On le dit austère, hautain, mal embouché, l’ancien deuxième ligne de l’équipe de France, toujours très proche de l’Union Bordeaux-Bègles, se dévoile dans un entretien où il évoque son père qui faillit pousser dans le pack du Grand Béziers, sa famille, Jacques Fouroux, les grands frères de Grenoble et ce rugby qui l’intéresse à nouveau.
Comment êtes-vous entré dans le rugby ?
Très tôt, dès 7 ans dans le club de Seyssins. À 15 ans, j’ai commencé à travailler physiquement avec mon père, qui était lanceur de poids. C’est à 17-18 ans que mon corps s’est transformé jusqu’à atteindre les 2,04 m. J’avais pris entre 20 et 25 centimètres en une année, ça m’a provoqué une mononucléose que je suis allé soigner chez mes grands-parents à Béziers. Ma grande taille, au lycée n’a jamais été source de mauvaises plaisanteries, elle m’a permis d’intégrer l’équipe première du FC Grenoble dès mes 17ans. Cela faisait plus d’un an et demi que je me préparais.
Quelle influence a eu votre père dans votre développement physique ?
Dans notre famille, le sport a tenu une place essentielle. Mon père m’a fait profiter de toute son expérience en matière de préparation. Il m’a pris en main, et s’est montré très exigeant, ce fut parfois douloureux. Il me disait : « Si tu veux jouer au rugby, tu dois te donner à fond ! » Très jeune, j’ai souffert autour de la piste comme sous les barres de musculation. Je suis devenu un athlète, et ma taille ne fut jamais un handicap. En m’astreignant à quatre à cinq séances par semaine, je suis devenu un des premiers joueurs professionnels, sans l’argent au bout. Je cherchais à avoir une bonne autonomie sur le terrain. Je n’allais pas très vite mais je pouvais, malgré mes 120 kg, courir longtemps. Grâce à cet investissement, je suis devenu un sportif atypique modelé par mon père.
Pouvez-vous nous parler de votre père, Yves Brouzet, qui fut aussi un des plus grands lanceurs de poids de l’histoire du sport français.
Avec un jet à 20,20 m, il a détenu le record de France du lancer de poids pendant trente-quatre ans, de 1973 à 2007. Car il est décédé en 2003, personne n’a battu son record de son vivant. Mon père était un personnage, une vraie masse, 169 kg pour deux mètres, un colosse dans un sport très peu reconnu, pas médiatisé. Il fut l’athlète le plus lourd des JO. Pour exceller dans sa discipline, il faut s’entraîner dur. À Grenoble, j’ai fréquenté Pascal Lefèvre lanceur de javelot et Thibaut Collet sauteur à la perche. Là, j’ai vu que l’athlétisme était tellement plus exigeant que le rugby. Dans un sport comme le nôtre, on peut se fondre dans un collectif. Moi-même, sans être très technique, j’ai eu une carrière honnête, respectable. J’avais le goût du combat, de l’effort, j’apportais des trucs à mes partenaires sur le jeu.
Pour revenir à votre père, quelles étaient ses qualités physiques ?
Il était technique, coordonné et très véloce. Malgré sa masse, il était très rapide à la course. Il lançait en transversal, aujourd’hui tous les lanceurs tournent. Il fut le premier Français à passer la barre des 20 mètres. Aujourd’hui, les meilleurs sont à plus de 22 mètres. Il est mort jeune à 54 ans d’un cancer de la prostate mal diagnostiqué. Il s’est bien battu quelques années mais la maladie l’a rattrapé. Mon père est né en 1948 à Béziers. Il a eu Raoul Barrière comme professeur de sport au lycée Henri IV. Là, il a fréquenté toute la génération du Grand Béziers. Les Vaquerin, Martin, Buonomo, Palmié… Il aurait pu faire la bascule vers le rugby, mais mon grand-père a décidé pour lui et l’a envoyé vers l’athlétisme : je crois qu’il avait un peu peur de la réputation du rugby. Mon père a été licencié aux Cheminots de Béziers, son premier club, au Stade français puis il est parti au Grenoble université club l’année de ma naissance. Une chose amusante, nous avons porté tous les deux les couleurs de Stade français. Après sa carrière d’athlète, pour s’amuser, il a joué dans une équipe d’anciens, les Sangliers, à Monestier-de-Clermont.
