À partir du 12 avril, le Musée régional d’art contemporain de Sérignan invite Sophie Calle dans le cadre d’une exposition monographique événement.
Il y a toujours quelque chose d’intimidant lorsqu’on pénètre l’œuvre de Sophie Calle. Une forme de pudeur et de réserve, un peu comme si vous découvriez enfin la bibliothèque d’un vieil ami et rentriez ainsi dans son intimité intellectuelle. C’est d’ailleurs par le prisme de l’intime que s’aborde cette monographie exceptionnelle, présentée au Mrac de Sérignan à partir du 12 avril prochain. Avec un titre sous la forme d’une question que l’artiste adresse au visiteur : Êtes-vous triste ? ». Drôle d’interrogation en réalité, dans un monde où le bonheur fait office de valeur cardinale et où l’on se demande tout simplement si « ça va bien ? ».
Contenus de la page
Mythologies individuelles
C’est que chez Sophie Calle, « l’universel côtoie le plus autobiographique », note simplement Clément Nouet, directeur de l’institution. Celle qui a obtenu en 2024 le Praemium Imperiale, le « Nobel des arts », reste, à tous les étages, une précurseure de la « mythologie individuelle ». Ou l’art de mettre son quotidien en fiction, qui caractérise si bien notre époque faite de reels et de stories. Le directeur ne s’y est pas trompé : « Sophie n’a jamais été aussi contemporaine qu’aujourd’hui », affirme-t-il ainsi.
Est-ce à dire que l’artiste était d’avant-garde dans les années 1980 où elle est découverte du grand public ? Peut-être pas si l’on suit Roland Barthes, pour qui « être d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore ». Car c’est l’auteur des Mythologies et des sublimes Fragments d’un discours amoureux qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’on découvre la, monumentale, pièce Douleur Exquise, qui serpente dans la première salle. Sorte de long compte à rebours amoureux dans lequel l’artiste documente son voyage vers un Japon où elle ne souhaite pas aller, cette série de clichés fragmente le temps par l’image, l’étire vers une rupture certaine, pour mieux en faire rejaillir l’absence qui vient
Une existence un peu plus dense
Sophie Calle joue avec sa vie, avec le destin, le confronte, le raconte et le sublime, nous donnant par ricochet la vision d’une existence peut-être un peu plus dense que ce que nous pensions. Ses photos ne sont pas belles à proprement parler, et ce n’est d’ailleurs pas le propos. L’espace qu’offre le Mrac pour qu’elles se déploient dans toute leur dimension narrative et symbolique, oscillant entre légèreté et gravité, est à ce titre littéralement impressionnant.
On connaît la Sophie Calle photographe, artiste conceptuelle, ou encore plasticienne voire écrivaine. Rares sont les lieux où peuvent se dévoiler en même temps toutes les facettes de cette artiste majeure de notre époque avec autant de latitude. C’est arrivé en 2003 au centre Pompidou, à la Whitechapel de Londres ou plus récemment au musée Picasso, pour les 50 ans de la mort du peintre. C’est maintenant le cas ici, en Occitanie, au Musée régional d’art contemporain de Sérignan pour ce qui est à n’en pas douter une exposition qui fera date.
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