Une première plainte a été déposée mercredi 5 janvier contre l’école catholique de Notre-Dame de Garaison située à Monléon-Magnoac (Hautes-Pyrénées). Son auteur, un ancien élève dans les années 1990 dénonce des faits de violences physiques et sexuelles allant jusqu’au viol. Les témoignages s’accumulent.
Dans le sillage de l’affaire Betharam, l’institution religieuse de Notre-Dame de Garaison, située dans le village de Monléon-Magnoac, dans les Hautes-Pyrénées, est à son tour visée par de graves accusations. Une première plainte contre X a été déposée mercredi 5 mars pour viol, agressions sexuelles et violences aggravées pour des faits commis au début des années 1990, a appris l’AFP auprès de son avocat et du parquet.
L’auteur de la plainte, un ancien élève de l’école catholique, âgé aujourd’hui de 44 ans, dénonce des sévices qu’il aurait subis lors de sa scolarité. « Il me parle d’attouchements, de masturbation et après des faits plus graves en qualité de viols », précise son avocat, Me Joseph Mésa. Des faits commis il y a moins de trente ans, écartant toute possibilité de prescription. « Il ne se souvient pas avec précision du ou des auteurs, (donc) plutôt que de jeter indûment l’opprobre sur quelqu’un en se trompant, il préfère déposer contre X », explique-t-il.
Ces nouvelles accusations surviennent en plein tourment dû à l’affaire Betharam, située seulement à une centaine de kilomètres. 150 plaintes ont été déposées contre d’anciens religieux et personnels laïcs de l’institution des Pyrénées-Atlantiques. « Quand il a entendu parler de Bétharram, ça a commencé à le secouer un petit peu, mais quand il a vu un article local sur ce qui se passait aussi à Garaison, dans sa tête, ça a explosé. Il s’est souvenu de tout ça », ajoute Me Mésa. Une fois encore, l’établissement serait déjà connu pour son exigence et sa sévérité. Les témoignages s’accumulent déjà.
Auprès de France 2, Grégory Leroy, un autre interne dans l’institution entre 1983 et 1985 décrit un « bagne ». À douze ans, il raconte avoir été victime, à plusieurs reprises, de gifles et coups de fouets. Encore traumatisé, il se souvient encore de l’épisode d’une nuit, corrigé par un surveillant de nuit à l’aide d’une cravache pour avoir mangé des biscuits dans son lit : « Il m’a traîné, m’a déchiré mon pyjama, c’est assez flou mais je me suis retrouvé nu, il a allumé la douche froide et a continué de me frapper. »
Comme je lui donnais des coups de pieds et j’essayais de me débattre, il m’a attrapé violemment les parties en serrant fort pour que j’arrête de me débattre, et ça a marché
Grégory LeroyInterne à Notre-Dame de Garaison entre 1983 et 1985
Un autre témoin, en classe de troisième à l’époque, raconte, sous couvert d’anonymat, avoir aussi été victime du même surveillant, décédé en 2013. Lui parle d’une gifle qui lui déchire le tympan. « Je suis allé voir l’infirmière qui au départ ne me prenait pas trop au sérieux. J’ai dû lui montrer, me boucher le nez et souffler très fort, elle entendait l’air sortir par l’oreille. » Le médecin qui l’examine à l’époque constate « une perforation tympanique ».
Sur le certificat médical du médecin l’ayant examiné à l’époque, il constate une « perforation tympanique ». • © France 2
Dans un communiqué, Notre-Dame de Garaison reconnaît pour la première fois que « des encadrants ont pu avoir recours à des châtiments corporels par le passé ». Pour autant, le porte-parole de l’institution, joint par téléphone par nos confrères de France 2, relativise : « Les coups et les châtiments qui sont décrits pour nous il n’y a pas de fondement et on met en doute la véracité de ces témoignages. »
Avec cette première plainte, l’ancien élève de Notre-Dame de Garaison, ayant fréquenté internat entre 1991 et 1993, espère « avoir des réponses » concernant le « mal-être » qu’il a ressenti depuis lors, « toujours la sensation d’être à côté de tout », déclare son avocat à l’AFP. Et « parce qu’on parle de choses vraiment très graves, que les auteurs soient bien sûr jugés et éventuellement condamnés », ajoute-t-il Me Mésa.
Une enquête va être ouverte pour apporter des réponses aux victimes et vérifier s’il reste des faits non prescrits.
Parquet de TarbesAFP
Notre-Dame de Garaison, qui selon son site internet accueille environ 700 élèves, de la maternelle à la terminale, compte parmi ses élèves les plus célèbres l’ancien Premier ministre Jean Castex, le Prix Nobel de la paix 1952 Albert Schweitzer et l’ex-international français de rugby Pierre Berbizier. Dans le passé, deux surveillants ont déjà été condamnés pour viols. Un collectif des victimes de Notre-Dame de Garaison vient de se créer pour que « cessent l’omerta et toutes ses dérives ».
