Top 14. Champions Cup – Antoine Frisch : « Toulon, c’est un cran au-dessus du Munster »

Débarqué à Toulon en provenance du Munster à l’intersaison, l’international français livre un regard d’une rare lucidité sur son intégration et les difficultés rencontrées lors de ses six premiers mois varois.

Vous revenez d’un pépin physique. Comment vous sentez-vous ?

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Chaque semaine qui passe, je me sens de mieux en mieux. Avec mon début de saison, je baisse la tête et je me réfugie dans le travail. Je bosse, je bosse et je bosse tous les jours. L’objectif est de monter en puissance. C’est toujours la même chose. Je suis en recherche d’un momentum individuel pour le bien du collectif. Je suis à la recherche de ça. J’ai une belle opportunité ce week-end. Je ne sais pas encore si je vais jouer (il sera titulaire, selon nos informations NDLR). Je vais tout faire pour aider l’équipe à gagner. Je ne veux pas me tromper d’objectif. Je n’ai pas envie de penser à être bon individuellement. Je pense avant tout à la performance collective et au fait qu’on puisse bien jouer et gagner. Je ne cache pas qu’il y a eu un peu de frustration à la vue de mon début de saison. Je suis quelqu’un de tranquille. J’essaie de faire la part des choses. Je ne dois pas trop me poser de question et y aller à fond. Je suis certain que ça va bien se passer et que je vais monter en puissance.

Il y a quelques semaines, en conférence de presse, vous aviez jugé votre début de saison assez médiocre. Cette honnêteté est plutôt rare dans le milieu sportif…

J’ai eu une présaison un peu affectée. Quand tu arrives dans un nouveau club, ce n’est pas idéal. Aujourd’hui, je le dis et je ne me cache pas : je suis à 100 %. J’ai juste hâte de le montrer sur le terrain et de faire mes preuves ici. Je n’ai pas eu le début de saison que je souhaitais. C’est une vérité qu’il faut dire. Depuis mon arrivée, je sens beaucoup de bienveillance de la part des gens. Et honnêtement, s’il y a eu des critiques sur mes performances, elles sont valides et normales. Je n’ai pas de mal avec ça. Je veux juste dire à nos supporters que je me concentre sur le prochain match et sur le fait de faire mieux chaque jour. C’est tout ce qui compte. J’ai besoin de me libérer. En défense, ça va, mais j’ai besoin de me libérer surtout dans le secteur offensif. Je me sens mieux dans cet aspect. C’est en train de venir. Tout est désormais clair dans ma tête au niveau du système et de mon rôle pour l’équipe. Ce n’était de toute manière pas possible que ça vienne immédiatement. Il faut du temps. Maintenant, ce temps est fini. Il me reste à me montrer sur les matchs qui arrivent. J’ai besoin d’enchaîner, mais je vous rassure… La confiance est là. Je n’ai pas trop perdu confiance. Elle est toujours là. Je ne me fais aucun souci pour ça.

Il me tarde d’avoir ce match référence.

Vous avez tout de même évoqué une « frustration »…

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Elle est légitime, mais je ne connais qu’une voie… le travail ! Je ne rumine pas cette frustration. Vous savez, je suis passé par des périodes bien plus difficiles dans mon parcours. Je sais qu’il ne faut pas se poser trop de questions et saisir les opportunités que l’on me donne. Il me tarde d’avoir ce match référence. Je suis dans cette mentalité.

Pour la première fois de votre carrière, vous avez été mis sur le devant de la scène médiatique avec des attentes élevées. Est-ce que cela a été difficile à gérer ?

Franchement, et de la manière la plus honnête possible, pas du tout ! Depuis le début, je prends chaque chose qui arrive avec bonheur, en ouvrant mes deux bras. Je suis le plus heureux de ce qui m’arrive. Je ne prends ça pas du tout avec de la pression. Il n’y a pas de contrainte. Il n’y a que de l’excitation. Tout le bruit autour de moi, je n’y prête pas une grande attention. Ce qui compte : c’est d’être bon sur le terrain. Le reste (sourire)… Je me concentre sur les demandes de Pierre (Mignoni, NDLR), d’Andrea (Masi, NDLR). Je me concentre sur le fait de jouer le mieux possible avec mes coéquipiers. Le reste n’est que du bruit. Moi, je veux juste être concentré sur le terrain et être bon. Je ne perds pas d’énergie ailleurs.

Antoine Frisch réalise un début de saison délicat mais le reconnaît humblement Icon Sport – Alexandre Dimou

Vous avez quitté la France depuis un moment. Peut-on parler d’une phase d’adaptation équivalente à celle d’un joueur étranger dans votre cas ?

