« Des gens ont clairement décidé de me faire la peau » : Marc Lièvremont revient sur son mandat de sélectionneur et son rapport parfois chaotique aux médias

Dans les premières années du Midol vert, l’ancien sélectionneur du XV de France Marc Lièvremont a joué un rôle majeur. Il est, malgré lui, à l’origine de la meilleure vente jamais réalisée à l’avant-veille de la finale de la Coupe du monde. L’occasion de revisiter avec lui ses relations, parfois chaotiques, avec les médias durant son mandat (2007/2011). Et notamment avec Midi Olympique.

Savez-vous que vous êtes à l’origine de la meilleure vente du Midol vert depuis sa création ?

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(Étonné) Vous me l’apprenez.

C’était à l’avant-veille de la finale de la Coupe du monde 2011 avec ce titre : « Les sales gosses face à l’histoire ».

Je ne me souvenais pas de cette Une. Je ne suis même pas sûr de l’avoir vue à l’époque. On a quand même dû me la transmettre, mais j’ai oublié. J’ai la chance, et c’est vraiment une chance, d’avoir une mémoire sélective et de ne me souvenir que du meilleur. C’est vraiment très confortable. Ce n’est même pas un mérite. Du coup, pas d’aigreur, ni de rancœur, ni de rancune.

Est-ce un mauvais souvenir, cette histoire de « Sales gosses » ?

Il y a toujours, avec plus de dix ans de recul, de la tendresse pour mes joueurs dans ces propos. C’est comme ça que j’appelle mes propres enfants, mes neveux. Oui, il y avait aussi de la colère par rapport à certaines choses avérées, des reproches. Mais bon… Quant à ce titre de Une, j’ai aussi compris que, parfois, les intérêts des uns et des autres peuvent être divergents, sans pour autant que les gens soient pourris ou ignobles. « Les sales gosses face à leur histoire », par rapport au parcours de l’équipe de France durant cette Coupe du monde et au-delà de ma personne, il n’y a rien d’illégitime.

Regrettez-vous cette sortie, qui avait à l’époque déplu aux joueurs ?

Je ne regrette pas grand-chose, tout en ayant conscience très certainement, avec plus d’expérience ou le temps passant, que j’aurais pu ou dû dire les choses différemment. Mais je ne crois pas avoir un caractère belliqueux, arrogant, manipulateur. Dans l’absolu, je n’ai que très peu de regrets. Et puis, ça a peut-être été un moteur, pour moi et pour les joueurs.

Durant votre mandat de sélectionneur, vos relations avec la presse et notamment Midi Olympique ont parfois été chaotiques…

(Il coupe) Oui, mais finalement avec L’Équipe aussi… Après, derrière les journaux, il y a des personnes. Je ne vais pas les citer, mais ces gens-là ont fait preuve de ce que j’appelle de la malhonnêteté intellectuelle. Deux d’entre eux tout particulièrement. Ils ont agi sciemment. Je suis assez peu diplomate, ça fait peut-être partie de mes défauts ou de mes qualités, mais je n’ai pas voulu négocier avec eux. Ils souhaitaient que je leur fournisse des informations en sous-main et avoir une complicité avec moi dont je n’avais pas envie. Alors, ces gens-là ont clairement décidé de me faire la peau. À l’époque, on m’a fait passer des copies de messages, où certains responsables de presse demandaient qu’on fasse mes poubelles, qu’on aille interroger mes détracteurs, qu’on me cherche des casseroles. Ce fut notamment vrai pendant la Coupe du Monde 2011.

Vraiment ?

Bien sûr. Mais, encore une fois, je n’ai aucune aigreur. Il n’y a pas une seule personne, journaliste compris, à qui j’ai refusé de serrer la main depuis cette Coupe du monde. Le paradoxe, c’est que beaucoup de gens me disent : « Oh, vous en avez pris plein la gueule, qu’est-ce que vous avez chargé avec la presse ! » Certes, mais j’avais aussi, en parallèle de ça, énormément de témoignages d’estime, de sympathie, de la presse elle-même.

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Au lendemain de la défaite à Wellington contre le Tonga, lors du dernier match de poule qui aurait pu vous conduire à une élimination, vous avez refusé de serrer la main à plusieurs journalistes. J’en fais partie…

Pendant la Coupe du Monde, effectivement. À partir de ce match, j’ai dit : « je ne serre plus la main à aucun journaliste. » Encore une fois, j’aurais préféré avoir des relations bien plus apaisées. J’avais mes défauts. Et le contexte a fait que…

Avec le recul, étiez-vous prêt pour cette fonction ?

