S’il a démissionné de son fauteuil de maire d’Agde et de président de l’agglo Hérault Méditerranée en mai dernier, “GDE” est dans les têtes à quinze mois des prochaines élections municipales.
Il y a près d’un an, devant 1 200 personnes réunies au palais des Congrès du Cap d’Agde, c’est un Gilles d’Ettore toujours aussi sûr de lui qui se présente sur scène pour adresser ses vœux à la population.
Avec comme à l’accoutumée une litanie de projets présentée à l’écran et un one-man-show de 45 minutes, sans notes, dont celui qui était maire d’Agde depuis 2001 s’était fait une spécialité. Et une formule : « tout change pour que rien ne change », tirée du film Le Guépard de Luchino Visconti, qui avait fait son petit effet à l’heure de justifier de nouveaux investissements pour cette cité de 30 000 habitants l’hiver, 250 000 au cœur de l’été.
Contenus de la page
Cette fois, tout a changé pour de bon !
Deux mois plus tard, au moment de sa mise en examen puis de son incarcération à la maison d’arrêt de Béziers, la phrase prenait forcément une autre résonance, ouvrant une parenthèse agitée de la vie politique agathoise. Cette fois tout changeait et pour de bon !
Le 31 mai dernier, la Préfecture de l’Hérault publiait un communiqué annonçant la démission de Gilles d’Ettore de son mandat de maire et de président de la communauté d’agglomération Hérault Méditerranée. « Sa situation actuelle lui apparaît préjudiciable aux institutions qu’il gouverne. Il souffre d’avoir été abusé, il souffre d’être privé de sa liberté, mais il redit que jamais cette situation n’a généré des atteintes aux intérêts des citoyens », témoignait dans nos colonnes son conseil, Maître Darrigade.
« Politiquement, il ne soutient personne »
Démission qui ouvrait grand la porte au 1er adjoint Sébastien Frey, élu maire à l’unanimité des conseillers municipaux de la majorité le 7 juin, au grand dam d’une opposition qui réclamait à cor et à cri la démission de l’ensemble du conseil pour procéder à des élections municipales anticipées dans les plus brefs délais. Il n’en a rien été.
En cette fin d’année 2024, sans surprise, la campagne des élections municipales est déjà lancée. La chute politique de Gilles d’Ettore a aiguisé les appétits, notamment de ceux qui prétendent défendre son “héritage”. Sébastien Frey, qui a su endosser sa nouvelle fonction, n’a en effet pas que des partisans dans la “D’Ettorie” et certains se verraient bien prendre sa place en 2026, mettant en avant un supposé soutien de l’ancien maire à leur candidature. La réalité est bien plus nuancée. « Franchement, il ne soutient personne à ma connaissance et s’occupe surtout de son avenir », estime sous couvert d’anonymat un membre du premier cercle de Gilles d’Ettore.
Nouvelles perquisitions cet automne
De Périgueux, où il est logé par un ami d’enfance dans le cadre de son contrôle judiciaire, à Gruissan ou Narbonne, où il aurait résidé temporairement pour se rapprocher de ses enfants, l’ancien maire reçoit pas mal de visites. On le questionne. On le consulte. Discrètement. Et si les élus actuels n’ont plus de nouvelles depuis mars dernier, interdits qu’ils sont d’entrer en contact avec lui, d’autres ont l’occasion de le faire, « sans compter nos appels téléphoniques quotidiens », apprécie l’ami en question. « Nous avons retrouvé nos habitudes, j’ai l’impression de lui parler comme si c’était hier. »
Il affirme être tombé de sa chaise quand il a appris l’affaire de la voyante. « J’ai vu ça dans le journal, ça m’a mis hors de moi. » Alors que les policiers continuent d’enquêter – de nouvelles perquisitions ont été menées dans les locaux de la mairie d’Agde et de l’agglo Hérault Méditerranée cet automne – lui pense que politiquement, « il ne faut pas enterrer Gilles d’Ettore. Personne n’évoque cette éventualité mais s’il n’y a rien de plus au niveau judiciaire que l’affaire de la voyante, et je rappelle qu’il bénéficie de la présomption d’innocence, un retour n’est pas à exclure. Ceux qui se réjouissent qu’il ne soit plus là font une erreur. »
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’ancien maire jouit toujours d’une belle popularité à Agde. « Souvent j’entends : “Gilles aurait fait comme ci ou comme ça”, notamment chez les commerçants », témoigne ce cadre de la collectivité. L’absent fait parler. Si loin, si proche. Mais à court terme, l’avenir de la commune va bien s’écrire sans lui.
.
