Testé en Italie, le banc en 7-1 a donné pleine satisfaction à Dublin, et a permis à Oscar Jegou de montrer ses qualités au poste de centre…
On ne vous cache pas qu’un frisson nous traversa quand, à la 47e minute, le centre Pierre-Louis Barassi dut quitter le terrain, sonné après un violent choc à la tête provoqué par l’ailier adverse Calvin Nash. Avec la configuration en 7-1 et la blessure d’Antoine Dupont qui avait précipité l’entrée de Maxime Lucu, il n’y avait tout simplement plus de trois-quarts sur le banc français. Comme prévu par le staff tricolore, c’est donc le flanker rochelais Oscar Jegou qui fut chargé de couvrir le poste de centre.
Une nouvelle mésaventure dans un match déjà assez chaotique pour les Bleus : « Le scénario idéal, ce n’était pas celui-là, rappelait le sélectionneur Fabien Galthié après la rencontre. Mais comme nous nous entraînons à tous les scénarios, les joueurs nous ont rendu au centuple la confiance que nous leur avions accordée. Quand Oscar Jegou passe au centre, quand tu coaches cinq avants, que Barassi doit sortir et que l’équipe ne sort pas de sa feuille de route, qu’elle ne tremble pas, qu’elle tient sa stratégie… »
Les Bleus, eux, n’ont pas tremblé à l’idée de voir un flanker remplacer un centre : « à ce moment, c’est vrai qu’on n’a pas réfléchi, déclarait encore Anthony Jelonch. On savait qu’Oscar pouvait passer au centre, on a dit qu’on continuait comme ça et il fait une très belle entrée au centre. Franchement, il a fait son match. Chapeau à lui. Son entrée fait aussi qu’on avait quatre troisième lignes sur le terrain et à partir de là, ça dépote. »
« Dépote » convient assez bien pour décrire l’abattage défensif dont le Rochelais a fait preuve sur le terrain. En seulement trente-quatre minutes et malgré le fait qu’il se trouvait plus loin du combat d’avants qu’à l’accoutumée, le flanker a effectué onze plaquages, soit autant que son coéquipier de club Paul Boudehent qui disputa l’intégralité de la rencontre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains furent particulièrement appuyés, comme celui qui fit perdre à Sam Prendergast le contrôle du ballon peu après l’heure de jeu. Et sur le plan offensif ? On pourra peut-être regretter son coup de pied à suivre tapé un peu trop vite à la 57e minute, alors qu’il avait encore Yoram Moefana et Damian Penaud sur sa droite et que la défense irlandaise était en retard… Mais aussitôt, Jegou s’est rattrapé en retournant l’ailier Jamie Osborne qui s’était saisi du ballon. Ce plaquage offensif marqua d’ailleurs l’origine de son essai puisqu’ainsi mise sous pression, l’Irlande fut contrainte de taper en touche. Moins de deux minutes plus tard, un départ canon de Julien Marchand le long de la ligne de touche et une séquence dominante des avants français, Jegou surprenait le deuxième ligne Tadhg Beirne au bord du ruck et aplatissait sous la carcasse du colosse du Munster.
Un 7-1 qui fait « boom »
En clair, Oscar Jegou a été à l’image de cette équipe de France : versatile, féroce et surtout dominante. Tous les ingrédients pour survivre et prévaloir dans un milieu hostile, en somme. Et cette domination physique fut clairement accentuée en deuxième mi-temps, quand le staff tricolore décida de tirer parti de son fameux 7-1 en envoyant, à la 49e minute du match, cinq avants d’un coup sur le terrain : Cyril Baille, Julien Marchand, Dorian Aldegheri, Emmanuel Meafou, et Anthony Jelonch. Juste avant, Paul Boudehent avait marqué l’essai permettant aux Bleus de reprendre l’avantage au score (13-15) et l’ailier Calvin Nash avait écopé d’un carton jaune pour son plaquage dangereux sur Barassi.
En clair, les Irlandais venaient de recevoir deux coups sur la tête et se retrouvaient en plus en infériorité numérique, et le staff des Bleus allait leur asséner le coup de grâce : « Le banc en 7-1 apporte beaucoup d’énergie à tout le groupe, commentait le troisième ligne Anthony Jelonch après la rencontre. On essaie d’amener tout ce qu’on peut et là, cette entrée à cinq s’est encore révélée positive. […] À la 48e, quand le banc est entré, on a su faire les efforts qu’il fallait et mettre en place notre jeu. Cela s’est bien passé. […] Sur le terrain, on ne savait pas trop ce qui nous arrivait mais on mettait une énergie de fou dans tout ce qu’on faisait et on a su les dominer physiquement pendant vingt minutes. Justement, on voulait les dominer physiquement. » Les Irlandais avaient pourtant déjà survécu une fois au « Nuke Squad » des Springboks en phase de poule de la dernière Coupe du monde. Mais cette fois, les Bleus ont été trop forts. Et à l’issue de la rencontre, le numéro huit et capitaine Caelan Doris ne pouvait que constater les dégâts : « Nous avions déjà vu ce dont cette entrée massive de remplaçants français était capable dans le Tournoi. Contre nous, leur entrée a été décisive : ils ont eu un énorme impact sur le gain de la ligne d’avantage. Le fait qu’ils gagnent plus souvent la ligne d’avantage leur a donné des libérations rapides, ils ont pu jouer debout, passer après contact et même jouer sur les extérieurs. Nous n’avons pas suffisamment défendu sur eux, notamment dans cette zone des 50-22. » Logique, quand on est dominé…
.