Vous disiez plus haut que votre premier match en équipe première avec Grenoble vous l’avez disputé à 17 ans, vous souvenez-vous des circonstances ?
Plutôt. C’était face au FC Lourdes de Jean-Pierre Garuet. Autour de moi, il y avait les monstres du rugby grenoblois : Hervé Chaffardon, que je considère comme mon grand frère, Jean-Marc Romand, Patrick Mesny et bien d’autres. Mon contrat consistait à prendre quelques ballons en touche et à pousser en mêlée. C’était déjà la guerre des étoiles, j’avais pour mission de nettoyer autour de rucks bille en tête. Jouer deuxième ligne à l’époque était plus simple qu’aujourd’hui. Puis Jacques Fouroux est arrivé en 1992. Il a construit le pack des « mammouths » celui des Kacaala, Mandic, Merle, Chaffardon… J’avais vingt piges. Jacques Fouroux était une légende, comme il nous arrivait à la poitrine, il grimpait sur le banc pour nous parler. Je l’ai adoré. Il nous a amenés en tournée en Chine, où aucune équipe française n’était partie là-bas. Pour le business de Jacques, on a visité des immenses élevages d’oies et de canard où était fabriqué du foie gras qu’il voulait importer. On avait même joué sur le terrain du stade olympique de Pékin. C’est un incroyable souvenir. Et puis, il y a eu cette fameuse finale de 1993 Grenoble-Castres.
Finale perdue politiquement mais pas sportivement. Jacques Fouroux avait des ambitions, on lui a fait payer ça au prix fort.
Juste après cette défaite, dans le vestiaire grenoblois, vous faites une déclaration sur France 2, très mesurée, pleine de fair-play, alors que la polémique gronde déjà et que les Grenoblois crient au vol.
Je me dis sans doute que des finales, j’en rejouerai. Je n’ai pas revu les images, je ne préfère pas. L’arbitre me refuse un essai en première mi-temps et en accorde un à Castres, celui de Whetton, qui n’y est pas. On met au supplice le pack tarnais dans les dix dernières minutes mais l’arbitre ne bronche pas, il ne siffle aucune pénalité. C’est du vol qualifié. Cette défaite a cassé la dynamique qui régnait dans cette équipe. Elle perdra l’année suivante en demi-finale. Le jeu prôné par Jacques Fouroux nous sortait du rugby de contournement pour du concassage en règle. C’est le jeu d’aujourd’hui, fait d’affrontements en continu, sauf pour des équipes comme Bordeaux-Bègles ou Toulouse. Jacques cherchait à briser les défenses, il avait reconverti au centre le robuste troisième ligne Willy Taofifenua, le père de Romain et de Sébastien. C’était atypique. On avait des joueurs doués et de vrais guerriers, des mecs bien.
Vous êtes de cette génération qui a joué le Tournoi à 5 Nations puis à 6. Avez-vous une préférence ?
Quand le Tournoi est passé à six équipes en 2000, le rugby était professionnel depuis cinq ans. La magie de cette compétition n’était plus la même, les matchs s’étaient multipliés. La rareté qui faisait le charme du Tournoi commençait à disparaitre. Comme a disparu ce cérémonial du banquet d’après-match : dans ton premier smoking qui t’était offert par ton président de club, tu entrais de plain-pied dans une légende. Un Tournoi à 6 Nations sur sept semaines ne permet pas à un joueur de célébrer l’évènement. Ce sport s’est placé dans une réalité très professionnelle. Je trouve ça regrettable mais c’est l’évolution du rugby.
Qu’est-ce que l’arrivée du professionnalisme a changé pour vous en 1995 ?
