Top 14 – Exclusif. Manu Tuilagi (Aviron bayonnais) : « Les Basques et les Français savent profiter de la vie à fond »

Arrivé cet été à Bayonne, Manu Tuilagi (33 ans) est un homme heureux. Mi-février, à deux jours de la réception de l’Union Bordeaux-Bègles, le trois-quarts centre anglais a accepté de revenir sur ses premiers mois au Pays basque. Après un rapide crochet à la boucherie du coin, le numéro douze s’est assis à l’étage d’une pâtisserie avec une vue imprenable sur le parvis des Halles de Bayonne. Un café à la main et pendant 45 minutes, il a confié son bien-être dans le sud-ouest de la France.

Vous êtes à l’Aviron bayonnais depuis cet été. Comment se passe votre nouvelle vie ?

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Bayonne est magnifique. Quand je regarde par la fenêtre et que je vois cette place, les vieux bâtiments, le caractère de cette ville et le style de vie des gens, je me dis que c’est tellement calme, tranquille et joli. C’est vraiment agréable à voir. Quelle heure est-il, d’ailleurs ?

Il est 14 h 15.

Tout le monde déjeune au soleil, avec un verre de vin rouge ou une bière. Les gens sont détendus. Ce n’est pas la course (il mime avec ses mains le brouhaha). Les gens discutent, voient leur famille, leurs amis. Nous nous plaisons vraiment ici, nous profitons.

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux ?

Que ma famille soit heureuse, tout simplement… Mes enfants vont à l’école française tous les jours, c’est ce qu’il y a de mieux pour eux.

Je ne peux pas prendre mon café sans sauter dans la piscine d’abord

Parlent-ils français ?

Oh, ma fille parle plus que moi (il explose de rire). Et elle le comprend très bien. L’autre fois, nous sommes allés chez le boucher pour acheter de l’agneau. Le boucher voulait juste savoir comment je souhaitais que la viande soit coupée, mais je ne comprenais pas. C’est ma fille qui a fait la traduction ! À part ça, nous vivons à Ondres, dans les Landes. La plage est à cinq minutes sur la gauche. Si vous partez vers la droite, l’école se situe à dix minutes à pied. Nous ne sommes pas loin de la plage, des rivières ou de la montagne. Nous sommes allés dans les Pyrénées. Mes enfants adorent skier. Moi ? Je n’ai pas le droit et je ne suis pas très bon (rires). Vous vous rendez compte ! En tout juste deux heures, nous sommes à la montagne. C’est fou…

Quid de la plage ?

Nous y allons souvent, mais il y a beaucoup de vagues dans les Landes, c’est pour les surfeurs. C’est dangereux. Cet été, nous sommes allés à Biarritz, la mer est plus calme. Nous y sommes allés avec Nicolas (Viguera, le responsable du recrutement de l’Aviron, N.D.L.R.), sa femme Karine et les enfants, qui sont d’ailleurs restés trois heures dans l’eau ce jour-là.

Tuilagi face à La Rochelle le 12 octobre à Anoeta, pour sa première en championnat. Icon Sport – Scoop Dyga

En parlant d’eau, pourquoi plongez-vous dans votre piscine chaque matin ?

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Pour me réveiller ! C’est bon pour le système. Le sang circule dans tout le corps. L’eau est parfois à neuf degrés, d’autres fois à dix. Même quand nous sommes sur un jour de repos, je ne peux pas prendre mon café sans sauter dans la piscine d’abord.

Au-delà de ça, qu’avez-vous découvert de la culture basque sur ces six derniers mois ?

Les Basques et les Français savent profiter de la vie, à fond. Ils profitent de la vie plus que de toute autre chose.

Est-ce différent en Angleterre ?

Oui, c’est travail, travail. Il faut trouver un certain équilibre. Par exemple, ici, il y a la sieste. Le matin, vous travaillez, puis vous allez déjeuner et vous revenez au boulot. En Angleterre, on travaille pendant la pause déjeuner. On prend une box pour manger directement sur son bureau. On ne déconnecte pas vraiment ! Ce n’est pas comme ici, regardez (il montre le parvis des Halles). Les gens ont tout à fait raison de vivre et profiter ainsi. Et le temps, regardez ce soleil !

Le fromage et le vin, qu’est-ce que c’est bon !

Hier, il ne faisait pas beau et le Pays basque est connu pour être un endroit où il pleut énormément…

Oui, mais il ne fait pas froid. En Angleterre, en ce moment, il gèle ! Pour moi, il n’y a eu que deux semaines d’hiver depuis que je suis arrivé. C’est différent de ce que j’avais connu jusque-là, donc c’est parfait. Je profite de ce nouveau style de vie et j’aime venir, tous les jours, à l’entraînement.

