« Je suis une pessimiste joyeuse ! » : Agnès Jaoui est en concert, samedi 22 février, à Capestang, près de Béziers

Plus connue en tant que comédienne ou réalisatrice, Agnès Jaoui cultive depuis de nombreuses années une vraie passion pour le chant. Elle sera en concert à Capestang, ce samedi 22 février, à l’occasion de la sortie de son 4e album, « Attendre que le soleil revienne ».

Artiste exceptionnelle, qui a su briller aussi bien devant que derrière la caméra, sur les planches ou devant une feuille blanche, Agnès Jaoui est en concert, ce samedi 22 février, à la salle Nelson-Mandela de Capestang, à l’occasion de la sortie de son 4e album, « Attendre que le soleil revienne ». Entretien avec une personnalité rare.

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Pourquoi avoir choisi de chanter en français alors que vos précédents albums étaient en espagnol ou portugais ?

Ça fait longtemps que j’y pense. D’abord parce que c’est ma langue et ensuite parce que les musiciens avec qui je tourne avaient envie de s’y frotter. Originaires pour la plupart d’Amérique du Sud, ça fait désormais 20 ans qu’ils connaissent la France et y habitent. J’écris par ailleurs des films et des pièces mais pour la chanson, je n’y arrivais pas. Et puis, avec le temps, j’ai commencé à apprivoiser les mots et le sens, à aimer chanter en français, ce qui n’était vraiment pas le cas au début. Voilà, ça a été un long cheminement mais on a franchi le pas.

Est-ce que la musicalité du français est difficile, en tout cas très différente des autres langues ?

Absolument. Ma formation relève du chant classique, donc j’ai appris à chanter et à placer ma voix surtout en allemand et en italien. En lyrique aussi, c’est le français le plus dur à chanter, parce qu’on a beaucoup moins de diphtongues, de rythmes et de musicalité dans le parler. C’est plus difficile à faire sonner.

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Une passion pour Barbara et Brassens

Si vous deviez vous revendiquer d’une « école » de la chanson française, ce serait laquelle ?

J’ai une passion pour Barbara et Brassens mais c’est un peu gênant de l’affirmer haut et fort car, quand on dit ça, on donne l’impression de se comparer. C’est bien pour ça que ma plume a été sèche longtemps, parce que dès que je pensais à eux, je me disais : « Oh la la, mais ils sont tellement inatteignables »…

Vous avez de nombreuses casquettes (autrice, comédienne, réalisatrice), est-ce que celle de chanteuse est la plus difficile ?

C’est un autre plaisir. On est toujours dans la lumière mais, d’une certaine façon, c’est plus difficile parce qu’on est effectivement sans masque ni protection, on ne peut pas se cacher derrière un personnage comme c’est le cas au théâtre ou au cinéma. Après, franchement, le public est tellement aimant et gentil que ça aide beaucoup.

Dans une interview, vous disiez relier vos différentes activités au sens du rythme. Le vôtre est plutôt bossa nova ou fado ?

Bossa, ça me va très bien. Le fado me touche parce que c’est une mélancolie puissante, qui aide à vivre sa propre mélancolie. On écoute et on pleure avec d’autres. Il y a aussi de la mélancolie dans la bossa mais elle plus joyeuse, plus douce et moins dramatique.

Vous évoquez avec délicatesse l’adoption dans la chanson « La Seine à Rio ». C’est une question qui vous travaille ?

Oui, ça m’a taraudée et ça me taraude toujours, en vérité (Agnès Jaoui a adopté deux enfants, NDLR). Je pense que c’est l’histoire d’une vie. Ça vous interroge à chaque moment. Je pourrai écrire un livre, rédiger une thèse ou faire trois films que je n’épuiserais pas le sujet. Ça questionne tellement de choses : ce qu’est la filiation, la transmission, la résilience. C’est très, très, très passionnant.

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La fugacité des sentiments ou même de l’existence, c’est un poids ou un moteur pour vous ?

Par rapport aux sentiments, c’est plutôt un moteur, même si parfois c’est douloureux. Quant à la vie, c’est les deux. C’est à la fois un moteur, parce qu’il vaut mieux faire, vivre et être heureux maintenant parce que ça peut s’arrêter à tout moment – on n’est qu’une poussière dans le vent. Et de temps en temps, un poids parce qu’on se dit : « à quoi bon ? ». Mais je penche définitivement du côté moteur…

Vous êtes une optimiste désenchantée ou une pessimiste mélancolique ?

Je suis une pessimiste joyeuse ! Il y a beaucoup de choses qui me font désespérer et en même temps, tout à coup, il y a une fleur qui éclôt, une personne qui a un geste gentil, un enfant qui rit et tout devient beau. Comme le chante Alain Souchon : « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ». De fait, plus j’avance en âge et plus je trouve que rien n’est totalement noir ou blanc, plus je perçois des nuances. Le temps qui passe peut être une souffrance parce que le corps suit moins bien, mais il apporte, si ce n’est une sagesse, du moins un certain recul sur les choses. Il nous permet de mieux goûter le moment présent.

Agnès Jaoui, « Attendre que le soleil revienne », samedi 22 janvier, à 20 h 30, salle Nelson-Mandela (avenue de la République), à Capestang. Tarifs : 25 € ; abonnés, 22 € ; réduit, 20 €.

https://www.midilibre.fr/2025/02/21/je-suis-une-pessimiste-joyeuse-agnes-jaoui-est-en-concert-samedi-22-fevrier-a-capestang-pres-de-beziers-12520488.php

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