Top 14 – L’album photo de Jonathan Danty : Fabien Galthié, Ronan O’Gara, Pieter-Steph du Toit… L’international français se livre à cœur ouvert

Le jour de ses 32 ans, nous avons proposé à Jonathan Danty de se plonger dans les grands moments de sa carrière, en photos. De sa première licence de rugby à la dernière Coupe du monde, en passant par ses titres en Top 14 et en Champions Cup, l’un des centres les plus iconiques du rugby français depuis une dizaine d’années vous ouvre les portes de son intimité.

Jonathan, tout débute à l’ASPTT, votre premier club, à l’âge de 12 ans.

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Jonathan Danty (en haut à gauche) a débuté le rugby à l’ASPTT Paris, fondé en 1911 dans le 19e arrondissement de la capitale. FFR

J’avais essayé beaucoup de sports avant de découvrir le rugby mais je n’étais pas très bon (rires). Je faisais partie d’une équipe de basket mais je n’avais pas joué un seul match de la saison. Je m’entraînais le mercredi, et, le week-end, j’étais à la maison. Le rugby était le seul sport qui m’intéressait, que j’avais envie de découvrir. À l’époque, ce n’était pas les mêmes règles, c’était un peu plus rugueux. Il faut savoir que ce fut très compliqué pour moi de porter ce maillot. C’est grâce à un ami d’enfance qui s’appelle Jeffrey. Nous habitions la même résidence, nous étions toujours fourrés ensemble. Il me tannait pour le rejoindre à l’ASPTT. Son frère, ses parents et un ami de leur famille ont insisté pas mal de fois pendant deux ans auprès de ma mère pour que je découvre le rugby. Mais elle ne voulait pas. Un jour, j’ai essayé sans lui dire, et, en rentrant, j’ai joué cartes sur tables : « Écoute maman, tu sais que j’ai envie de faire du rugby. » Ça a marché.

Vous souvenez-vous de votre premier entraînement ?

Oh oui (rires). J’avais tout l’attirail « Décathlon » : des crampons, des mitaines. Là, sur la photo, je porte des gants, j’ai le casque et le protège-dents. Ma mère voulait même m’acheter une coquille mais on ne l’avait pas trouvée. C’étaient mes premiers souvenirs. Mes premiers copains du rugby, il y en a d’ailleurs beaucoup avec lesquels j’ai gardé contact.

Est-ce votre force, ce rapport aux autres ?

Je me suis toujours bien entendu avec tout le monde dans un groupe. Je pense être plutôt un bon mec. On ne dira pas trop de mal de moi quand j’aurai terminé ma carrière. Mais j’ai encore un peu de temps…

On fait un petit bon dans le temps….

Lors de sa première titularisation avec le Stade français, le jeune Danty (20 ans), inscrit son premier essai. Icon Sport

2011… Charlety.

Votre premier essai professionnel avec le Stade français en septembre 2011 contre Montpellier, une semaine après votre premier match avec les « grands » contre Castres.

Je l’ai revu il n’y a pas longtemps, je ne sais plus qui me l’avait renvoyé. Purée, il y a du beau monde sur cette photo !

De quoi vous vous rappelez ?

La veille, je n’avais pas dormi de la nuit parce que j’avais la trouille. J’avais fait venir mes amis d’enfance au stade et comme il n’y avait pas grand monde, je pouvais les apercevoir dans la tribune. À la 45e minute, j’avais eu des crampes de stress aux ischios. Ce fut mieux par la suite, je faisais des allers-retours entre les espoirs et les pros mais pour moi, le pur Parisien, je me souviendrai toujours de cette première. C’est là où tout a commencé.

Jonathan Danty décroche à 22 ans le premier et pour l’heure seul Bouclier de Brennus de sa carrière, aux côtés de Julien Arias. Nolwenn Le Gouic / Icon Sport

Quatre ans plus tard, vous décrochez le Bouclier de Brennus avec une sacrée génération : Jules Plisson, Pascal Papé, Laurent Sempéré, Julien Arias…

Il y a beaucoup de vieux et de retraités (rires). C’était mon premier titre. Je suis devenu champion de France avec mon club de cœur, celui où je rêvais de jouer.

