Au soir de l’annonce du rejet de l’appel de la plaignante et la confirmation de l’abandon des charges, Me Antoine Vey, qui défend l’intérêt des deux joueurs, revient sur huit mois d’affaires.
Vous avez appris ce mardi soir le rejet de l’appel de la plaignante, dans l’affaire des joueurs du XV de France Hugo Auradou et Oscar Jegou que vous défendez. Un soulagement ?
C’était attendu et malgré tout, il y a du soulagement après plusieurs mois à subir l’agitation médiatique, et alors que la justice avait déjà statué. Il faut quand même entendre que l’accusation n’avait apporté, entre le non-lieu et l’appel, aucun élément nouveau. Et par cohérence, la Cour d’appel vient de confirmer le non-lieu, l’arrêt de ce dossier. Le fait est qu’aujourd’hui, les joueurs ne pourront plus être poursuivis pour les mêmes faits. Ça veut dire que juridiquement, ce dossier est désormais classé.
Vous dites qu’aucun élément nouveau n’avait été apporté au dossier. Alors, pourquoi un appel ?
Parce que depuis le début, on a affaire à une plaignante et une avocate qui ont un problème avec la vérité et la réalité. L’avocate a apporté médiatiquement des éléments qui étaient totalement faux et contredits dans le dossier judiciaire. Elle n’a cessé de faire des déclarations fracassantes sur la moralité, sur la vie privée de ces joueurs. Au final, elle n’avait aucun argument, ni juridique ni factuel pour soutenir cette accusation qu’elle a elle-même portée sur la place publique avant même de la soumettre à l’autorité judiciaire. Cette affaire restera de toute façon un symbole de l’accusation médiatique, le fait de vouloir porter des causes devant les médias en utilisant la justice, en l’instrumentalisant, je dirais même en la souillant et en la déshonorant parce qu’elle n’a aucun respect, la personne qui se livre à ça, pour les institutions judiciaires. Nous, on a eu une attitude d’humilité, de défense sur des éléments objectifs, des preuves, des rapports d’expertise, des messages.
Aujourd’hui, c’est la fin de ce dossier judiciaire.
L’issue vous donne raison…
La justice argentine a vraiment travaillé dans ce dossier de manière contradictoire. Le parquet avait déjà très clairement mis les joueurs hors de cause. Les juges de premier degré ont confirmé cette position. Les juges d’appel viennent de le confirmer encore. Aujourd’hui, c’est la fin de ce dossier judiciaire.
Il n’y a donc plus de recours possibles ?
Il n’y a plus de recours qui viseraient à remettre ce qui a été jugé en cause sur le terrain du fait. Il y a toujours des recours qu’elle pourrait soutenir, comme la Cour panaméricaine des droits de l’homme, mais ce ne sont pas des recours effectifs. Donc on met en garde, notamment les medias, contre ce discours qui voudrait que, jusqu’à la fin des temps, on cherche encore à entretenir dans ce dossier un faux doute qui serait totalement déconnecté de la réalité du droit. Au bout d’un moment, on ne peut plus parler de rien.
Malgré tout, une part de l’opinion restera partagée…
Aujourd’hui, la seule chose qu’il faut entendre, c’est que la justice est passée et qu’elle a clairement reconnu l’innocence de ces deux joueurs.
Des dossiers très médiatiques, vous êtes un avocat qui en a connu beaucoup, et encore aujourd’hui. En quoi celui-ci était particulier ?
Un dossier qui implique de jeunes joueurs internationaux et avec un emballement de cette nature, on en connaît peu, en fait. Même quand on a l’habitude de ces sujets très médiatiques.
La société est extrêmement tendue sur ce thème-là, et on peut le comprendre
Vraiment ?
Il y avait une gravité de l’accusation portée et un emballement autour du fait qu’on touche au sport. La nature des accusations influe également : la société est extrêmement tendue sur ce thème-là, et on peut le comprendre. De ces faits, l’emballement médiatique a quand même été extraordinaire.
Quoi d’autre ?