Vous l’avez dit, je suis parti de la France pendant quelques années. Honnêtement, j’ai été habitué à jouer différemment de ce que l’on peut faire ici, en France. À l’étranger, le jeu est fait de beaucoup de volume. Il est assez « flashy » (beau, NDLR), mais il est surtout très structuré. Ça a été encore plus le cas au Munster. Pour jouer à Bristol et au Munster, j’ai été obligé de m’habituer à ça. Maintenant, en France, c’est différent. C’est un rugby différent, un championnat différent. Il y a beaucoup moins de structure. Du coup, ce n’est pas un chemin inverse à faire, mais un chemin différent à suivre. Je ne veux pas utiliser ça comme une excuse, mais, oui, il m’a fallu un temps d’adaptation. Maintenant, j’estime que je me suis adapté à tout ça. Désormais, j’ai besoin de montrer ce que je sais faire sur le terrain. Je dois faire des gros matchs pour rendre la confiance accordée. Notre jeu est très clair. C’est juste différent de ce que j’ai connu auparavant. J’ai aussi dû apprendre à connaître d’autres partenaires, un nouveau club, et une nouvelle région. Les choses se déroulent naturellement, et tout passe par le travail. Je le répète, mais c’est le travail qui va me permettre d’aller vers le mieux. Je ne suis pas inquiet malgré mon début de saison. J’ai toujours su m’adapter précédemment. Je suis le processus.

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Dans un club qui n’est pas tellement comme les autres dans le paysage rugbystique français…

C’est un club incroyable. Je m’attendais à ça… C’est incroyable franchement. Je peine à trouver des mots. C’est le plus grand club dans lequel j’ai joué. C’est un cran au-dessus du Munster. C’est différent… comme le slogan l’indique ! La passion, l’intensité des supporters… Tout le monde vit le truc à fond ! Je suis venu pour ça, pour vivre des émotions fortes. Ici, tu as ce qu’il faut. C’est ce que je recherchais. Il y a beaucoup de choses qui changent, notamment le fait d’être reconnu dans la rue aussi souvent. Des mecs viennent toquer à ma voiture et me parlent du match (rires). Honnêtement, les gens sont heureux de notre début de saison. Pour résumer un peu tout ça : Toulon, c’est intense !

Vous tranchez un peu avec cet environnement. On vous décrit souvent comme quelqu’un de calme dans la vie. N’est-ce pas trop perturbant ?

Je ressens cet engouement (rires), même si je suis quelqu’un qui est posé. C’est ma personnalité. Mais, je vous rassure… je suis à fond ! J’attends de me lâcher un peu sur le terrain pour vivre le truc encore plus à fond. Je suis passé du Munster à Toulon et ce sont deux mentalités différentes. Je pioche dans les deux pour me construire.

Vous avez évoqué quelques différences entre le rugby français et ce que vous avez connu auparavant. Le Top 14 vous a-t-il surpris sur l’une des composantes du jeu ?

Avant tout, je ne suis pas surpris du niveau, mais j’aime particulièrement un aspect du Top 14.

En contre-attaque, tout le monde s’allume

On vous écoute…

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Les équipes s’allument sur les ballons de récupération ! En Premiership et en URC, tout est plus prédéfini. Quand tu récupères un ballon là-bas, il n’y a pas cette volonté de mettre le feu comme ici. En Top 14, dans ce jeu français, dans cette culture un peu du french flair, tout le monde cherche l’étincelle. C’est une mentalité à part. En contre-attaque, tout le monde s’allume. Nous sommes pas mal sur ce point (sourire). Tout le monde cherche le petit flottement de l’adversaire pour prendre le dessus. Ici, vraiment, la moindre erreur se paie cash. En Top 14, on se prépare à des matchs internationaux, même si je n’ai pas eu l’occasion d’en jouer encore énormément. C’est la grosse différence. Pour le reste, j’ai trouvé les avants globalement plus costauds. Ici, il y a un jeu frontal que je n’ai pas vu ailleurs. Chaque week-end, tu joues les meilleurs joueurs du monde. Ce n’est pas le cas dans les autres championnats. Les individualités sont uniques en Top 14.

Vous avez évoqué des test-matches… La liste du XV de France pour le Tournoi des 6 Nations sera annoncée sous peu. Est-ce que vous y pensez ?

Si je suis appelé, j’irai avec plaisir. Mais à cet instant, j’ai envie de vous dire que j’ai surtout besoin de me concentrer avant tout sur mes matchs avec Toulon. Ce week-end, il y a un match déterminant face aux Harlequins pour se qualifier en huitième de finale de Champions Cup. Je ne pense qu’à ça. Je suis déterminé à le jouer. Je veux sortir LE match, ce week-end. Pour les Bleus, c’est toujours dans un coin de ma tête. C’est bien évidemment un objectif, mais ça passera aussi par Toulon.

Dernièrement, le staff du XV de France était présent au Campus RCT. Avez-vous eu une discussion avec Fabien Galthié ou Patrick Arlettaz ?

Je n’ai croisé personne. J’étais touché à une cuisse à ce moment-là. Très honnêtement, je n’ai pas eu d’appel. Ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète. Tout ce qui compte pour moi, c’est d’être performant avec Toulon et de répondre présent lors de ce gros match face aux Harlequins. Je ne vois pas plus loin. C’est tout ce qui compte à l’heure actuelle.

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