On m’a dit que vous aviez pourtant un autre club favori…

Quand j’étais plus jeune et que je jouais à l’ASPTT, j’étais fan de Toulouse (rires), parce que mon pote, le fameux Jeffrey, l’était, donc moi aussi. Pour en revenir à cette finale de Top 14, c’est un mélange de générations qui gagne un titre, entre celle vieillissante : Pascal Papé, Julien Dupuy, Julien Arias, Laurent Sempéré, Pierre Rabadan, Jérôme Fillol, et nous, les jeunes, qui arrivions depuis quelques années : Jules (Plisson), Alexandre Flanquart, Rémi Bonfils, Djibril Camara. Tous ces mecs avaient explosé. Nous étions fiers de porter haut les couleurs du Stade français. Fiers de représenter ce maillot. C’est le groupe avec lequel j’ai joué qui s’aimait le plus les uns les autres. Tout n’était pas tout rose comme la couleur du maillot, mais les mecs s’aimaient réellement.

Guy (Novès) avait la recette de la gagne mais pas les moyens pour y parvenir

Est-ce la clé du succès, selon vous, ce mélange entre plusieurs générations ?

Oui, après malheureusement, nous n’avons jamais gagné d’autre Bouclier ensemble. D’ailleurs, on va fêter les dix ans du titre prochainement. Moi, c’était la première fois que je gagnais quelque chose avec les professionnels. C’était ma quatrième saison, la plus aboutie, celle où j’avais enchaîné quasiment trente feuilles de match, où j’avais confirmé un peu les attentes qu’on avait placées en moi.

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La suite ?

Eh bien ! L’effectif a changé. Forcément, les vieux de l’époque se sont retrouvés de l’autre côté, soit comme coach, soit dans les tribunes, soit à la Mairie de Paris pour Pierre Rabadan (sourire). En tout cas, je suis content d’avoir joué avec ces anciens qui nous ont bien éduqués. Je le dis aux jeunes du Stade rochelais aujourd’hui comme Hugo (Reus) ou Simeli (Daunivucu) : à l’époque, à chaque repas, j’allais chercher le dessert des vieux. Désormais, on ne peut plus demander ça sinon ils te rembarrent. Le rugby a évolué, il n’y a plus ces coutumes, on dirait que le mec est « bizuté ». Pourtant, à l’époque, on préférait dire qu’il respectait les anciens.

Fabien (Galthié) a relancé ma carrière en équipe de France mais sans forcément compter sur moi au moment où il m’a sélectionné

Guy Novès, Ronan O’Gara, Gonzalo Quesada et Fabien Galthié. Icon Sport

Quatre photos de managers à votre disposition : Guy Novès, Fabien Galthié, Ronan O’Gara et Gonzalo Quesada. Par qui on commence ?

J’étais sûr qu’il y avait « Gonza ». Je vais commencer par Guy (Novès).

Le sélectionneur qui vous a appelé pour la première fois en équipe de France…

Et ce fut très difficile (rires). Il comptait énormément sur moi et il a été très dur. Avec le recul, je pense que c’était pour la bonne cause et que ça a porté ses fruits pour le futur. Mais c’est vrai que je n’ai pas eu beaucoup de sélections avec Guy. Je me souviens la première fois où il m’a vu, il m’a dit : « Je veux que tu sois le meilleur et je ne te lâcherai pas ». À ce moment-là de ma vie, je n’étais pas prêt à l’être. C’est ma responsabilité.

Son passage à la tête de l’équipe de France est-il un gâchis ?

Malgré les hauts et bas qu’il a eus en équipe de France et le fait qu’il n’est pas allé au terme de son mandat, c’est une personne qui a tout gagné. Guy (Novès) avait la recette de la gagne mais pas les moyens pour y parvenir. Quand je compare avec aujourd’hui, la possibilité de travailler à 42 joueurs en équipe de France, etc., c’est le jour et la nuit. C’est dommage. Pour rester sur notre relation, il y a deux ans quand j’ai retrouvé 100 % de mes capacités et que j’étais à mon meilleur niveau, je pense qu’il aurait bien aimé me sélectionner. Je n’ai pas de nouvelles de lui mais j’espère qu’il est fier de moi.

De qui avez-vous envie de parler, maintenant ?

Fabien (Galthié), je vais rester sur l’équipe de France.