Rien de spécial. Depuis l’âge de 15-16 ans, je m’entraînais tous les jours ou presque. Côté jeu, il n’y a pas eu de révolution. De l’argent, il y en a toujours eu, j’ai le souvenir de petites enveloppes qu’on nous distribuait au fond du bus. C’était de l’argent de poche. C’est une chance d’être payé pour faire quelque chose qu’on aime mais je ne voulais pas faire du rugby un métier, ce n’était pas un rêve d’enfant, d’ailleurs, je suis resté étudiant jusqu’en 1996. Je dois vous faire un aveu, mes proches sont au courant, je n’ai jamais été passionné par le rugby. A aucun moment je n’ai collectionné les images Panini, ni accroché de poster de joueurs de rugby dans ma chambre. Dans ma vie, le rugby n’a jamais été central. Longtemps, je n’ai pas regardé le Top 14, aujourd’hui, c’est un peu différent. Je m’enflamme à nouveau pour l’équipe de France et l’UBB dans laquelle j’ai été partie prenante, car elles excellent dans un rugby de contournement, de course.
On dit que vous n’avez jamais gagné de finale. Est-ce la vérité ?
Oui, j’ai perdu toutes les finales possibles. Je peux les nommer : deux en championnat, avec Grenoble et le Stade français (en 1993 et 2005), une en Coupe du monde (1999), une en Coupe d’Europe avec le Stade français (2005), une en Reichel contre Perpignan. Là, c’est spécial, il y a match nul et on partage le titre ce qui équivalait pour nous à une défaite. Avec Seyssins, mon premier club, j’ai même perdu en finale du tournoi de Grenoble en cadets, contre le FC Grenoble sur la pelouse du stade municipal. En demi-finale, nous avions éliminé Voiron, un véritable exploit. Il y a deux exceptions qui confirment la règle : je suis deux fois champion du monde universitaire. Dans le bureau que j’occupais à Bègles, quand je travaillais pour l’UBB, j’avais accroché tous les maillots de mes finales perdues, et écrit en gros, « L’important c’est de participer », suivi de trois points de suspension.
Tout est dans les points de suspension.
Exactement. Je n’ai pas de manque en particulier. J’en parle pour l’anecdote. J’ai aimé l’épopée grenobloise. En 2023, nous avons fêté les trente ans de la défaite. C’était comme si on s’était quitté la veille.
Les gens proches de vous savent que vous avez été victime de deux AIT (accident ischémique transitoire) dont les symptômes ressemblent à ceux de l’AVC.
Ils sont arrivés en 2012 et 2016, la faute au stress, au surmenage. Ça m’a filé un petit coup. Au moment du premier, je suis chez un partenaire de l’Union Bordeaux-Bègles, tout à coup je fais une crise d’aphasie. Des mots qui n’ont rien à voir avec ce que je pense sortent de ma bouche. Je dis : « Je suis en train de faire un AVC, appelez vite une ambulance ! » On me conduit en soins intensifs où je passe quatre jours, je reste trois semaines en convalescence. Ce n’était pas un AVC mais un AIT : un caillot de sang se forme dans le cerveau et qui se dissout, il te bloque un millième de seconde et ça dissout. J’ai vécu la même chose quatre ans plus tard alors que j’étais chez moi avec mes enfants. Ces AIT ne laissent pas de cicatrice mais je prends un fluidifiant tous les matins. J’ai toujours eu une bonne hygiène de vie mais j’ai réduit mes activités professionnelles. J’en faisais trop.
Ces problèmes sont arrivés quand vous directeur général de l’UBB.
Précisément directeur du développement. Laurent Marti, le président, ne voulait pas d’un directeur général mais je peux quand même me targuer d’avoir été son bras droit. J’ai été très bon pour dépenser son argent (rires). Je suis fier d’avoir œuvré à bâtir ce club à partir de 2007. L’arrivée à Chaban-Delmas fut un beau cadeau. Musard était devenu trop petit, il fallait voir plus grand, quand l’occasion s’est présentée, en 2015, on a sauté dessus, la mairie bordelaise nous a aidé. J’ai été Stadium manager à Chaban-Delmas, le premier match contre Bayonne fut un succès. Ce déménagement contribue à la bonne santé financière du club. Laurent Marti pensait, à juste titre, que Bordeaux était la belle endormie du Top 14 et que le peuple girondin allait suivre. Il a suivi. L’Union a trouvé des joueurs de génie, de bons entraîneurs aussi, qui ont marqué et marquent le club de leur empreinte
Pourquoi avoir quitté le club ?