Dans ce dossier plus que d’autres, peut-être par l’éloignement géographique de l’institution judiciaire, peut-être aussi par le fait qu’il y avait énormément de médias impliqués, il y avait une distorsion hallucinante entre le fond du dossier, ce qui nous revenait en tant qu’avocats, la nature des expertises conduites, la nature des témoignages, la nature des vidéos et le récit que certains se sont plu à entretenir, pour moi, à des fins qui n’ont rien à voir avec la justice.
De quoi parlez-vous excactement ?
J’ai souvenir notamment d’un article, qui a été fait dans un quotidien : on raconte une histoire, on y fait presque œuvre de fiction sans se rendre compte que c’est extrêmement dommageable pour les personnes qui sont mises en cause. Ça, je ne l’avais jamais constaté auparavant dans aucun dossier, c’est pour cette raison d’ailleurs que je pense qu’on est d’autant plus attachés à faire connaître la décision de justice qui a été rendue. Aujourd’hui, elle est sans appel.
Avez-vous parlé aux joueurs, depuis l’annonce du rejet de l’appel ?
On échange, oui. On échange…
Qu’est-ce qui en ressort ? La fin d’une épreuve douloureuse ?
C’est une évidence de dire que ça a été douloureux. C’est une épreuve que l’on ne peut souhaiter à personne. Ils ont été heureusement très soutenus par leurs familles, très soutenus par leurs clubs respectifs, encadrés et, j’ai envie de dire, traités avec beaucoup de prudence par la Fédération. Jamais personne n’a douté de leur innocence. La FFR n’a pas cédé à l’ambiance générale, elle a eu une position de respect et d’écoute des institutions judiciaires. Quand la décision de justice a été rendue, elle n’a pas entravé des gens qui, par ailleurs, ne sont pas entravés par la justice.
Il en restera des séquelles ?
Ces deux joueurs ne sont pas coupés du monde. Ils voient ce qui circule sur les réseaux sociaux, ils voient comment cette affaire a pu être instrumentalisée par certaines personnes qui n’ont que faire, en réalité, ni de la vérité, ni des personnes, ni de rien, et qui cherchent en permanence à créer du buzz sur leur dos et leur personnalité. On voudrait que ça cesse. On ne peut pas continuer en permanence à casser des individus, parce que ça fait bien sur les réseaux sociaux, sans même avoir la moindre connexion avec la réalité. La réalité, elle est très clairement dite dans cette décision de justice, qui d’ailleurs explique pourquoi les allégations de la plaignante sont irrecevables. Voilà, il faut un moment que, grâce aux médias, on puisse réinformer.
Le contexte , avec ce sujet légitime des violences faites aux femmes qui est très prégnant dans la société, a-t-il joué sur cet emballement ?
Ce n’est pas un sujet sur lequel il est facile de trouver des équilibres. Ce sont des sujets qui devraient être traités avec un certain recul et avec, à mon sens, le respect des individus. Toujours, qu’il s’agisse des plaignants ou des accusés. Objectivement, dans le débat actuel, ce n’est plus le cas. Il est normal que, quand une personne se plaint de quelque chose, elle trouve dans l’autorité judiciaire une écoute et, d’une certaine façon, la garantie que ce qu’elle dénonce soit l’objet d’une instruction. Pour autant, je ne sais pas s’il est normal qu’avant même qu’elle se livre à la justice, elle fasse une conférence de presse dans laquelle elle décrit des faits qui ensuite ne résistent pas à l’analyse. À mon sens, le match médiatique qui s’est tenu en dehors des tribunaux n’a été positif ni pour la plaignante, ni pour les mis en cause, ni pour l’institution judiciaire. Cette affaire devra permettre de tirer certains enseignements, de ne pas mélanger des déclarations dans les médias avec ce qui se passe réellement devant une cours de droit où il faut du temps, où il faut du contradictoire, où des expertises sont rendues et elles peuvent être contestées, elles peuvent être lues. Mais on ne peut pas, à longueur de journée, alimenter les médias en racontant n’importe quoi. Cet épilogue, qui est plutôt heureux pour les joueurs, doit servir de message pour les affaires à l’avenir. On doit, comme on l’a dit dès le début, avoir de la réserve et de la prudence dans le traitement de l’information en matière judiciaire.
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