En 2024, le Stade toulousain, vainqueur de la Champions Cup pour la sixième fois de son histoire, a décroché les étoiles. Les héros de France 7, eux, ont conquis l’or olympique quand le XV de France, battu en Coupe du monde, a sonné la reconquête en novembre. Tout ça eut été si beau, sans l’accumulation des affaires…
Ils avaient tous rêvé de vivre l’apothéose d’une carrière en 2023. Eux, ce sont les (très nombreux) internationaux tricolores du Stade toulousain, programmés de longue date pour rafler « leur » Coupe du monde et garder ainsi le trophée à la maison… Mais, derrière la terrible désillusion du quart de finale perdu face aux Springboks, ils ont naturellement accusé le coup, comme l’ensemble du rugby français. Enfin, pas trop longtemps tout de même. Une fois l’année 2024 arrivée, et surtout la Champions Cup, les Dupont, Ramos, Mauvaka, Cros et compagnie ont vécu une exceptionnelle résurrection qu’ils n’avaient pu connaître par le biais du Tournoi des 6 Nations. C’est ce qu’on appelle l’empreinte des plus grands… Mais après quoi courent-ils après avoir tout raflé ou presque depuis 2019 ? La légende tout simplement. La leur et celle de ce sport. Sans cesse titillée par son manager, Ugo Mola, sur le fait qu’elle « n’avait pas autant marqué l’histoire du club que certaines précédentes », l’exceptionnelle génération toulousaine possède cette vertu unique à ne jamais être rassasiée, à toujours se nourrir et se réinventer. Voilà ce qui l’a constamment alimentée, à l’heure de repousser encore et encore ses limites. Elle avait déjà fait le doublé en 2021, comme Toulon en 2014. Alors, elle n’avait qu’une obsession : être la première à réaliser le « double doublé ». Peut-être un détail pour vous. Mais pour eux, ça veut dire beaucoup. Le plus fort dans tout ça ? Ce n’est même pas le résultat d’un cru historique. C’est plutôt le chemin pour y parvenir, tant le staff – fidèle à ses principes et à la méthodologie que Mola et ses adjoints avaient décidé d’appliquer – a livré un chef-d’œuvre dans la gestion de la saison. Cinquante-neuf joueurs utilisés sur l’ensemble de l’exercice (jokers Coupe du monde compris), une rotation intense et permanente, la montée en gammes des promesses de l’effectif, une période de doublons du Tournoi avec le meilleur bilan du Top 14 malgré l’absence des cadres… C’est ainsi que ce Stade toulousain a pris une avance considérable sur la concurrence et a continué à remplir l’armoire à trophées.
Medhi, cet ange parti trop tôt
En club, il manquait néanmoins une ultime montagne à gravir à la « bande à Dupont » pour asseoir sa suprématie. Vaincre enfin sa bête noire du Leinster, celle qui l’avait écartée au stade des demi-finales de Champions Cup en 2019, 2022 et 2023. Celle qui lui était offerte pour l’affiche de rêve d’une finale qui a plus que tenu ses promesses, dans l’antre du Tottenham Hotspur Stadium le 25 mai dernier. Un match d’anthologie, d’une intensité folle jusqu’en prolongation, au bout du bout duquel les Toulousains ont remporté la guerre des étoiles, pour rafler leur sixième. La tête dans les étoiles justement, et une fraîcheur (aussi bien physique que mentale) permettant de pousser l’ivresse jusqu’à ce jour de juin 2024 hors du temps. Le 28, ce jour où, malgré les blessures de Meafou, Baille, Jelonch ou Laulala, les Stadistes ont livré un récital encore vu en finale de Top 14 (et pas près d’être revu d’ailleurs…). 59-3 contre l’Union Bordeaux-Bègles, neuf essais à la clé, dont une merveille de cent mètres dans les arrêts pour clore un spectacle inouï. Toulouse, tout là-haut. Mais, preuve qu’il faut savoir apprécier l’euphorie à sa juste valeur quand elles vous tombent dans les bras, c’est que le club a ensuite traversé un été aussi douloureux que dramatique. Début juillet, la femme de Joe Tekori, emblématique deuxième ligne toujours aussi incontournable dans le vestiaire depuis qu’il s’est reconverti à l’intendance, est décédée brutalement. Puis début août, Medhi Narjissi, pensionnaire des catégories jeunes à Ernest-Wallon et promis à un brillant avenir, est disparu tragiquement en mer alors qu’il était en tournée en Afrique du Sud avec l’équipe de France U18. Ou, quand les émotions s’entremêlent, laissant l’humain bien trop impuissant…
.
