Après cinq mois de compétition et une quinzaine de matchs, il est déjà temps de dresser un premier état des lieux du comportement des recrues de l’été dernier. Au-delà du talent des joueurs en tant que tel, il est ici question d’intégration, de pertinence des choix, d’optimisation ou non des potentiels, de rapport entre les attentes et le rendu.
Du côté des belles surprises, les amoureux de rugby ne peuvent que se réjouir d’assister à la renaissance apparente des Billy Vunipola, ManuTuilagi et Stuart Hogg, dont on ne savait pas trop à quoi s’attendre, ou à l’éclosion spectaculaire d’un Temo Matiu ou d’un Lucas Martin…
Contenus de la page
1. Billy Vunipola
Troisième ligne centre – Montpellier
32 ans – 74 sélections (Angleterre)
Club précédent : Saracens
13 matchs de Top 14 cette saison – 5 points
Quand sa signature fut officialisée par le MHR, on doit vous avouer que l’on avait quelques doutes quant au niveau de performance de l’ancien tank du XV de la Rose : il n’était plus titulaire avec les Saracens et par conséquent avait disparu des radars de sa sélection, et avait fait parler de lui pour une nuit trop arrosée en Espagne. Des doutes légitimes donc, qui furent toutefois balayés en quelques semaines : le temps pour le cadet des Vunipola de montrer un engagement sans faille et une impressionnante constance sur toutes ses apparitions, et surtout de devenir rapidement un des leaders de cette équipe montpelliéraine. Leader dans le combat, mais aussi dans l’exemple, tant il diffuse autour de lui le niveau d’exigence qui a fait de lui un joueur de classe mondiale, qui fut l’un des plus redoutés de son époque.
2. Manu Tuilagi
Centre – Bayonne
33 ans – 60 sélections (Angleterre)
Club précédent : Sale
8 matchs de Top 14 cette saison – 0 point
Il faut le dire: quand Bayonne a officialisé la signature pour deux saisons de Manu Tuilagi, il y a eu autant d’interrogations que d’acclamations. Quel joueur les Basques venaient-ils de recruter? La star des années 2010, la bombe du milieu de terrain anglais qui faisait frémir tous les trois-quarts centres de la planète rugby ? Ou celui plus discret, souvent blessé aussi, qui traversait les derniers championnats anglais dans un certain anonymat? Pour avoir la réponse, il a fallu attendre quelques matchs, six exactement, le temps qu’il se remette sur pied. Depuis, tout le monde a compris… Toujours aussi explosif et puissant à l’impact, Manu Tuilagi ajoute à son aventure bayonnaise une certaine sagesse, celle de l’expérience, qui en fait un régulateur de la ligne de trois-quarts. Bonne pioche, alors ? Oh que oui !
3. Temo Matiu
Troisième ligne – Bordeaux-Bègles
23 ans
Club précédent : Biarritz
11 matchs de Top 14 cette saison – 20 points
Avec Temo Matiu, tout va toujours très vite ! Le fils de l’ancien international Legi Matiu se familiarise décidément rapidement à de nouveaux environnements. Alors qu’il n’a débuté le rugby qu’après le Covid, il a fait ses débuts en Pro D2 avec Biarritz après seulement quelques mois. Des débuts remarqués et remarquables puisqu’il ne sera resté que deux petites saisons au BO. Recruté par l’Union Bordeaux-Bègles, Temo Matiu est arrivé sur la pointe des pieds, mais a très vite mis ses qualités au service du collectif girondin. Aérien, rapide, agile, robuste, il a toutes les qualités pour briller au plus haut niveau. Cette saison, il s’est déjà distingué par des prestations de très haut vol. L’UBB, toujours en quête d’un premier titre, a sûrement pris avec Matiu un facteur X pouvant lui permettre d’aller encore plus haut…
4. Joris Segonds
Ouvreur – Bayonne
27 ans
Club précédent : Stade français
13 matchs de Top 14 cette saison – 95 points
La mission n’était pas simple, pour l’ancien Aurillacois : tôt engagé en faveur de l’Aviron bayonnais en milieu de saison dernière, Joris Segonds savait qu’il arrivait sur la Côte basque avec la lourde tâche de prendre le relais de Camille Lopez, l’idole d’un peuple au crépuscule de sa carrière. Lopez, à Bayonne, c’est le métronome : quand il va, tout va. Et Segonds réussit le tour de force de prendre ses pas. Décisif face aux perches (98 points marqués) y compris dans les fins de match à suspense, inspiré dans le jeu, il sort petit à petit de l’ombre de son glorieux aîné pour se partager le temps de jeu à parts quasi-égales (présent sur les quinze feuilles de match cette saison, titulaire à huit reprises). Et si Lopez prolongera (encore) le plaisir un an de plus, jusqu’en 2026, c’est bien pour finaliser le passage de témoin. À Bayonne, le futur patron se nomme Segonds.
5. Stuart Hogg
Arrière ou ouvreur – Montpellier
32 ans – 100 sélections (Écosse)
Club précédent : Exeter
7 matchs de Top 14 cette saison – 35 points
À l’image de son coéquipier Billy Vunipola, on pouvait nourrir quelques doutes sur le recrutement de l’Écossais, qui n’avait plus disputé de match officiel depuis presque un an et demi. Sauf que le centurion du XV du Chardon a su saisir cette opportunité à pleines mains : d’abord en arrivant dans une condition physique qui n’était pas loin d’être optimale, montrant dès les premières semaines d’entraînement qu’il avait encore une belle pointe de vitesse, et surtout avec une détermination contagieuse qui, comme celle de Vunipola, infuse dans le groupe héraultais. Sur le terrain, la polyvalence de Hogg en 10-15 est très précieuse, car le MHR n’a que peu de solutions à l’ouverture. Surtout, il brille par sa précision au pied : le week-end dernier, il fut l’un des grands artisans de la victoire à Clermont en inscrivant 17 points au pied. Un papa, on vous dit.
