S’il a tenté de mener tant bien que mal un jeu français pollué par d’innombrables scories, l’ouvreur de l’UBB n’a en revanche pas su lever les doutes qui entouraient sa défense. Pas de quoi le clouer au pilori donc, même si son remplacement à un quart d’heure de la fin n’augure forcément rien de bon pour la suite…
Fatalement, entre tout ce que le numéro 10 comporte de symbolique et la faible suspension dont avait écopé Romain Ntamack, Matthieu Jalibert était attendu au tournant à Twickenham. Les interrogations avaient d’ailleurs été nombreuses à son sujet avant le match… Le Girondin allait-il trouver sa place entre les deux leaders que sont aujourd’hui Antoine Dupont et Thomas Ramos ? Allait-il tenir le choc en défense ? Son style de jeu serait-il compatible avec celui choisi par les Bleus depuis les tests de novembre, davantage orienté autour du numéro 9 et du travail de ses avants ? Et on en passe…
Voilà pourquoi, dès la 2e minute de la partie, on a commencé à craindre pour le Bordelais, lorsqu’on vit Antoine Dupont se servir de son ouvreur en leurre pour alerter directement Damian Penaud d’une passe au pied. Et pourtant, par la suite, c’est tout le contraire qui s’est passé, les Bleus choisissant de passer par leur numéro 10 beaucoup plus souvent que contre le pays de Galles, conscients des espaces laissés dans les couloirs par la défense de l’équipe d’Angleterre. Ainsi, sur ses deux premiers ballons offensifs (5e et 9e), Jalibert réussit à manœuvrer pour bien lancer ses attaquants sur la largeur, seules des maladresses de Bielle-Biarrey puis Penaud empêchant le XV de France d’aller à dame. Une tendance qui se confirma à la 23e, avec cet en-avant de Penaud à cinq mètres de la ligne anglaise, que Jalibert avait pourtant libéré de tout marquage sur le lancement. Forcément frustrant pour un ouvreur…
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Sans réussite en attaque
Le problème ? Il est que cette frustration n’a fait qu’empirer tout au long de la première période. Ainsi, son alternance avec Thomas Ramos aux postes de 10 et de 15 prévues par le système offensif des Bleus ne s’avéra pas couronnée de succès, à l’image d’un coup de pied à suivre contré (13e) qui aurait pu coûter plus cher, et plus globalement des nombreuses erreurs commises par son arrière, clairement dans un mauvais jour. Le pire ? Il est qu’objectivement, Jalibert a parfois joué de malchance, comme sur cette combinaison tentée avec Dupont pour une passe au pied derrière le ruck, sur laquelle il fut bousculé sans ballon, ou encore cette grande contre-attaque de la 20e conclue par un en-avant de Dupont, sans oublier sa « spéciale » de la 53e gâchée par un mauvais rebond, alors qu’il avait parfaitement exploité l’espace libre dans le deuxième rideau. Manque de réussite, comme dirait l’autre, mais pas de quoi lui jeter la pierre dans l’utilisation du ballon, non plus…
Une défense sanctionnée par Galthié
Pas grand-chose à redire, alors ? Malheureusement si, au regard de sa performance défensive. Placé en position « traditionnelle » de numéro 10, Jalibert s’est ainsi montré incapable de stopper Freeman sur un lancement de jeu direct (34e), tout en ne réussissant pas à presser Mitchell dans ses 22 mètres (26e) et, plus coûteux encore, Tom Willis à la 36e. Un manque de saignant qui ne permit pas aux Bleus de tuer le « momentum » anglais, et ouvrit au contraire l’espace nécessaire à Lawrence pour marquer. Avec aucun plaquage réussi sur quatre tentés à la pause, le bilan était malheureusement éloquent, qu’un très bon dégagement avant la mi-temps ne permettait pas d’effacer. Et si Jalibert eut au moins le mérite de rectifier le tir dans ce domaine en deuxième période (cinq plaquages réussis pour un raté), le Girondin eut le malheur de commettre une grosse erreur en position de couverture à la 66e, avec un ballon jeté sous pression (son deuxième perdu de la partie) qui aurait pu coûter très cher… Une boulette d’ailleurs immédiatement sanctionnée par Fabien Galthié, qui choisit de sortir – hasard ou pas – illico presto son ouvreur pour le remplacer par… Antoine Dupont. Le genre de choix qui n’augure forcément rien de bon pour Jalibert dans la perspective du match contre l’Italie, avec le retour à prévoir de Ntamack. Même si, très sincèrement, la contre-performance des Bleus à Twickenham est en premier lieu imputable à bien d’autres facteurs que la performance de leur ouvreur…
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