Je n’avais certainement ni l’expérience, ni les épaules, notamment pour gérer la relation médiatique. Mais, encore une fois, est-ce là l’essentiel ? Je veux bien admettre que cette dimension soit importante mais pour moi, elle n’était pas prioritaire. Qu’on ait pu me trouver illégitime, je le conçois complètement. Dans l’absolu, avec un peu plus de recul, je pourrais même dire que je n’étais pas prêt. Dans les médias, certains ont considéré que j’étais un mauvais client, mais beaucoup ont regretté, après mon départ, mon honnêteté et ma sincérité. Et puis, étais-je réellement un mauvais client ? Qu’est-ce que préfèrent les journalistes ? Des entraîneurs, des dirigeants ou encore des politiques qui pratiquent, au quotidien et en permanence, la langue de bois ? N’est-il pas préférable d’avoir en face de vous un mec qui se raconte, s’expose, parfois maladroit, certainement naïf ? La fédération m’avait, au bout de quelques mois, mis entre les mains d’un cabinet de conseils pour faire du « média training ». On m’a expliqué : « il faut que je débarque en conférence de presse avec mes éléments de langages et d’informations pour ne pas avoir à toujours répondre aux questions, ou répondre à côté ». J’ai dit : « merci, au revoir. » Ça ne m’intéressait pas.

J’ai aussi compris qu’un consultant, ce n’était pas uniquement de la critique. C’est aussi et surtout apporter une connaissance, une expertise. C’est aussi respecter les gens…

Vous avez fait à de nombreuses reprises fait la Une du Midol Vert. Vous souvenez-vous de celle à la veille du match du Tournoi des 6 Nations 2009, en Italie ?

Vous m’en avez parlé au téléphone, mais je ne m’en souvenais plus.

Nous avions titré « Sauvez leurs têtes » en illustrant avec une photo de Didier Retière, Emile Ntamack et vous-même…

Je me souviens vaguement l’avoir découverte en montant dans l’avion. C’était un peu violent, mais je ne me sentais pas en danger. La semaine avait été pourrie. On avait pris une branlée en Angleterre. Je me souviens justement très bien de ne pas avoir été bon sur la préparation du match. Je m’en voulais. Il y avait des joueurs avec qui je suis passé à côté. J’avais fait des choix malheureux. Je considérais que je n’avais pas bien préparé le match. Mais, vraiment, je ne me sentais pas du tout en danger. En revanche, je me souviens davantage du Italie-France de 2011, toujours dans le Tournoi.

En raison de la première défaite du XV de France contre l’Italie dans le Tournoi des 6 Nations, ou à cause du traitement médiatique ?

Les articles ne devaient pas être terribles ! (rires) Je me souviens de ma réaction, surtout après le match. J’avais été odieux avec les joueurs, avec mon staff et avec Pierre (Camou, alors président de la FFR). J’étais parti dans les chiottes du vestiaire. Je ne voulais plus voir personne. Là, Pierre débarque, s’allume une clope. Il est très calme. Et je me mets à hurler. Je lui mets son compte, je veux me barrer. Je suis hors de moi.

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Comment réagit-il ?

À la façon Pierre Camou. Avec flegme. Il me regarde et me dit : « On en reparle plus tard », puis il s’en va. (Il éclate de rire)

En suivant, vous avez écarté plusieurs joueurs qui ne sont plus jamais revenus en équipe de France…

C’est vrai. Je peux le dire aujourd’hui, il y a prescription. J’ai pris la décision, mais ce n’était pas mon choix. Je me suis battu contre ça, mais je suis allé dans le sens du plus grand nombre, par respect pour les gens que j’appréciais dans mon staff. C’est la première fois que je faisais ça.

Vous souvenez-vous de la conférence de presse où les journalistes français arboraient tous une fausse moustache, en forme de clin d’œil à la vôtre et celle de votre staff pendant la Coupe du monde 2011 ?

Ouais… (il grimace)

L’aviez-vous mal pris ?

Nous étions en pleine Coupe du monde. Je me suis dit : « les relations amicales, ça suffit ». J’ai suffisamment de problèmes, de soucis à gérer dans le management de mon groupe, de mon staff. C’était certainement, pour beaucoup, une forme de soutien. Pour d’autres, il y avait de l’ironie. Je ne l’ai pas mal pris. Mais bon…

Quoi ?

Peut-être qu’à l’époque, j’aurais dû me dérider un peu et l’apprécier comme il fallait l’apprécier.

Une autre conférence de presse a marqué, celle après la défaite lors du match de poule du Mondial 2011 face à la Nouvelle-Zélande où vous avez répondu à un confrère : « Tu m’emmerdes avec ta question »…

Matthieu Le Chevallier (journaliste du journal Le Parisien) me posait cette question après chaque match : « Est-ce que vous pouvez être champion du monde ? » Nous sortions d’une défaite avec un score lourd, mais dans la construction, il y avait eu des choses super intéressantes. Dans les vestiaires, à la fin du match, je me souviens très bien avoir réuni les garçons pour le leur dire. Mais j’ai été naïf. Et très spontané dans ma réponse. (Il sourit) On m’en parle encore régulièrement. Pour l’anecdote, le lendemain, le cabinet de Nicolas Sarkozy m’avait laissé plusieurs messages en me demandant de rappeler parce que le président de la République souhaitait me joindre. Je ne l’avais pas fait. Quatre, cinq jours après, je suis au petit déjeuner et Pierre Camou débarque, me met un savon à cause de ça et me dit : « ton téléphone va sonner, tu réponds ». Effectivement, quelques secondes après, mon téléphone sonne. C’était Nicolas Sarkozy.