À un moment de son histoire, l’Union a recruté beaucoup de personnel dans l’administratif, et je n’ai pas retrouvé ma place, des choses m’échappaient, et comme j’aime bien tout maîtriser, je suis parti pour passer à autre chose. J’avais fait le tour de la question. Je me suis investi avec d’autres personnes, à Bègles, dans une franchise québécoise appelée « La Cage ». Le concept à trente ans, il existe quarante établissements de ce genre autour de Montréal. C’était un bar sportif au départ, reprenant les codes du hockey et donnant en direct tous les grands évènements sportifs de la planète. Les associés pensaient que ce lieu nouveau pouvait fonctionner en France, et ça marche. Le plus, dans ce restaurant, c’est que tout est fait maison, de la moindre sauce à la galette de bœuf.
On vous a vu servir, débarrasser des tables.
Je suis acteur de projet, un soldat aussi. Ici comme à l’UBB, je manage par l’exemple. J’avais la même attitude quand je jouais. Exigeant avec moi-même, je voulais qu’il en soit ainsi pour tous mes coéquipiers, j’ai pu être chiant. J’ai aimé mes deux années à Northampton, une institution outre-Manche. À mon arrivée, il y avait la moitié de l’équipe d’Angleterre dans ce groupe. Après une période d’adaptation – les Anglais ne font pas de cadeaux –, j’y ai trouvé ma place. Je me suis mis à l’anglais. Les joueurs avaient un état d’esprit qui m’a plus de suite : on travaille et on fait des efforts pour soi et pour les autres. Je n’ai pas toujours ressenti ça en France. Voilà pourquoi je ne me suis jamais vu entraîneur. J’aurais été trop pénible.
Vous avez démarré à Grenoble et terminé à Bordeaux
Au FCG, j’ai été en formation, je suis devenu un homme. À l’UBB, puisque j’y ai rencontré ma future épouse, j’ai été un homme et une femme (il sourit). J’ai le souvenir d’une époque géniale avec les anciens comme Dédé Berthozat et ces Toulonnais qui nous avaient rejoints, des mecs très attachants : Patrice Colazzo, Léon Loppy, Marc De Rougemont, Gérald Orsoni. Ils sont arrivés avec leur authenticité et leur caractère. Ils avaient la grinta. Avec cette équipe de copains entraînée par Philippe Berbizier nous avons loupé le coche en 1998, on aurait vraiment pu être champions. On perd en quart contre le Stade français, futur champion, d’un point sur l’ensemble des deux matchs. À Grenoble, j’avais mes grands frères. À Bordeaux, j’ai tenu ce rôle, sans vraiment y prendre du plaisir. Je n’ai pas une grande confiance en ma personne. Je tiens trop compte de ce que les gens pensent de moi. Je n’aurais pas pu jouer entouré de réseaux sociaux, je l’aurais mal vécu. J’en ai voulu aux journalistes français parce que j’avais lu dans un article un commentaire à mon égard qui m’avait fait du mal. Il était écrit que j’avais été « mauvais ». Je pouvais passer à côté d’un match, mais de là à être mauvais ? J’avais quand même un certain niveau, je jouais en équipe de France. J’ai nourri un ressentiment à l’égard des gens de la presse, et explicitement avec ceux du journal Sud-Ouest que je trouvais peu enthousiastes, pas assez derrière le CABBG. Alors, un jour que j’étais capitaine de l’équipe, je les ai virés du vestiaire. Ça a fait scandale. Ma réaction était stupide. Les journalistes font partie de notre environnement. À Grenoble, j’avais été biberonné aux articles de Serge Adler, le spécialiste rugby du Dauphiné. Il était à 100 % derrière l’équipe. On pouvait prendre cinquante points, il trouvait toujours du positif, on faisait même quand même la Une du journal.
