L’Irlandais Jamison Gibson-Park et le Français Antoine Dupont, rivaux en club comme en sélection, vont une nouvelle fois s’affronter dans une rencontre cruciale. Ce choc sera aussi décisif qu’intéressant entre deux accélérateurs de particules aux profils et aux talents variés.
Ces deux-là sont devenus inséparables à force de se croiser régulièrement sur la scène internationale, que ce soit en club ou en sélection ; et ce, pour la petite histoire, depuis le baptême en Champions Cup du Leinsterman face au Castres d’un jeune prodige à la mêlée, le 15 octobre 2016, au RDS. Pourtant, tant de choses séparent Jamison Gibson-Park (33 ans, 42 sélections) et Antoine Dupont (28 ans, 58 sélections).
À commencer par leur trajectoire. De Castelnau-Magnoac à Toulouse en passant par Auch et Castres, le destin du Français était comme tracé, cousu d’or depuis le début ; celui de l’Irlandais d’adoption, éternelle doublure de Super Rugby dénichée par les têtes pensantes de l’Irfu qui a fini par s’imposer comme pointure internationale sur l’île émeraude, en a, en revanche, dérouté plus d’un. À commencer par lui-même. Leur profil respectif, aussi, présente peu de similitudes, comme en témoignent leurs statistiques. Il faut dire qu’Antoine Dupont, joueur inimitable par excellence, possède aujourd’hui un champ d’action et une emprise sur le jeu inégalables sur la planète rugby. Depuis le début du Tournoi, celui par lequel tous les ballons passent se signale plus que jamais par son hyperactivité, ce qui lui vaut de dominer en chiffres son alter ego de Dublin dans à peu près toutes les catégories : 2 essais à 1 ; 6 « passes décisives » à 2 ; 185 mètres parcourus à 48 ; 3 franchissements à 0 ; 12 défenseurs battus à 2 ; 38 jeux au pied à 25… Pour l’anecdote, tous deux en sont, à ce jour, à 207 passes effectuées.
« Il n’y a pas débat »
Ce qui rend Jamison Gibson-Park si spécial ne se mesure pas pleinement avec des statistiques : son intelligence tactique et sa capacité à rester froid dans la zone de marque constituent deux mannes providentielles pour le XV du Trèfle. Le Leinsterman brille moins par lui-même, certes, que son prodigieux vis-à-vis mais toujours est-il que la lumière vient souvent de lui… L’aura du natif de l’île de la Grande Barrière, en Nouvelle-Zélande, est louée par tous du côté de Dublin. Autant ou presque que celle de Dupont par chez nous. Au point que Josh Van der Flier avait répondu par la négative à une journaliste qui lui avait demandé, avant la dernière finale de Champions Cup, s’il échangerait son numéro 9 avec Antoine Dupont : « Non, je reste avec Jamison, c’est certain », avait affirmé le troisième ligne, qui avait alors trouvé toutes les qualités du monde à son partenaire.
Avant la même échéance, l’intéressé avait, lui, admis, beau joueur, que le Tricolore restait au-dessus de la mêlée : « Antoine Dupont n’est pas seulement le meilleur numéro 9, mais probablement le meilleur joueur mondial des dernières années, avait reconnu « JGP », le 22 mai 2024. C’est toujours un défi pour un joueur à ce poste de faire face à ce qui se fait de mieux. » Ugo Monye, ancien international anglais devenu chroniqueur star du Guardian, ne disait rien d’autre à la même date : « Il n’y a pas débat pour savoir qui d’Antoine Dupont ou de Jamison Gibson-Park est le meilleur demi de mêlée du monde. Dupont est le meilleur joueur du monde, tout simplement. Je dois revenir à Dan Carter et aux performances qu’il a produites lors de la tournée des Lions en 2005 pour savoir si c’est la dernière fois que j’ai vu un joueur aussi complet. »
S’il est une chose au sujet duquel le demi de mêlée de 28 ans – récemment élu meilleur joueur de la troisième journée du Tournoi (53 %)… devant Jamison Gibson-Park (25 %) – peut a contrario jalouser son alter ego, il s’agit de son palmarès en sélection : l’Irlandais compte en effet deux victoires finales dans le Tournoi (2023, 2024) contre une seule pour lui (2022)… L’occasion est offerte au capitaine des Bleus de rééquilibrer la balance à la faveur d’une fin de 6 Nations canon. À Dublin, il ne sera pas question de savoir qui a battu le plus de défenseurs ou parcouru le plus de mètres balle en main… Seul celui qui mènera son pays à la victoire – qui aurait de grandes chances d’être décisive à l’heure du décompte final – sortira la tête haute de ce duel de stars du système.
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