Quid du rugby ?

Le staff, qui est très bon, veut amener tout le monde dans la même direction. Si, ne serait-ce, qu’un ou deux joueurs vont dans l’autre sens, c’est toute l’équipe qui s’en trouve affectée. Le défi ne concerne pas la partie rugby. Le défi est lié à la gestion des hommes, il faut les faire adhérer au projet.

Sur le plan personnel, que pensez-vous de votre début de saison ?

Je suis content. Il y a encore beaucoup de points sur lesquels je dois progresser. J’aime m’entraîner tous les jours, jouer, rester en forme. Aujourd’hui, je ne considère plus rien de tout cela comme acquis, car je sais ce que c’est que d’être souvent blessé.

Comment avez-vous vécu le fait de manquer le début de la saison à cause de votre fracture de la main face à Biarritz, en amical ?

C’est la vie. Ma main a tapé sur la tête d’un joueur et regardez maintenant (il montre la cicatrice).

Le choc a eu lieu en début de match. Vous avez joué presque toute la première période avec une main cassée…

Ce n’est que de la douleur ! Mais maintenant, tout va mieux.

C’est à Anoeta, face à La Rochelle, que vous avez découvert le Top 14. Que vous reste-t-il de ce moment ?

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Anoeta est extraordinaire. L’atmosphère était incroyable. Je me souviens de la marche jusqu’au stade, qui était assez longue. Les supporters étaient fous. Je ressentais leur passion débordante ! Je crois même qu’un gars m’a embrassé sur la joue quand je suis arrivé. Je me suis dit : « Allez, c’est parti » !

Lors de ce premier match, vous avez réalisé un gros plaquage sur Grégory Alldritt. Avez-vous eu peur de prendre un carton sur cette action ?

Non. Pour moi, c’était un plaquage correct. Nous étions tous les deux très bas. C’est ce que dit l’arbitre qui compte. Je suis heureux de ne pas avoir reçu de carton sur ce coup, et Greg va bien, c’est un mec fort.

Qu’avez-vous pensé de votre premier match à Jean-Dauger, ensuite ?

C’était contre le Racing. L’atmosphère, à Jean-Dauger, est incroyable. Il y a ce bruit et la Peña Baiona, que mes enfants adorent ! Nous la chantons, ensemble, dans la voiture.

Deux jours avant la victoire à domicile contre Bordeaux, le trois-quarts centre Manu Tuilagi se confiait sur sa nouvelle vie à Bayonne. Icon Sport – Scoop Dyga

Aujourd’hui, vous jouez tous les matchs de Top 14 quand vous êtes disponible. Êtes-vous satisfait de votre temps de jeu ?

Je suis heureux, oui. J’essaie de bien récupérer après chaque entraînement ou match, pour être prêt à repartir le lendemain. Il faut juste que je continue à avancer ainsi.

Par le passé, vous étiez souvent blessé. Avez-vous changé quelque chose dans votre préparation ?

La seule chose qui change, c’est au niveau du temps libre. Quand nous avons des vacances, il faut que j’aille courir au moins deux ou trois fois dans la semaine. Je ne peux pas ne pas m’entraîner pendant deux semaines. Il faut que je garde mon corps en mouvement. Je me fais vieux maintenant !

La nourriture française ne vous rend-elle pas plus fort ?

Oh, la xingar (ventrèche, N.D.L.R.) ou la raclette sont des aliments merveilleux ! Le fromage et le vin (il siffle), qu’est-ce que c’est bon !

Quid du boudin ? On nous a dit que vous adoriez…

C’est vrai. Pour l’anecdote, quelques jours après mon arrivée à Bayonne, nous étions en route pour aller aux fêtes de Bayonne avec Nicolas Viguera. En passant devant chez ses parents, son père nous a arrêtés en chemin et il est sorti pour nous filer du boudin, que nous avons mangé dans la voiture. Que c’était bon !

Le French Flair, comme on dit, on le voit tous les jours à l’entraînement !

Plus sérieusement, aujourd’hui, êtes-vous de retour à votre meilleur niveau ?

Écoutez, je suis en forme, je joue et j’aime être sur le terrain avec l’équipe.

Vous n’avez pas encore inscrit d’essai. Cela vous manque-t-il ?

Non. Je me fiche de marquer un essai, du moment qu’on gagne.