Fabien Galthié félicite Jonathan Danty après la victoire face aux Fidji en préparation du Mondial 2023. Icon Sport – Sandra Ruhaut

Le sélectionneur qui a relancé votre carrière internationale…

Initialement, je ne rentrais pas du tout dans ses plans. Il était venu en 2020 au Stade français pour superviser quelques joueurs, dont des centres comme Julien Delbouis qui venait de commencer avec nous. Moi, je m’étais dit : « Put***, c’est cool, je fais plutôt une bonne saison, le sélectionneur est présent, il y a peut-être moyen d’intégrer l’équipe de France ». En fait, pas du tout. Il n’était pas convaincu que je puisse passer le cap jusqu’au jour de la finale de l’Autumn Nations Cup face à l’Angleterre. D’abord, j’avais joué le premier match de la compétition contre l’Italie lors duquel j’avais inscrit mon premier essai en Bleu. J’y étais allé sur la pointe des pieds car je ne devais pas jouer mais Julien (Delbouis) s’était blessé. À l’époque, Fabien ne me parlait pas trop. Je ne sais pas s’il avait l’intime conviction que j’allais faire un bon match mais je portais le numéro 12 sur les épaules. Je fais un bon match et j’ai l’occasion d’enchaîner la semaine suivante contre l’Angleterre à Twickenham…

Et alors ?

Je serre les dents de la première action jusqu’à ma sortie. J’avais une déchirure à l’ischio ! Mais l’opportunité était trop belle, trop grande et je partais de tellement loin en équipe de France, que plus longtemps je restais sur le terrain, mieux c’était pour moi. Par la suite, je fais la tournée en Australie. Même chose : initialement, si Fabien avait choisi d’envoyer les cadres, je ne serais pas parti.

Jonathan Danty a disputé deux matchs comme titulaire lors de la tournée 2021 en Australie. Icon Sport

Vous jouez deux matchs comme titulaire contre l’Australie où vous êtes bon, voire très bon. Il est là, votre déclic en Bleu ?

Déjà, souvenez-vous, on reste confiné pendant quinze jours à Sydney, enfermés dans nos chambres. Je me rappelle qu’on nous apportait nos plateaux-repas devant notre porte. Pendant tout ce temps, je me disais : « Mais qu’est-ce que je fous là ? ». Un jour, un de mes meilleurs amis à Paris m’appelle. Il se mariait, et avec le décalage horaire, il était en pleine bringue (rires) !

Dans quel état d’esprit étiez-vous ?

Même si j’avais une infime chance de potentiellement montrer que j’avais ma place, l’équipe de France, c’était terminé à mes yeux. Arrive le premier match : trop bien ! Je récupère plusieurs ballons, je donne une passe décisive à Gabin (Villière) : je me suis régalé. Je me sentais revivre. Je n’avais pas peur de me tromper car j’avais zéro pression. Dans ma tête, si ça ne passait pas, ça ne pouvait pas être pire qu’avant. Cette tournée m’a permis de prendre mes marques. Rapidement, tout le monde s’est posé la question de la suite pour moi : j’avais redistribué les cartes. Il y a aussi eu le souci médical de Virimi (Vakatawa, déclaré inéligible pour jouer en France à la suite d’un problème cardiaque, N.D.L.R.) qui m’a propulsé dans le groupe. Je parle de cette époque mais j’ai l’impression que c’était il y a dix ans.

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2016-2020 : vous avez porté trois fois le maillot du XV de France. Depuis 2020, vous avez enchaîné 26 sélections !

C’est incroyable. Fabien (Galthié) a relancé ma carrière en équipe de France mais sans forcément compter sur moi au moment où il m’a sélectionné. Je lui ai prouvé qu’il s’était trompé et qu’en me mettant dans les bonnes conditions pour être performant, je pouvais bien lui rendre.

Aujourd’hui, pensez-vous être capable de revenir en équipe de France ?

Depuis quelques mois, c’était un peu compliqué en club (interview réalisée en octobre, N.D.L.R.). On attendait toujours autant de moi mais c’était plus délicat. On va dire que je suis passé par une mauvaise passe. Mais ce n’est pas fini.

Pour en revenir au sélectionneur, quelle relation entretenez-vous avec lui ?