6. Guillaume Ducat
Deuxième ligne – Castres
28 ans – 1 sélection (France)
Club précédent : Pau
10 matchs de Top 14 cette saison – 0 point
Guillaume Ducat, 28 ans (2, 05 m, 115 kg), arrivé de Pau en juillet dernier, est déjà devenu une des pièces maîtresses du Castres olympique. Fort de son double-mètre et de son sens du timing, il a amené sa science de la touche pour rendre l’alignement castrais beaucoup plus performant qu’il ne l’était la saison dernière. Toujours titulaire sur les onze matchs toutes compétitions confondues auxquels il a participé, l’ex-Palois, révélé à Tarbes et passé par Bayonne, forme avec l’inusable Leone Nakarawa la paire de deuxième ligne complémentaire et efficace que cherchait le CO pour son XV type. L’international (une sélection avec les Bleus en 2020 face à l’Angleterre) s’est imposé à un poste orphelin de Tom Staniforth (blessé et indisponible pour quasiment toute la saison) mais qui compte des garçons tels que PaulJedrasiak ou Florent Vanverberghe. Fort.
7. Thomas Ceyte
Deuxième ligne – Clermont
33 ans
Club précédent : Bayonne
13 matchs de Top 14 cette saison – 10 points
La carrière de Thomas Ceyte va de surprises en (bonnes) surprises. Une trajectoire débutée par la base de la pyramide, en Fédérale 1 avec son club formateur, Aubenas, jusqu’à ses 24 ans. Puis le Pro D2 où il porta les couleurs de Dax, Béziers et surtout Nevers, pendant cinq saisons (2017-2022).
Bonne pioche du recrutement bayonnais à l’été 2022, il réalisa deux saisons accomplies dans le pays de basque pour monter encore d’un cran, l’été dernier, en signant du côté de Clermont.
À 33ans, l’Ardéchois n’a jamais semblé aussi fort. Actif dans le jeu courant, solide combattant, il est déjà un homme de base du système de Christophe Urios. Un cadre du vestiaire auvergnat, qui cumule treize titularisations sur quinze possibles. Et s’il gommait son péché d’indiscipline, on ne serait pas loin du très bon coup pour l’ASM cette saison.
8. Will Collier
Pilier droit – Castres
33 ans – 2 sélections (Angleterre)
Club précédent : Harlequins
10 matchs de Top 14 cette saison – 15 points
Dire que les dirigeants castrais ont été bien inspirés de se pencher sur le CV de Will Collier est un euphémisme. L’expérimenté pilier droit venu des Harlequins et international anglais aux deux sélections coche pour le moment toutes les cases des missions pour lesquelles il a été recruté. Redoutable pilier de mêlée, l’édifice tarnais n’est jamais aussi puissant que lorsque l’Anglais est sur le terrain. Le staff ne s’y trompe pas puisque c’est bien lui qui joue l’essentiel des rencontres de Top 14 et tous les matchs qui comptent ; reléguant le plus souvent ses concurrents à un rôle d’impact-player. Surtout, au-delà de ses qualités sportives, l’Anglais colle parfaitement au « projet CO » et à l’idée que se fait ce club de ses recrues : Will Collier s’est parfaitement fondu dans l’environnement castrais et semble avoir toujours porté les couleurs du CO, six mois à peine après son arrivée.
9. Arthur Retière
Ailier ou demi de mêlée – Bordeaux-Bègles
27 ans – 1 sélection (France)
Club précédent : Toulouse
7 matchs de Top 14 cette saison – 10 points
Après six saisons passées à La Rochelle et deux au Stade toulousain, Arthur Retière semble se porter comme un charme dans son nouveau club de l’UBB avec lequel il enchaîne les belles prestations en cette première moitié de saison. On en veut pour preuve son compteur d’essais qui s’est récemment ouvert et compte désormais deux unités avec une réalisation à Vannes et une autre le week-end dernier contre Toulon. Mentionnons également sa très belle prestation en Champions Cup face à Leicester. À l’aise des deux côtés de l’attaque, l’ex-Toulousain semble apprécier la liberté que le staff girondin lui laisse et qui lui permet de dézoner pour intervenir à différents endroits du terrain. Avec Retière, Bielle-Biarrey, Penaud et Uberti, on peut dire que les ailes de l’attaque girondine ne manquent pas de qualités…
10. Lucas Martin
Talonneur – Bayonne
22 ans
Club précédent : Provence Rugby
9 matchs de Top 14 cette saison – 15 points
Lucas Martin, c’est la définition personnifiée de la bonne pioche d’un recrutement. Avant de débarquer à Bayonne, il venait tout juste de se faire un nom à l’étage «Pro D2», sans pour autant avoir crevé l’écran médiatique. Avisés, c’est pourtant lui que les recruteurs de l’Aviron sont allés dénicher pour compléter la concurrence au poste de numéro 2. Bien leur en a pris : ancien troisième ligne de formation, un poste qu’il occupait encore à ses débuts en professionnel à Provence Rugby, Martin est un talonneur extrêmement dynamique et actif dans le jeu courant, sans pour autant délaisser les fondamentaux du poste. Résultat: arrivé sur la pointe des pieds, il s’est vite fait une place de choix dans l’effectif bayonnais (11 matchs, 5 titularisations). Àseulement 22 ans, l’avenir lui appartient. Il s’annonce radieux.
.
