Au-delà des symboliques mises à l’écart de Penaud et Jalibert, c’est toute la défense des trois-quarts français qui se devra de rebondir en Italie, coupable de trop nombreuses erreurs à Twickenham.
Le système est-il plus fort que l’homme, ou l’homme plus fort que le système ? Si on ne se hasardera pas ici à donner une réponse ferme et définitive à cette interrogation existentielle, on se bornera à constater que n’importe quel système peut être efficace, à condition d’avoir les hommes mobilisés pour le servir… Et à ce titre, force est de reconnaître que le boss de la défense tricolore Shaun Edwards (qui a manifestement en ce moment l’esprit davantage tourné vers sa possibilité de rejoindre les Lions cet été, voire le pays de Galles l’an prochain…) ne s’est pas embarrassé au moment de désigner les coupables de la gabegie défensive de Twickenham. Ce sont ainsi Damian Penaud et Matthieu Jalibert, auteurs de cinq plaquages manqués chacun, qui ont été livrés à la vindicte populaire, en espérant simplement que leurs remplaçants fassent mieux…
Injuste ? Il peut sembler que oui. Car si on veut bien admettre qu’un Penaud puisse mériter un petit « coup de trique » pour avoir insuffisamment apporté en attaque par rapport à ses traditionnelles lacunes défensives dans son couloir, on peut aussi constater que Matthieu Jalibert n’a pas franchement été aidé en Angleterre. Ainsi, alors que le numéro 10 de l’UBB est unanimement reconnu comme un piètre défenseur au niveau international, était-il franchement lui faire un cadeau que de le laisser comme une cible face aux gros porteurs anglais, sans jamais chercher à le « protéger », en le décalant au poste de deuxième centre (comme pendant la Coupe du monde), voire dans un couloir ? Poser la question, c’est évidemment y répondre. À tel point qu’on finirait par se convaincre que le principal reproche que Galthié et Edwards adressent à Jalibert semble finalement de ne pas être le clone de Romain Ntamack, l’un des rares numéros 10 du monde à pouvoir défendre sa zone tout seul…
Ceci étant entendu, le nouveau numéro 10 Thomas Ramos bénéficiera-t-il d’un système un peu plus adapté en Italie, ce dernier n’étant pas non plus, lui-même, le plus grand défenseur du monde ? On ne l’imagine pas, pour tout dire. D’abord parce que cela serait une injustice supplémentaire faite à Jalibert, mais surtout parce que Ramos n’avait pas bénéficié de protection particulière durant la tournée de novembre. Simplement d’un pack plus dominateur, qui lui avait permis d’évoluer dans des conditions plus confortables, avec des troisième ligne détachés à son intérieur et la possibilité d’engager des montées plus rapides et moins serrées, comme celle qui coûta l’essai d’Elliot Daly, synonyme de défaite à Twickenham…
La com’ de la paire de centres à l’épreuve
Cet essai ? Il faut y revenir, forcément. Parce qu’il fut inscrit sur une combinaison que les Bleus connaissent par cœur, pour l’avoir lancée les premiers au niveau international voilà cinq ans. Sauf que ces derniers n’ont malheureusement toujours pas trouvé la clé pour la défendre eux-mêmes correctement… On se souvient ainsi que, en marge de la dernière Coupe du monde, les Écossais puis les Australiens avaient causé des misères à la défense bleue par ce même lancement lors des matchs de préparation, ainsi que les modestes Uruguayens lors du match de poule à Lille. De quoi se poser des questions, là encore, quant à la pertinence de la défense française, privée qui plus est de son traditionnel régulateur Gaël Fickou (prévu pour effectuer son retour sur le banc, il en a finalement été éjecté pour permettre à sept avants d’y prendre place, N.D.L.R.), dont le manque de coordination sur le coup est apparu flagrant.
En effet, au-delà de l’erreur initiale de Penaud de se consommer dans le maul (obligeant toute la défense à se resserrer) et de la faute de lecture de Barassi (seul pour défendre face à trois adversaires, le Toulousain avait choisi de rusher plutôt que de glisser) se pose surtout la question de la communication en provenance de l’intérieur, Yoram Moefana n’étant pas connu comme le plus « causant » des joueurs du XV de France, ses silences coupables ayant régulièrement mis la défense bleue en difficulté par le passé (à l’image du match d’ouverture de la Coupe du monde contre la Nouvelle-Zélande). Et pourtant, il faudra bien que le Bordelais se fasse un jour violence, s’il souhaite enfin lever tous les doutes qui l’entourent depuis ses débuts en sélection.
Pour finir ? Même si les Italiens (qui plus est depuis l’arrivée de Gonzalo Quesada) ne sont traditionnellement pas des adeptes de la lutte aérienne, on n’en conseillera pas moins à l’arrière-garde du XV de France de sortir couverte à Rome ce week-end. Histoire d’éviter de reproduire à l’infini ces erreurs qui coûtent si cher, et de bien se préparer, au passage, au prochain déplacement en Irlande…
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