Il y a toujours une barrière entre un joueur et un manager, mais nous avons une belle relation de confiance. C’est la raison pour laquelle même quand j’ai pu passer à côté d’un match, il m’a toujours remis car il avait confiance en moi. À ses yeux, j’avais de l’importance dans l’équipe et je faisais partie des cadres. D’habitude, je n’échange pas trop avec les managers, mis à part sur la partie rugbystique, mais avec Fabien, si nous avions été de la même génération et que nous avions joué ensemble, nous aurions bien rigolé.

‘Gonza’ c’est comme mon père

Il ne reste plus que deux photos : Ronan O’Gara et Gonzalo Quesada.

Je ne peux pas choisir sinon un des deux va se vexer. D’abord Ronan et je terminerai par mon vrai père.

Ronan O’Gara et Jonathan Danty avant le quart de finale de Champions Cup 2024 face au Leinster. SUSA / Icon Sport – Andrew SURMA

« ROG ».. Par où commencer. Culturellement, il est à l’opposé des entraîneurs que j’ai connus. Ronan (O’Gara), c’est la culture de la gagne. Tout le temps. Tous les week-ends. À domicile comme à l’extérieur. Quand il m’a fait venir à La Rochelle, il m’a dit : « Je sais que tu en as encore dans le réservoir. Il faut que tu passes un cap pour que tu puisses le faire franchir à mon équipe. » C’est cette discussion qui a motivé mon arrivée. Je ne suis pas venu à La Rochelle pour gagner plus d’argent mais parce que j’avais fait le tour de Paris et que j’avais besoin de me relancer.

Quand vous débarquez à La Rochelle, il y a un certain Levani Botia au centre de l’attaque, donc un sacré défi à relever ?

J’arrivais en outsider. Au final, nous avons partagé notre temps de jeu et « Leps » est passé troisième ligne. Aujourd’hui, je ne regrette pas mon choix. Au contraire. J’ai joué des phases finales tous les ans, j’ai gagné des titres. Je me suis souvent demandé s’il n’y avait pas de la lassitude à tout gagner, mais en fait, ce sont les Toulousains qui ont raison : remporter des trophées, ça surmotive !

Jonathan Danty et Gonzalo Quesada en 2015. Il a été son entraîneur entre 2013 et 2017 et 2020 et 2021. Icon Sport – Baptiste Fernandez

Enfin, Gonzalo Quesada : est-il l’entraîneur le plus important dans votre carrière ?

« Gonza », c’est comme mon père. Je m’en rappellerai toute ma vie, il a pleuré lors de mon dernier match avec le Stade français à Jean-Bouin. C’est le coach que j’ai le plus aimé dans ma vie. Humainement, il a toujours pris soin de moi. Il a été dur, par moments, mais il a toujours su me manager dans les meilleures conditions. Il a su tirer le meilleur de moi-même à une période où j’étais le plus bas mentalement et rugbystiquement. Bon, ça ne l’a pas empêché de demander la vidéo lors de France – Italie pour que je prenne un carton rouge (au Tournoi des 6 Nations 2024, N.D.L.R.), mais je ne lui en veux pas, c’est le jeu (rires). Ces quatre personnes m’ont toutes fait évoluer en tant qu’homme et en tant que sportif.

Jonathan Danty après le quart de finale perdu contre l’Afrique du Sud (à gauche). Le trois-quarts centre face au Stade toulousain en finale de Top 14 2023 (à droite). Icon Sport

Il y a aussi des grandes défaites dans une carrière. Voici deux photos : le quart de finale 2023 perdu contre l’Afrique du Sud et la finale de Top 14 2023 perdu contre Toulouse : quel match fut le plus difficile à surmonter ?

(il montre la photo de gauche, le quart de finale). Celui-là, parce que je l’ai préparé pendant quatre ans. L’autre seulement un an. En plus, chronologiquement, après la finale de Top 14, j’avais la motivation d’aller chercher la Coupe du monde. Pour moi, ce fut un double échec. La Coupe du monde en France, on y rêvait tous. Je me rappelle de Bernard Laporte (ancien président de la FFR, N.D.L.R.) qui nous disait : « Chaque matin, levez-vous et pensez à cette Coupe du monde qu’on va avoir en France. » C’est le plus grand échec de ma carrière. Aussi parce qu’il y a un sentiment d’injustice. Nous avions fait une immense préparation physique. Nous étions prêts.

