Top 14 – Ronan O’Gara (La Rochelle) : « Certains sont gelés par mon exigence et mon discours »

Marqué par la laborieuse prestation hier soir du Stade Rochelais, vainqueur in extremis (22-19) d’un Stade Toulousain très remanié et rajeuni à Deflandre, Ronan O’Gara est resté plus d’un quart d’heure en conférence de presse pour livrer un constat lucide sur une équipe « en souffrance ». Mais avec la conviction que le point de bascule n’est pas si loin.

Est-ce une victoire au goût amer ?

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Oui. Je pense que demain (dimanche) matin, on va apprécier les quatre points. Mais en ce moment, c’est… c’est… comme une défaite ! C’est dur, en ce moment. On a besoin de changer quelque chose. Si je savais quoi, je l’aurais déjà fait. On est en souffrance, notre jeu est en souffrance. (On ne prend) pas de plaisir. Mais ça peut changer. Tout le monde est négatif, mais ça arrive parce que le succès crée beaucoup de problèmes. Et le succès (deux titres en Champions Cup, NDLR) est vraiment dans le passé. On doit arrêter de parler de succès. Mais les vrais compétiteurs restent soudés et travaillent plus dur. Et ça, c’est mon but. C’est moi le leader. Et on va commencer ça lundi, mardi. Malgré tout, on est dans les six (premiers au classement). Quand on sera capables d’enchaîner quelques phases, on sera intéressants. C’est à nous de tourner la roue.

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Toulouse repart de Deflandre avec l’assurance d’avoir une troisième équipe capable de performer. Et vous, combien « d’équipe(s) » pensez-vous avoir ?

Ce n’est pas évident quand c’est dur, mais on apprend beaucoup de choses quand ça l’est. Les hommes faibles, un ou deux, se sont déjà échappés. Les autres… Je pense que je peux compter sur plus de 35 (joueurs). Vous ne l’avez pas vu, je ne l’ai pas vu (ce soir). Mais ils ne sont pas devenus des mauvais joueurs en trois ou six mois. Je pense que je suis plus responsable qu’eux. C’est la vérité. Avec certains, l’exigence est confondue avec la négativité. Mais il est certain que j’ai « gelé » beaucoup de joueurs, pas capables de gérer la pression mise sur eux. C’est une bonne leçon pour moi. Je dois changer un peu mon management et on doit changer un peu l’esprit et j’espère que ça va donner quelque chose de plus positif.

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Comment vivez-vous cette période délicate, qui doit vous faire réfléchir ?

Je réfléchis toujours beaucoup. J’adore le sport. De 18 à 30 ans, j’étais davantage « un underdog » (un outsider) que Nadal ou Federer. J’ai confiance. Avec moi, on va trouver des solutions, vite. Le Leinster arrive dimanche. Peut-être que c’est le « wake-up call » (signal d’alarme) dont on a besoin.

Dans une rencontre à suspense, La Rochelle s’est imposée sans briller face à une équipe toulousaine extrêmement rajeunie (19-16). Le Stade rochelais s’en est remis à une ultime pénalité d’Antoine Hastoy sur la sirène.

Le film du match > https://t.co/3aPdlGtksL pic.twitter.com/VOmKbKncMY

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) January 4, 2025

Que retirez-vous de cette toute fin de match et de cette pénalité décisive d’Antoine Hastoy après la sirène ?

Un énorme point positif, c’est le coup d’envoi (après le drop égalisateur de Delpy). On n’a pas tapé pour attaquer le ballon. S’il y a un en-avant ou une faute, le match est terminé. Ce qui est bien, c’est que quand c’est hyper dur, ils (mes joueurs) ont la capacité de tenir le ballon, d’avancer, de gagner une pénalité. Antoine était dans la douleur, il a continué de bosser, il a reçu la plus grande récompense avec une pénalité difficile dans le temps additionnel, il a mis le ballon au milieu. Je suis super content pour Antoine parce que je suis exigeant avec lui. Mais je vois une très haute « limite » pour lui. Je l’ai presque « craqué » mais il est revenu plus fort. Bravo à lui ! Ce n’est pas le seul point positif, mais c’est un très important point positif ce soir.

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Est-ce la période la plus « difficile » que vous traversez depuis votre arrivée à La Rochelle à l’été 2019 ?

Je me souviens d’un dimanche matin où j’étais dernier du championnat. Si La Rochelle est dernière, ça me perturbe mais on est… Je ne vais pas éviter les questions dures car on est dans le dur. Mais on est vivants, la vie est belle, on va réagir.

Votre équipe est-elle capable de battre le Leinster dimanche prochain et d’atteindre l’objectif fixé (doublé Top 14-Champions Cup) en début de saison ?

C’est une bonne question, mais je ne vais pas perdre confiance en mes joueurs. C’est une période difficile, mais en anglais, on dit « when it rains, it pours » (expression pouvant se traduire par « un malheur n’arrive jamais seul »). C’est comme ça en ce moment. Depuis mon passage aux Crusaders, je vois le verre à moitié plein, désormais. Mais, en ce moment, il y a tout le monde, et moi aussi ces derniers mois, qui a vu l’équipe à moitié vide. Et ça ne va pas changer comme ça (il claque des doigts). Toulouse n’est pas la bonne équipe pour essayer de changer, surtout avec l’équipe qu’ils ont choisie. Je ne cherche pas des excuses, je suis toujours dans la recherche de la progression. Je pense que si tout le monde améliore son investissement et que le rugby est la vraie priorité… Il y a tellement de bons joueurs qui, en ce moment, ne s’expriment pas, je disais que certains sont « gelés » par mon exigence et mon discours, mais ça va se libérer très bientôt.

Antoine Hastoy face à Toulouse. Icon Sport

Diriez-vous que votre message passe moins bien qu’avant, ou qu’il est moins « entendu » par vos joueurs ? Ou bien là n’est pas le problème ?

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Non. Je pense peut-être que ce n’était pas un bon message… Si on parle avec précision, on a fait un bon job à Bath, contre Bristol. Moyen contre Clermont mais on a changé l’équipe pour Perpignan et j’étais trop exigeant envers l’équipe envoyée à Perpi et ça reste un peu. Ce soir, c’était… Les joueurs et moi devons donner plus. Ça, c’est le but pour cette semaine. Peut-être que ça ne marchera pas, dans quatre semaines comme dans quatre mois. Mais le but dans la vie, c’est d’essayer.

Le manque de vitesse observée est-il d’ordre physique ? Vos joueurs ont-ils du mal à accélérer ?

Non, je ne pense pas, parce qu’on est beaucoup plus « fit » que l’année dernière. C’est une autre rumeur négative qui, comme les autres, est partout à La Rochelle en ce moment. C’est normal, c’est une période difficile. On n’aimerait qu’elle ne le soit pas mais il ne suffit pas juste de dire que l’on veut gagner la Champions Cup année après année, la vraie vie ne marche pas comme ça. On a besoin de travailler dur, de retravailler et d’oublier le passé. On a besoin de chercher une recette pour aller chercher un bouclier, ce que le club n’a jamais fait. Mais on a besoin de changer l’ambiance. L’ambiance est négative partout.

https://www.rugbyrama.fr/2025/01/05/top-14-ronan-ogara-la-rochelle-certains-sont-geles-par-mon-exigence-et-mon-discours-12427557.php

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