La population des médecins est particulièrement vieillissante et peu de jeunes médecins, notamment des généralistes, s’installent sur le territoire. C’est un des constats alarmants tirés de la réunion publique organisée à Béziers, fin janvier, sur l’accès aux soins dans le Biterrois.
Des délais de rendez-vous s’étendant sur des semaines, voire sur plusieurs mois, de plus en plus de médecins ne prenant inlassablement « pas de nouveau patients » avec, par conséquent, des personnes ayant de plus en plus de difficultés à trouver un médecin traitant (11 % de la population de l’agglomération Béziers Méditerranée n’en a pas), des services d’urgence saturés… L’accès aux soins à Béziers, dans son agglomération et dans le Biterrois en général est devenu une gageure. La faute, en premier lieu, à une pénurie de professionnels de santé et en particulier, de médecins généralistes.
Contenus de la page
« 50 % des généralistes de l’Agglo ont plus de 60 ans »
Un constat, relevé entre autres, lors de la réunion publique, consacrée à l’accès aux soins dans le Biterrois qui a eu lieu dans les locaux de la médiathèque André-Malraux, en présence entre autres, du préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch, de Didier Jaffre, directeur de l’ARS, de Philippe Banyols, directeur de l’hôpital et de Robert Ménard, le maire de Béziers. Le docteur Alain De Almeida, généraliste à Valras-Plage et membre du conseil de l’ordre des médecins, a participé à cette rencontre. Pour lui, il est évident que la situation n’évoluera pas à court terme. Les chiffres le confirment : « 38 % des généralistes du département ont plus de 60 ans, relève-t-il. Sur l’Agglo de Béziers, il y a 107 en activité mais là, c’est 50 % d’entre eux qui sont âgés de plus de 60 ans. Ce vieillissement du corps médical et le manque d’attractivité du territoire pour les jeunes médecins entraînent cette pénurie de médecins, en général, généralistes ou spécialistes. »
Situation alarmante sur le littoral
Côté littoral, la situation est carrément alarmante. Le secteur est impacté par la surpopulation estivale et le vieillissement de ses habitants, les personnes âgées ayant un besoin accru d’accès aux soins : « Valras est la ville qui a la proportion la plus importante de personnes âgées après Lamalou-les-Bains, précise Alain De Almeida. Nous sommes cinq médecins. Il n’en manque donc pas. Mais là aussi, certains sont âgés et ne tarderont pas à prendre leur retraite. Il faut savoir qu’aujourd’hui, il faut trois médecins en moyenne de la nouvelle génération pour en remplacer un de la mienne, j’ai 55 ans. Majoritairement, les nouveaux privilégient leur qualité de vie et ne veulent pas enchaîner les heures. C’est d’ailleurs un changement sociétal que nous ne pouvions pas anticiper. »
Des médecins se tournent vers les centres de soins non programmés dans lesquels ils ont des horaires cadrés. Ces structures sont des intermédiaires entre la médecine générale et les services d’urgence. Elles ôtent « une certaine charge mentale et pas mal d’administratif aux praticiens. Mais il n’y a pas de suivi du patient. Quand le médecin a fini de travailler, c’est terminé », lâche Alain De Almeida.
Les urgences aussi en manque de médecins
Dans leur ensemble, les médecins urgentistes sont aussi vieillissants et peinent à se renouveler, le Biterrois souffre également de services d’urgence bondés. Touchée par une pénurie d’urgentistes, la polyclinique Saint-Privat, à Boujan-sur-Libron, a dû se résoudre à fermer ses urgences la nuit. Elles ne fonctionnent désormais plus que de 8 h à 22 h. Cette fermeture amène, par conséquent, une charge médicale supplémentaire aux urgences de l’hôpital de Béziers.
Différents projets sont en cours pour améliorer l’offre de soins et surtout rendre le territoire attractif pour les médecins. La construction d’un futur campus étudiant à l’hôpital de Béziers en fait partie. Il permettra d’accueillir des internes mais aussi des étudiants en médecine et en santé. La structure sera un atout majeur pour attirer de futurs professionnels de santé à Béziers. En 2027, un centre de coronographie verra aussi le jour au centre hospitalier. Les services de maternité et de psychiatrie devraient aussi être susceptibles d’évoluer et d’être améliorés.
Six maisons de santé dans l’agglomération Béziers Méditerranée
Si elles ne résolvent pas le manque de médecins, les maisons de santé (il y en a six dans l’agglomération Béziers Méditerranée, à Béziers, Montblanc, Servian, Boujan-sur-Libron, Sérignan et Valras-Plage), permettent à plusieurs professionnels de santé d’œuvrer sur un même site (médecins, kinésithérapeutes…) et de travailler sur un projet commun, sur un même territoire. Ces établissements « créent du lien et un certain dynamisme, assure le docteur valrassien. Elles peuvent aussi, par exemple, permettre d’accueillir des internes (des étudiants en 7e, 8e, 9e, 10e année de médecine, NDLR) ou externes (étudiants en 4e, 5e ou 6e année). Cela peut leur donner envie, à terme, de travailler dans les mêmes conditions, donc d’attirer de jeunes médecins. Nous avons aussi, sur le territoire, une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) qui englobe les maisons de santé. Elle regroupe 200 000 habitants de Béziers à Saint-Pons et jusqu’à Agde. C’est Laurence Safont, la présidente du CPTS ouest Hérault. » Ces structures associent différents professionnels de santé travaillant, main dans la main, afin de répondre aux besoins de santé d’un même territoire.
.
