, artiste et mécène biterrois

Descendant du riche entrepreneur, mécène et artiste biterrois Gustave Fayet, dont on célèbre cette année le centenaire de la disparition, Barthélémy d’Andoque de Sériège évoque cet aïeul baroque et singulier, animé d’une curiosité sans frein et gourmande pour les arts et techniques.

Un illustre inconnu… Si Gustave Fayet n’est pas un anonyme à Béziers – pour preuve, le musée des beaux-arts de la ville porte son nom –, reste que ce personnage haut en couleur, tour à tour riche héritier, entrepreneur visionnaire, mécène et artiste doué avait (presque) disparu dans les limbes du souvenir.

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C’était sans compter sur l’infatigable travail de l’association Musée d’art Gustave Fayet Fontfroide (MAGFF) qui, en cette année du centenaire de sa disparition, met en lumière la vie et l’œuvre de cet homme exceptionnel au cours d’une folle saison. Rencontre avec son président, Barthélémy d’Andoque de Sériège.

Que représente Gustave Fayet pour vous ?

Gustave Fayet, en termes d’ascendance, c’était le grand-père de mon grand-père. Je suis donc son arrière-arrière-petit-fils. Mais c’est surtout le socle de notre famille. On a la chance d’avoir à la fois un personnage qui est marquant et vraiment important, mais aussi celle d’avoir un lieu qui est l’abbaye de Fontfroide. L’objectif, c’est vraiment de faire de Fontfroide un lieu autour de la création artistique, du patrimoine et de la culture, dans un but qui n’est pas mercantile. Faire rayonner ce lieu, c’est en quelque sorte notre héritage.

Une photographie de Gustave Fayet, au tournant du siècle. DR

D’ailleurs l’abbaye de Fontfroide est plus connue que Gustave Fayet, non ?

C’est vrai mais les choses commencent à changer et l’association s’emploie désormais à faire briller l’homme au-delà des murs de l’abbaye et à faire reconnaître Gustave Fayet pour ce qu’il était : un incroyable collectionneur, évidemment, mais aussi un grand artiste et créateur, ainsi qu’un homme d’affaires averti.

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Comment est née l’idée d’organiser une saison Fayet ?

On a la chance d’avoir, à Fontfroide, un conseil scientifique avec des personnalités extérieures à la famille, avec la présence, notamment, de Laurent Le Bon, qui a été directeur du musée Picasso et est maintenant à la tête du centre Pompidou, à Paris. Juste avant le Covid, il nous a dit : « Commencez à travailler sur 2025 parce que les anniversaires sont toujours de bons prétextes pour faire découvrir des personnalités comme celle de Gustave Fayet et visez haut ! ». La famille a donc confié, à ce moment-là, à MAGFF, le soin d’être le coordinateur de cette saison auprès des musées, villes et autres lieux, qui dévoileront, chacun, les multiples facettes de l’homme.

Mais comment avez-vous réussi à convaincre autant d’institutions de vous suivre dans l’aventure ?

C’est un vrai travail de fourmi qui s’est construit au fil des années, depuis 2007 et la création de l’association. Pendant longtemps, les archives de Fayet, extrêmement riches, sont restées dans le giron familial ; sa veuve, Madeleine, qui lui a survécu jusqu’en 1971, n’avait pas envie qu’un « étranger » y fourre son nez. Notre grande chance, c’est qu’elle a tout religieusement gardé. Après sa disparition, on a commencé à dresser un inventaire rigoureux : correspondances détaillées permettant de suivre son parcours professionnel et personnel, carnets journaliers qu’il a tenus, de 1900 à 1925, où figurent tout aussi bien croquis, dessins et notes sur son quotidien. Ça va de « il fait beau, je suis allé acheter du pain » à « j’ai acheté un Van Gogh ».

L’implication de la Fondation Louis Vuitton a constitué un vrai moteur ?

Les liens avec Béziers, qui lui a déjà consacré deux expositions en 2015 et 2016, étaient naturels : il y est né, y a vécu et en a dirigé le musée au tournant du siècle. Fontfroide ou l’abbaye Saint-André, à Villeneuve-lès-Avignon, aussi, puisque les lieux lui ont appartenu. Mais l’intérêt de la Fondation Vuitton a constitué un levier extraordinaire et a permis d’asseoir la crédibilité du projet, d’autant qu’elle va lui consacrer deux expositions : l’une axée sur le collectionneur et l’autre sur l’artiste et créateur. Après, autant vous dire qu’il faut être à la hauteur du projet (rires).

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La collaboration avec Actes Sud et le musée Arlaten d’Arles est aussi une belle prouesse ?

Franchement, il y a eu un extraordinaire alignement des planètes pour bâtir cette saison, comme en témoigne cette collaboration étroite avec Actes Sud et le musée Arlaten, à Arles, pour valoriser le travail iconographique de Fayet sur l’ouvrage de Frédéric Mistral, Mirèio, dans une scénographie conçue par Christian Lacroix. L’éditeur avait déjà fait paraître, en 2009, une version illustrée par Fayet du poème de Mistral (aujourd’hui épuisée). Il devait y avoir une exposition mais qui n’avait pu se tenir en raison de la fermeture du musée pour travaux. Là, on s’est dit que ce serait bien de reprendre le travail de Fayet en y incluant ses travaux préparatoires, d’où l’exposition et la réédition de l’ouvrage.

Un insatiable curieux

Héritier viticole, entrepreneur à succès, collectionneur et mécène mais aussi artiste et créateur, comment faisait-il pour mener de front toutes ces activités ?

Il disposait apparemment d’une personnalité infatigable, travaillant de longues heures, avec peu d’heures de sommeil. Je crois aussi que sa vie professionnelle a été marquée par sa capacité à s’entourer des bonnes personnes en qui il plaçait sa confiance. Que ce soit pour la gestion de ses domaines viticoles autour de Béziers ou pour ses autres activités (bancaires, minières…). Il était passionné par l’innovation et le progrès technique, sans être forcément motivé par la recherche du profit. C’était un insatiable curieux.

L’art, sous toutes ses formes, tenait une grande place dans sa vie ?

Oui, que ce soit la musique, la peinture ou les arts décoratifs, il était passionné. Non seulement, c’était un immense collectionneur, notamment de Gauguin avec qui il a entretenu une correspondance fournie, Monet ou Sisley. Et comme il était lui-même artiste, il était traité d’égal à égal et a nourri de solides amitiés, notamment avec Odilon Redon, qui a réalisé la bibliothèque de Fontfroide ou Richard Burgsthal qui en a fait les vitraux.

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Amateur de musique – il jouait du piano –, il s’est investi dans la Chambre musicale de Béziers et a soutenu les pianistes Déodat de Séverac ou Ricardo Viñes. D’ailleurs à la fin de sa vie, après avoir fait don de ses biens à ses enfants, il a exprimé son envie de se « consacrer exclusivement à son art ». Ce qui ne l’a pas empêché de fonder l’atelier de la Dauphine, une fabrique de tapis (réalisés à partir de ses aquarelles décoratives, NDLR).

Au final, Gustave Fayet était tout sauf un rentier ?

Exactement ! Certes, il a eu la chance d’être né dans une famille riche mais il n’a jamais agi en héritier. Ce qui l’a intéressé, c’est au contraire de développer, d’aller plus loin, de défricher et de comprendre.

https://www.midilibre.fr/2025/04/13/faire-rayonner-les-multiples-facettes-de-lhomme-barthelemy-dandoque-revient-sur-lannee-gustave-fayet-artiste-et-mecene-biterrois-12633044.php

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