Le vouvoiement que vous employez souvent fait de vous, dit-on, quelqu’un de distant.
Je passe pour un type austère, hautain, c’est juste de la timidité. Vous savez, pour quelqu’un qui ne cherche pas s’imposer aux autres, qui voudrait se cacher, c’est parfois dur de faire deux mètres. Mes proches vous le diront, je suis plutôt sympa, déconneur. Quant au vouvoiement, ça vient de mon éducation. J’ai vouvoyé tous mes entraîneurs, même Bernard Laporte, j’étais le seul de l’équipe. C’est une marque de respect, à 50 ans j’en suis encore là, ça peut paraitre stupide. Je sais que certains partenaires du club ont essayé de m’évincer, sans doute n’ont-ils pas mesuré tout le travail que j’ai pu fournir pour l’Union. Les gens qui étaient autour de moi m’ont apporté de la reconnaissance, celle que tu gagnes sur le terrain, ça me suffit. Je n’ai jamais été quelqu’un de très médiatique, bien sûr, on me reconnait encore dans la rue. J’étais un deuxième ligne de devoir, je n’aurai jamais l’image d’un seigneur de ce sport comme a pu l’être Fabien Pelous dont je ne suis pas jaloux. Je ne souffre pas d’un manque de reconnaissance, la vie est trop courte pour avoir du ressentiment. Pourtant, j’en suis habité. C’est ainsi. C’est moi.
Ça peut aller loin ?
Pas forcément (il réfléchit). Je peux être une tête de con.
Le duo Romain Magellan-Olivier Brouzet a apporté beaucoup d’humour aux soirées des Oscars Midi Olympique. On a bien vu que le grand timide aimait la scène.
Cela fait trente ans que Romain, mon meilleur ami, et moi, projetons de monter ensemble un spectacle. Je pourrais chanter, j’ai un petit brin de voix. À Bordeaux un soir d’Oscar Midi Olympique, j’ai fait mon entrée sur la scène du Grand théâtre en reprenant la chanson de Charles Aznavour « Hier encore, j’avais vingt ans ». Pour quelqu’un qui n’a pas confiance en lui… Avec l’équipe de Philippe Oustric et Viviane Valette, Romain et moi avons écumé la France entière, on a réalisé des films très drôles. En privé, j’ai toujours été amusant, sarcastique aussi.
Il se dit que vous êtes un grand fan de chanson française ?
Je suis ouvert à tous les genres, le dernier groupe que j’ai vu en concert, c’est ACDC. Quand j’étais junior à Grenoble, et que notre entraîneur s’appelait Alain Righetti, on ne reprenait aucune chanson paillarde en troisième mi-temps. C’était Sardou, Aznavour, Eddy Mitchell, de la variété. À l’époque il y avait du texte. Pour moi, Aznavour est au-dessus de tout. Un de mes fils, le grand, veut prendre des cours de chants, je vais peut-être m’y mettre aussi.
De quel fils parlez-vous ?
D’Hugo, celui qui a été champion du monde junior de hand-ball, professionnel à Aix-en-Provence. Il mesure 2,10 m et ne supporte pas qu’on lui fasse de commentaires sur sa taille. Il n’a pas ma patience. On l’a vendu à Chambéry quand il avait 17 ans (éclats de rire). Il a atteint un niveau d’excellence après avoir beaucoup travaillé. Le hand, c’est le sport de sa mère, Valérie, qui a joué en Première division à Mios-Biganos, elle était demi-centre, animatrice, capitaine. Elle a fait toutes les sélections jusqu’en espoir mais elle a mis un terme prématurément à sa carrière après m’avoir rencontré. J’ai un deuxième fils, Nathan, qui a joué au hand à Bordeaux, il fait des études de kiné. Les rapports que j’entretiens avec mes enfants sont différents de ce que mon père avait avec moi. Je n’ai pas suivi son modèle, heureusement. Ma femme a été extraordinaire avec Hugo et Nathan, elle en a fait des hommes épanouis, éduqués. J’en suis très fier.