Si vous aviez battu l’Afrique du Sud, pensez-vous que vous auriez décroché le titre ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que nous étions fiers parce que ce match – pour l’avoir revu très longtemps après –, nous l’avons dominé, mais nous n’avons pas su le tuer. Nous les avons laissés espérer. Ce soir-là, ils ont su faire le dos rond. C’est aussi la preuve que c’est une grande équipe.

À gauche, Danty est soigné suite à un déblayage de du Toit (au centre). Un an plus tôt, le Sud-Africain avait été exclu sur une action similaire, déjà sur le Français (à droite). Icon Sport

Dans dix ans, pourriez-vous aller boire une bière avec Pieter-Steph du Toit ?

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Non. La première fois (en novembre 2022, le Sud-Africain était exclu après un déblayage dangereux sur le trois-quarts centre, N.D.L.R.), il m’avait envoyé un message pour s’excuser mais il y avait aussi le couperet de la commission de discipline… En quart de finale, j’ai été surpris que ça intervienne sur une action similaire. Je veux bien être catalogué comme un joueur gratteur, mais gratter un ballon à un mètre du ruck, c’est compliqué. C’est comme ça. C’est une injustice. L’action s’est passée très vite. Je me rappelle regarder l’écran géant du Stade de France mais ils tapent rapidement en touche. Au moment où Libbok dégage, je sais que c’est terminé. Mais je reste convaincu que ce déblayage méritait d’être revu à l’arbitrage vidéo.

On sent encore beaucoup de colère en vous…

Je l’ai revu récemment parce qu’Eben Etzebeth a reposté une vidéo de son arrêt de gardien de but en disant que le ballon partait en arrière (à la 7e minute, le Sud-Africain empêche les Français d’inscrire l’essai du 14-0 en tapant le ballon, vers l’arrière d’après les officiels, sur une passe de Penaud N.D.L.R.). Ce sont des mauvais souvenirs, mais ils restent bien présents, et plutôt de manière négative. Mais ce sont des échecs qui permettent de se construire et de devenir plus grands.

J’ai eu l’impression d’avoir une force surhumaine

Quel est maintenant votre plus grand souvenir entre la finale de Champions Cup 2022, le grand chelem 2022 et la finale historique à Dublin en 2023 ?

Danty après la finale de Champions Cup 2023 (à gauche), 2022 (à droite), et le grand chelem 2022 (au centre). Icon Sport

Le titre de 2022 lors de ma première saison car il venait valider le pari gagnant pour moi. Je n’avais jamais joué le Leinster. Je les voyais seulement beaucoup gagner avec quasiment l’équipe complète de l’Irlande.

Comment prépare-t-on ce genre de match ?

Quand tu arrives, tu as la boule au ventre parce que tu n’as qu’une crainte, c’est d’en prendre 40. Il faut le préparer avec beaucoup de coeur. Nous avons été moins bons qu’eux sur le match, mais en tapant fort, en essayant de gérer la vitesse de leurs rucks et du match, nous avons réussi à faire quelque chose d’énorme pour le club, la ville, et le rugby français. La Rochelle, c’est un nouveau club qui a réussi à mettre sa patte sur la Champions Cup. Notre exemple prouve aux clubs qui se contruisent petit à petit de croire que c’est possible.

La victoire en finale à Dublin en 2023 n’est-elle pas encore plus impressionnante ? Ringrose se souvient encore de votre percussion sur l’essai qui relance le match…

À ce moment précis de la rencontre, je suis partagé entre deux sentiments : soit on va en prendre 50 (il y a 17-0 après 12 minutes de jeu, N.D.L.R.), soit il y a une réaction de l’équipe. Ils ont débuté la finale à une allure folle. Tout était clinique, tout ce qu’ils faisaient fonctionnait. Dans les yeux de mes coéquipiers, je me suis demandé s’ils y croyaient encore. Avant la finale, j’avais fait plusieurs réunions pour parler de mon rôle dans l’équipe. Sur cette mêlée à cinq mètres où nous sommes en infériorité numérique, je sais que c’est à moi de relancer le match. La ligne n’est pas loin. J’ai eu l’impression d’avoir une force surhumaine. Des essais comme celui-là, je n’en marquerai plus beaucoup à l’avenir.

