Dernier invité de notre série spéciale fêtes ce vendredi, l’ancien député macroniste Patrick Vinal, battu aux dernières législatives après la dissolution de l’assemblée nationale.
Aujourd’hui, il n’a plus aucun mandat, mais n’en reste pas moins inactif pour autant.
Pendant un peu plus de 20 ans, Patrick Vignal a occupé la scène politique locale sans relâche. Que ce soit comme député, adjoint au maire de Montpellier ou conseiller départemental.
La dissolution de l’Assemblée Nationale en juin 2024 a mis fin à sa carrière politique. Mais est-elle définitivivement terminée pour autant ?
Pas sûr, tant l’homme reste actif sur de nombreux terrains…
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Patrick Vignal, vous avez été député (trois fois) pendant treize ans, conseiller municipal de Montpellier pendant sept ans, conseiller général de l’Hérault pendant quatre ans et adjoint au maire de Montpellier pendant onze ans. Et aujourd’hui ?
Retraité, chômeur (Rires). Non, je plaisante. J’ai perdu parce que je n’ai pas été bon. Quand vous perdez, c’est que vous êtes mauvais. Ce n’est pas la faute des autres, c’est toujours votre faute.
C’est donc pas un moment politique durant lequel un ras le bol de Macron et des macronistes s’est exprimé et a provoqué votre défaite aux législatives ?
Bien sûr, bien sûr, mais si j’avais été meilleur, je pense que j’aurais pu gagner. Mais c’est pas le plus important. Pendant treize ans, j’avais le téléphone sous l’oreiller parce que je me prenais pour Zorro. On m’appelait pour régler des problèmes. Et maintenant ça me manque. Si il y a une auditrice qui veut que je règle son problème de logement, qu’elle m’appelle (rires).
Il y a encore des gens qui vous appellent ?
Oui, encore tout à l’heure pour une gamine qui est partie d’un village. Et là j’ai le message d’une amie qui me dit c’est bon, on l’a retrouvé.
Il y a des gens qui croient encore que vous êtes député ?
Oui, il y a des gens qui y croient encore. Et j’ai encore un réseau, même si il s’est vachement amenuisé. Et j’ai encore des amis. Des maires qui m’appellent toujours pour me demander si je vais bien. Ca fait quand même plaisir.
Est ce que Emmanuel Macron répond toujours à vos SMS ?
Oui. Emmanuel Macron, Gérald Darmanin, Bruno Lemaire, Gabriel Attal et le garde des Sceaux que j’ai eu tout à l’heure encore, qui me disent régulièrement « comment vas tu ? » Des gens qui disent que ma grande gueule les emmerdait, mais que désormais, elle leur manque à l’assemblée.
Justement, si il y en avait un au sein de la macronie qui n’avait pas peur de l’ouvrir, c’est bien vous. Et on vous en veut pour ça ?
Non, en fait, personne ne m’en veut. Moi j’ai appris la politique avec Georges Frêche. Et Georges Frêche disait les choses. Moi, j’ai été connu pour dire les choses. Rappelez-vous les gilets jaunes. Je suis allé au combat avec eux parce qu’ils avaient raison. La réforme des retraites, j’ai fait toutes les télés du monde et même le New York Times. J’aime le Président, je n’ai pas de soucis avec çà. Mais quand on aime les gens, on leur dit des choses.
Vous n’étiez pas devenu pour la macronie une sorte d’alibi ?
Ah peut être ! Parce que mine de rien, tout le monde m’identifiait comme homme de gauche. Mais je ne suis pas un homme de gauche. Je suis un humaniste.
Alors vous faites quoi aujourd’hui ?
Alors… plein de choses ! D’abord, j’ai un club de sport. Pendant que j’étais député, je payais quelqu’un pour me remplacer pour mes cours de judo, pour la gestion du club, même si c’est ma femme qui s’en occupe ou pour mes cours de musculation. Donc là aujourd’hui, j’y retourne. Je fais 3 h de sport par jour. Croyez moi, ça me fait du bien parce qu’on devient un peu fou, un peu parano. On a l’impression que la terre entière vous en veut. J’accompagne aussi une entreprise de travaux publics sur les affaires publiques et je démarre lundi matin un certificat d’affaires publiques à Sciences-Po Paris. Comme étudiant et pas enseignant. Et d’ailleurs je suis le sénior de la formation. Et puis je rénove aussi un appartement. Je fais des travaux, c’est concret.
Est ce que vous ne seriez pas un peu hyperactif ?
Si, j’ai un soucis avec çà d’ailleurs. Je crois que je suis TDAH ou HPI. Je ne dors pas beaucoup, je me couche en me demandant ce qu’on pourrait changer dans la société. Je me réveille la nuit et j’ai un carnet où je marque des idées. Parce que je veux être utile. Et je vous avoue que quand les gens m’envoient des mail pour me demander de les aider, de les accompagner, je suis ravi. Oui, j’ai un ego. Si on a pas d’ego, on devient fou, alcoolique et dépressif. Je trouve que c’est génial la politique. Vous êtes au service des gens. On tape trop sur les politiques, y compris sur Emmanuel Macron. Oui mais croyez moi, c’est dur aussi. C’est dur de vouloir faire des choses.
Et la télé ? On vous a proposé un poste de chroniqueur ?
Mais oui ! J’ai aussi trois propositions d’éditeurs qui veulent faire un bouquin sur Patrick Vignal.
Pour finir, deux questions très simples. D’abord votre meilleur souvenir en politique ?
C’est quand Georges Frêche m’a proposé de devenir adjoint aux sports. C’est mon meilleur souvenir parce que j’aime cet homme. C’est vraiment mon mentor. Deux Téléthons, la Coupe du monde de foot, le FIZE au bord du Lèze avec 600 000 personnes. Tout le monde était contre à l’époque. Georges Frêche m’a soutenu. J’avais toujours de sa part un avis favorable.
Et le pire souvenir ?
Le plus mauvais, c’est la réforme des retraites. Je vais vous révéler un secret. Vous connaissez Laurent Berger ? L’ancien patron de la CFDT ? Au moment de la réforme j’ai reçu de sa part un SMS dans lequel il m’écrivait que j’étais le seul à comprendre le système de la macronie, et qu’il aimerait qu’on en parle. Et alors j’ai dit au Président que si il n’avait pas Laurent Berger, on le paierait très longtemps. Et voilà….
Et donc on est encore en train de le payer aujourd’hui ?
Bien sûr. Le problème de la Vème République, c’est que quand vous avez la majorité, ca y est, vous vous prenez pour le roi parce que vous avez gagné. Mais c’est fini ça. La politique c’est du compromis. Quand j’ai été adjoint au maire à la cohésion, conseiller général et trois fois député, j’ai passé ma vie à faire des compromis parce que je n’ai jamais eu la science infuse.
Il y a une vie après la politique ou pour ce qui vous concerne, il y aura toujours de la politique dans votre vie ?
Quand je me lève le matin, je me dis « merde, je ne suis plus en politique et il faudrait que j’y retourne et j’en ai envie ». Et puis une heure après, je me dis « ah, c’est quand même pas trop mal de penser à soi, à sa famille ». Ca fait cinq mois, je suis en train de me régénérer, j’ai ma coopérative citoyenne, je suis le seul député qui a une coopérative citoyenne. Mais j’aimerais bien aussi m’occuper d’une association sur le logement ou les violences faites aux femmes.
Alors à bon entendeur…
Salut ! Et bonnes fêtes à tous vos auditeurs. Espérons qu’on va avoir une France qui arrête de se diviser mais qui s’aime parce qu’elle a du talent.
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