Que vous a-t-il dit ?

Il me dit d’emblée : « J’aime le sport, le cyclisme et je suis le rugby avec passion. Vous m’avez régalé avec votre réponse. Je dois être l’homme le plus critiqué de France, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où j’ai eu très envie de répondre comme vous. Je vous remercie, vous l’avez fait pour moi. » L’échange avait été très sympa.

Que lui avez-vous répondu ?

Je lui ai dit : « M. le Président, j’ai une demande à vous faire. » Il me dit : « tout ce que vous voulez ». Et là, je lui lance : « Je vous en supplie, quoi qu’il se passe dans cette Coupe du monde, par pitié, ne me nommez pas secrétaire d’État aux sports. » Il se marre et il m’a rappelé dans la nuit après la finale pour me féliciter du parcours de l’équipe de France. Mais pour revenir à la question du journaliste en question, quelques mois plus tard, alors qu’il devait se marier, son témoin m’a demandé d’enregistrer une petite vidéo à diffuser le soir de la cérémonie. Je l’ai fait. Et un an, jour pour jour, après cette conférence de presse, il m’a invité à prendre un verre. J’y suis allé et on a passé un moment très sympa.

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Finalement, alors que vous aviez dit que vous ne seriez jamais consultant, vous travaillez aujourd’hui dans le monde des médias au titre de consultant Canal +…
C’est tout le paradoxe de ma vie. Je ne voulais pas devenir entraîneur, je le suis devenu. (il sourit) Je suis plutôt quelqu’un de très timide, d’introverti et aujourd’hui, je vis grâce à mes prises de parole, en tant que consultant et conférencier en entreprise. Mais Eric Bayle me rappelle régulièrement qu’il a fait des pieds et des mains pour me convaincre. J’avais d’abord accepté de faire quelques chroniques pour la presse écrite. Mais Consultant… J’en avais tellement pris plein la gueule par des anciens joueurs, des mecs avec qui j’avais joué, que je ne voulais pas. Finalement, j’ai accepté la proposition de Canal +. Je me souviens de mon premier match, c’était à Mont-de-Marsan avec François Trillo. Je n’étais pas du tout dedans, je n’avais pas forcément envie. Et j’avais dit d’emblée à Eric (Bayle) : « si au bout de trois, quatre matchs, ça ne me plaît pas, on arrête ». C’est venu progressivement et je vis cette année ma treizième saison. En fait, j’ai aussi compris qu’un consultant, ce n’était pas uniquement de la critique. C’est aussi et surtout apporter une connaissance, une expertise. C’est aussi respecter les gens, savoir trouver le bon dosage entre dire les choses sans être calomnieux, ni flagorneur non plus. Dans cette fonction, il y a un juste équilibre à trouver et tous les jours, je me dis que je suis un privilégié de pouvoir vivre de ma passion.

<span class="article-full__media-legend">Marc Lievremont et Thomas Lievremont.</span> <span class="article-full__media-author">Abaca / Icon Sport &#8211; Domine Jerome/ABACA</span>

Le traitement médiatique de Marc vu par Thomas

« Quand Marc s’est posé la question d’accepter ou non le poste de sélectionneur, je lui ai dit : « Une telle opportunité ne se refuse pas. » Mais je savais que ça allait poser quelques problèmes. Je connais mon frère, sa personnalité. La communication commençait à prendre de plus en plus de place dans le rugby. Je dis toujours qu’un bon manager doit savoir mentir, arrondir les angles, s’arranger avec la vérité. Ça ne ressemblait pas du tout à Marc. Mais alors pas du tout. » À cet instant, assis à ses côtés, Marc le coupe : « Tu m’avais dit ça à l’époque ? Je ne m’en souviens plus. » La réponse claque : « Tant avec les joueurs qu’avec la presse, je t’avais dit qu’il faudrait parfois apprendre à fermer ta gueule. » Il poursuit : « Je savais qu’il y aurait certainement des clashs, peut-être avec des joueurs, peut-être avec la presse. Je m’interrogeais pour savoir si le fonctionnement de Marc, avec ses valeurs, ses convictions, ses idéaux, son franc-parler, allait pouvoir coller avec l’écosystème. Très vite, j’ai eu la réponse. Pour certains, il n’était pas légitime et s’en est suivi une campagne de déstabilisation, de dénigrement. Ce traitement médiatique, tu ne le souhaites à personne. Surtout, j’avais des retours de ce qui se passait en interne par des joueurs, ce n’était pas aussi dramatique que ce que je pouvais lire dans les médias. Mais j’ai été marqué par l’acharnement et l’orientation prise par certains journalistes vis-à-vis de Marc. Pour lui, ça n’a pas été facile à vivre. »

https://www.rugbyrama.fr/2025/03/20/des-gens-ont-clairement-decide-de-me-faire-la-peau-marc-lievremont-revient-sur-son-mandat-de-selectionneur-et-son-rapport-conflictuel-aux-medias-12579449.php

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