Des filets de pêche usagés 100 % recyclés avec la start-up SAO Textile de Marine Olacia, basée dans le Biterrois

Styliste de formation, cette jeune entrepreneuse a délaissé la fast fashion pour redonner du sens à son métier et préserver mer et océan. Elle transforme ainsi les sennes au rebut des pêcheurs d’Agde ou Sète en fil destiné à l’industrie textile française.

Dans les mailles du filet… De son métier de styliste, Marine Olacia a gardé le fil de la passion intacte. Mais après quinze ans passés dans la mode de luxe puis lifestyle pour différentes marques, la jeune femme opère un virage à 360°, quitte le monde de la fast fashion et fonde, en 2023, SAO Textile, une start-up qui transforme les filets de pêche usagés en fil recyclé pour l’industrie textile, basée à Bessan, près de Béziers.

« C’est lors d’un voyage professionnel au Bangladesh pour le groupe espagnol Inditex (*) que la façon de produire et de faire la mode telle qu’elle existe aujourd’hui m’a ébranlée ». Face aux ravages de cette industrie sans états d’âme (surproduction, surexploitation des ressources naturelles, pollution de l’air ou des sols, conditions de travail précaires), « tout à coup, j’ai eu envie de mettre du sens dans ce métier et d’avoir un impact plus positif pour la planète ».

Faire du textile à partir des filets

En parallèle, Marine Olacia rejoint les rangs de l’ONG Project Rescue Ocean et en devient l’ambassadrice sur Marseille. « À chaque fois que je sortais d’une action de dépollution grand public ou d’une opération de sensibilisation auprès des scolaires, je me sentais vivante et heureuse d’agir et d’être un acteur de la sauvegarde de notre planète ». L’idée de donner un autre destin aux filets de pêche en fin de vie ne tarde pas à faire son chemin.

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« Beaucoup de pêcheurs ne savent pas quoi en faire : certaines déchèteries ne les acceptent plus et hormis les stocker sur les ports, ne savent pas comment s’en débarrasser. Or, de par mon expérience et mon expertise, je sais qu’on peut faire du textile à partir de bouteilles plastique, de matériaux et déchets marins en les recyclant. C’est ce que fait, par exemple, la marque Patagonia (en 2024, l’enseigne de sportswear revendique 90 % du nylon qu’elle utilise dans ses vêtements comme recyclé, NDLR) ».

Une filière 100 % française

La future entrepreneuse quitte son poste de responsable de production et se lance dans le grand bain – après tout, la matière première ne fait pas défaut sur notre territoire –, avec l’envie que la filière soit 100 % française, « avec une vraie chaîne de valeurs aussi et une réelle transparence, depuis le filet du pêcheur jusqu’au filateur (industriel à la tête d’une filature, NDLR), afin de valoriser le savoir-faire hexagonal, relocaliser pour créer de l’emploi et faire d’un déchet une ressource pour l’industrie textile ».

L’idée, matérialisée d’abord sur un bout de table, prend petit à petit forme. Marine Olacia se fait accompagner par des incubateurs, au départ à Marseille, puis à Gigamed, la pépinière d’entreprises de Bessan, son village natal, « pour être au plus près des déchets. Très vite, tout un écosystème s’est mis en place entre les collectivités, les pêcheurs, très intéressés, et les organismes économiques ».

Une matière toute douce

SAO Textile est ainsi soutenue par le syndicat mixte du Bassin de Thau, l’agence d’attractivité Blue Invest, la BPI ou la French Tech Méditerranée. Quant à la concrétisation, Marine Olacia s’est adressée à des ingénieurs textiles pour tester la matière – des sennes, ces filets de pêche au thon, plus épais et plus longs – et sa transformation.

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« Pour faciliter le recyclage, comme ils sont très longs, on les découpe dans un premier temps avant de les effilocher. Puis, par un processus thermo-mécanique, on obtient des billes de plastique que l’on refait chauffer avant de les passer dans une extrudeuse (une machine comme une passoire) et on obtient un premier fil, qui a la texture d’un fil de pêche que l’on va texturiser ». La matière obtenue est toute douce et se laisse aisément tricoter.

Du textile réalisé à partir de déchets plastiques

Le nylon est une matière plastique, donc dérivée du pétrole, de type polyamide, souvent utilisée comme fibre textile. C’est un ingénieur de l’entreprise de chimie américaine Du Pont de Nemours qui l’invente et le brevette en 1935. Ses applications les plus célèbres sont les fameux bas nylons mais il est aussi très utilisé pour les vêtements type coupe-vent, en raison de son faible pouvoir absorbant, qui en fait un tissu qui sèche rapidement. En revanche, sa réputation de ne pas absorber les odeurs n’est pas usurpée, gare aux relents de transpiration…

Le filet est ainsi entièrement valorisé, sans ajout de matière ou d’ingrédient supplémentaire, avec une traçabilité complète. « Le secteur textile en France est très demandeur, notamment face à la loi Agec pour l’économie circulaire et contre le gaspillage ». Certes, le combat face aux géants de la fast voire de l’ultra fast fashion ne va pas se gagner en un tour de main mais Marine Olacia sait que, demain, son produit 100 % recyclé, français, sourcé et bénéfique pour la planète sera un atout.

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Recycler et sourcer

Durable vs toxique. Le combat contre la fast fashion est celui de David contre Goliath « mais il faut bien voir que de nombreux produits par ces géants du textile, notamment chinois, utilisent des teintures toxiques, que ce soit pour la peau ou pour l’environnement quand on les lave« .

Quelques chiffres. Fondée en 2023, SAO Textile a déjà collecté plus de 150 tonnes de filets auprès de pêcheurs d’Occitanie (Agde, Sète, Port-Vendres). Pour 1 kg de filet, on obtient 20 km de fil, soit 7 tee-shirts techniques. Un filet de pêche met 600 ans à se décomposer et 10 % de la pollution plastique sous-marine provient des filets. On estime à environ 1 000 tonnes le nombre de filets de pêche usagés par an.

SAO Textiles. La start-up est actuellement en phase pilote pour affiner et ajuster la méthodologie. En 2026, la production industrielle sera lancée, sans doute dans l’Ain, près de Lyon. Cette fibre de polyamide sera d’abord commercialisée auprès de marques textiles souhaitant adopter un sourcing français, traçable et circulaire mais, à terme, la cheffe d’entreprise espère développer sa propre marque de vêtements techniques.

Exposition. Le 6 mars, le musée national de la Marine, à Paris, a accueilli, le temps d’une soirée, une exposition intitulée « De la Méditerranée à la mode : upcycling marin et conscience écologique », montée par SAO Textile et les élèves parisiens du lycée Poiret qui ont créé des vêtements à partir des filets de pêche usagés.

https://www.midilibre.fr/2025/03/18/des-filets-de-peche-usages-100-recycles-avec-la-start-up-sao-textile-de-marine-olacia-basee-dans-le-biterrois-12575163.php

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