Que pouvez-vous nous dire sur votre association avec Sireli Maqala ?

J’ai presque dix ans de plus que Sireli (neuf, N.D.L.R.). C’est un privilège de jouer à ses côtés. Quel talent ! Quel joueur extraordinaire. Quand on est sur le terrain, mon objectif, c’est juste de lui donner le ballon et d’essayer de le suivre, parce qu’il est trop rapide. Sireli est un joueur incroyable. Il est tellement fort, puissant et agile. J’espère qu’il continuera ainsi jusqu’à la fin de la saison.

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Que pensez-vous du Top 14 plus largement ?

La façon dont les Français jouent est différente. C’est rapide, le ballon va vite. C’est moins axé sur le système. Il y a du jeu, de la continuité, on voit le talent des gars. Le French Flair, comme on dit, on le voit tous les jours à l’entraînement ! De l’extérieur, quand vous regardez les matchs, vous vous dites « wow ». Mais nous, on voit ça tous les jours à l’entraînement, avec certains essais qui sont marqués. Dès lors, quand on reproduit ça pendant les matchs, on se dit que c’est juste normal…

Cette victoire face à la France, je pense que c’est le début de quelque chose d’incroyable pour l’Angleterre

Terminons par quelques questions au sujet du XV de la Rose. Qu’avez-vous pensé de la victoire des Anglais face à la France ?

Ouf, je suis tellement content que nous ayons gagné ce match… J’étais à Twickenham. Ce match était si excitant ! C’était un des meilleurs Crunchs que j’aie pu voir. La rencontre était passionnante jusqu’au bout. Nous avions vraiment besoin de cette victoire. Même si les Français ont manqué des occasions en première période, les gars ont continué à jouer. C’était important pour eux, mentalement, de ne pas se contenter de juste taper dans le ballon. Cette victoire, c’est le point de départ pour l’Angleterre. Je pense que nous pouvons construire là-dessus. Ce succès a amené de la confiance.

Qu’aimez-vous, aujourd’hui, dans le jeu proposé par le XV de la Rose ?

Nous avons une bonne équipe, à la fois physique devant et derrière. Nos trois-quarts sont talentueux, forts, puissants. Ils ont aussi des “skills”. Il faut juste qu’ils s’habituent à jouer les uns avec les autres. Au centre, Ollie Lawrence nous fait franchir la ligne d’avantage, stoppe les mecs en défense. À ses côtés, Henry Slade tire les ficelles. Nous avons des arrières électriques et quand il y a des bons ballons à jouer, il faut que nos trois-quarts continuent à se lâcher.

La dernière sélection de Manu Tuilagi avec l’Angleterre remonte au dernier match du Tournoi 2024 face au XV de France. PA Images / Icon Sport – Andrew Matthews

Steve Borthwick est-il le nouvel homme de la situation ?

Oh, oui. Pour un supporter, c’est difficile de voir la progression, quand on ne gagne pas. Mais du point de vue d’un joueur, les garçons ont fait d’énormes pas en avant au cours de l’année écoulée. Cette victoire face à la France, je pense que c’est le début de quelque chose d’incroyable.

Qu’avez-vous pensé du positionnement de Finn Smith à l’ouverture et de celui de Marcus Smith à l’arrière ?

Finn Smith, face à la France, a très bien joué. C’était une grande opportunité pour lui. Il frappe à la porte depuis longtemps. Il a mérité cette opportunité et il l’a bien saisie. Marcus, c’est toujours un joueur incroyable. Les deux ont très bien joué. C’est très intéressant d’avoir deux meneurs de jeu sur le terrain. Il y a Henry Slade, aussi. C’est intéressant de voir ce que Steve va faire à l’avenir. Ce sera un casse-tête pour lui !

Cet été, vous nous disiez que le rugby anglais n’allait pas bien. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Quand je vous ai dit ça, trois clubs venaient de disparaître. On se demandait ce qui s’était passé. C’est fou, c’est très triste… Ces clubs étaient là depuis si longtemps. Je pense que le rugby anglais se reconstruit, mais c’est dur. Il y a 10 équipes maintenant en première division, ça revient doucement, mais c’est difficile d’être compétitif dans le championnat. On peut voir, d’ailleurs, la différence avec les équipes françaises pendant la Coupe d’Europe, mais je pense que lentement, nous arriverons à revenir.

https://www.rugbyrama.fr/2025/02/27/top-14-exclusif-manu-tuilagi-aviron-bayonnais-les-basques-et-les-francais-savent-profiter-de-la-vie-a-fond-12537017.php

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