Tout au long de votre vie qu’avez-vous appris sur les hommes ?
La nature humaine a souvent tendance à me décevoir. En France, je regrette l’attitude égoïste des gens, au quotidien, dans la rue. On s’occupe avant toute chose de son nombril. C’est aux antipodes de ce qu’est le rugby où malgré le fric, rien n’est possible si tu ne te mets pas à poil pour les autres et inversement. Le rugby ça fait mal, les gens ne se rendent pas compte. Pour répondre à la question, je rencontre des sympas et des cons, mais le rugby n’est pas épargné par les cons.
Comment avez-vous vécu cette histoire argentine l’été dernier ?
J’ai envoyé un message d’encouragement à Bibi Auradou. Je sentais que son fils Hugo et Oscar Jégou seraient innocentés. Ça devait se terminer comme ça. J’ai trouvé moche la façon dont certains ont récupéré cette histoire, comme Didier Codorniou, candidat à la FFR, qui a balancé sur son adversaire politique, Florian Grill, sans attendre le procès.
Le livre écrit par Ludovic Ninet sur Chantal Cécillon, tué par Marc, son mari, ancien capitaine de l’équipe de France, parle de cette omerta dans laquelle vit le rugby.
Il y a toujours des présidents qui engagent des garçons qui battent leur femme, les mêmes qui pourraient jouer en équipe de France. Pour un homme, c’est terrible de battre une femme. Le rugby ne montre pas l’exemple.
Qu’avez-vous appris sur les femmes ?
Je vous parlerai de la mienne. C’est juste une sainte, une belle nature, elle ne souhaite jamais de mal à personne. Avec elle, j’ai eu un coup de foudre, je l’ai demandée en mariage quatre jours après car je savais que c’était elle. Nous étions en 1994, je rentrais d’une tournée en Nouvelle-Zélande, elle n’avait jamais entendu parler de moi. J’avais 21 ans et elle 20 ans.
Vous avez été entraîné par la crème durant toute votre carrière, quels souvenirs gardez-vous des Berbizier, Fouroux, Skrela, Villepreux, Laporte ?
Pierre Berbizier fut le premier à me faire confiance, c’était en 1994 contre l’Écosse. J’avais appris ma sélection depuis l’Alpe-d’Huez par France Info. À l’époque, c’était ça ou la télé, personne ne t’appelait. Berbizier m’a emmené en suivant en Nouvelle-Zélande et ne m’a pas adressé la parole de toute la tournée, sauf à la fin, au moment de se séparer. Il m’a pris pour la Coupe du monde en 1995. À ses yeux, je devais être en formation, j’étais le jeune. Je pouvais toujours me dépasser, c’était toujours la Roume (Olivier Roumat) qui jouait. Je servais d’aiguillon à Roumat et à Merle. Jacques Fouroux incarnait la figure paternelle. Avec Villepreux et Skrela, c’était « open bar », pas pour l’alcool, mais les joueurs avaient les clés du camion. Ils nous laissaient beaucoup de liberté, trop même. Au lendemain de la victoire contre les Blacks en demi-finale de la Coupe du monde 1999, ils auraient dû nous enfermer dans un bunker et non pas laisser les amis entrer dans l’hôtel de l’équipe de France. Ils sont un peu responsables de notre défaite.
Et Bernard Laporte ?
Je ne suis pas fan de l’homme, vraiment pas mais il m’a fait confiance pendant quatre ans. Ce n’est pas ma tasse de thé. À son propos, je préfère m’arrêter là.
Votre ami Romain Magellan dit que vous feriez un bon dirigeant international ou même un homme politique ?
J’ai été tenté par la politique, je le suis toujours. Le niveau des députés d’aujourd’hui me fait horreur. La politique ne peut pas être un métier mais un engagement. Je n’ai pas de carte à jouer mais des choses à dire. Je peux me mettre au service des gens. La communauté m’intéresse, je ne suis pas un égoïste. On vit dans un pays tellement merveilleux mais trop de gens se foutent du bien commun.
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