Grâce à cet essai, Danty permet au Stade rochelais de relancer la finale face au Leinster. Sportsfile / Icon Sport – Brendan Moran / SPORTSFILE

Avez-vous eu le sentiment d’être habité ?

Clairement. Il y a 17-0, il reste 60 minutes de jeu. Je savais que si nous relancions la partie, ça pouvait se conclure sur un score serré. Au fur et à mesure de la finale, on reprend le dessus sur le Leinster. Et nous avons un seul petit point d’avance à cinq minutes de la fin alors qu’ils sont à l’attaque…

Comment avez-vous vécu ces dernières minutes ?

Je suis assis sur la glacière, je regarde mes baskets et je pense déjà à mon discours d’excuse dans les vestiaires car j’ai pris un carton jaune (à la 74e minute, N.D.L.R.). Je pensais déjà à m’autoblâmer, ce qui n’a aucun intérêt. J’en ai quand même parlé aux mecs après la finale en disant : « Écoutez les gars, j’avais prévu de vous faire un discours, mais merci parce que vous m’avez sauvé la vie ! »

Je ne suis pas né dans un milieu qui favorise la réussite, mais j’ai fait en sorte d’aller la provoquer

L’autre grand moment de votre carrière, jusqu’à maintenant, c’est le grand chelem 2022 où vous êtes l’un des grands artisans.

Cela faisait dix ans que l’équipe de France n’avait pas gagné de Tournoi des 6 Nations. Remporter un grand chelem signifie qu’il n’y a pas eu photo, que tu as roulée sur tout le monde. Nous relançions la machine. Personnellement, ce titre venait valider mes deux bonnes saisons. Quelques mois plus tôt, nous avions battu les All Blacks. C’était un peu l’apogée de ce qu’on pouvait faire de mieux pour le rugby français. Cette photo me rappelle que de bons souvenirs, car au-delà du rugby, nous vivons des moments exceptionnels au quotidien. Nous venons tous d’endroits différents, mais il y a beaucoup de choses qui nous réunissent. Avant France – Italie en 2020, je ne me serais jamais imaginé porter ce maillot avec ces mecs, qui, visiblement, m’attendaient pour gagner.

Jonathan Danty, accompagné de sa compagne Laura Facini et de son fils, Gabriel. Capture Instagram LF

La dernière photo c’est votre famille. Peut-être la chose la plus importante à vos yeux ?

C’est ma petite famille à moi. Celle qui me soutient au quotidien, quand tout va bien et que c’est facile d’être épaulé, mais aussi quand c’est dur, quand je suis rentré de la Coupe du monde… Ils m’ont permis de relativiser, de me dire que les échecs faisaient partie du sport mais qu’il y avait toujours de belles choses qui arrivaient ensuite. Au quotidien, ce sont eux qui me motivent. Ils me permettent de couper avec le rugby. Mon fils a bientôt deux ans – il me prend de l’énergie, peut-être un peu moins quand il grandira, je ne sais pas (rires) –, mais il fait mon bonheur. À cette photo, j’ajoute aussi ma maman, ma soeur, et tout le reste de ma famille car elle est grande ! Je ne suis pas né dans un milieu qui favorise la réussite, mais j’ai fait en sorte d’aller la provoquer.

Êtes-vous fier de vous ?

Ce n’est pas fini, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir. Mais je suis fier parce que quand j’étais plus jeune, il y a des conneries que j’aurais pu faire et ma mère m’en a dissuadé. Quand je traînais un peu trop en bas de chez moi, on l’appelait pour lui dire que j’étais à tel endroit à tel moment et elle venait me chercher en me tirant par l’oreille. Pour une mère seule avec deux enfants à éduquer – même si nous avions nos grands-mères et nos tantes proches –, je pense qu’elle a fait du bon boulot et qu’elle peut être fière de nous. J’espère que j’aurai la même fierté pour mon fils.

https://www.rugbyrama.fr/2024/12/25/top-14-lalbum-photo-de-jonathan-danty-fabien-galthie-ronan-ogara-pieter-steph-du-toit-linternational-francais-se-livre-a-coeur-ouvert-12367680.php

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