L’affaire du maire d’Agde (Hérault) Gilles d’Ettore et de sa voyante Sophia Martinez a marqué l’année.Cette mère de six enfants, guérisseuse et médium, avait inventé une voix, surnommée “Papa”, venant soi-disant de l’au-delà pour parler à l’élu. D’Ettore, qui dit s’être toujours intéressé à la vie après la mort, marqué par le décès de son père, a écouté “Papa”. Au fil des mois, la voix lui a dit de toujours plus s’occuper de Sophia. Le maire a embauché ses proches, fait financer son mariage ou la véranda et le jacuzzi de sa maison… Midi Libre dévoile les investigations de cette affaire hors-norme et notamment tous ces financeurs qui ont accepté de faire plaisir au maire pour combler la voyante.
« Je me suis fait baiser. J’ai jamais eu d’enrichissement personnel, je n’ai rien volé… j’ai été abusé dans cette histoire de véranda, le monde s’effondre sur moi, je suis dans une spirale infernale… Je vais démissionner, tout arrêter », craque Thyl Zoete, le 30 mars 2024 à 14h 07.
L’ex directeur d’Eiffage Grand Sud pleure face au juge chargé de l’affaire Gilles d’Ettore.Le maire d’Agde (Hérault) vient d’être écroué après avoir été manipulé par sa médium Sophia Martinez. L’assurant qu’elle communique avec les morts, cette dernière, habile ventriloque, a créé la “voix” appelée “Papa” ou l’ange Michel, devenu un guide spirituel pour l’élu.
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Des services payants contre des contrats ?
Mais, aveuglé par cette voix grave et rauque de l’au-delà qui lui dit de prendre soin de la voyante, d’Ettore va combler les désirs et caprices de celle qui se rêve, dit-elle, « princesse ».
En puisant dans son réseau influent d’indéboulonnable maire, depuis 2007, d’une commune du littoral en pleine extension.
C’est toute cette galaxie, cœur du dossier, que les enquêteurs continuent d’explorer pour savoir s’il y a corruption, abus de bien social ou détournement de fonds alors qu’il y a déjà eu une quinzaine de mises en examen. Bref, du “donnant, donnant” : des services payants contre des contrats. Alors que certains sont aussi tombés sous la coupe de la voyante.
Véranda à 45 000 €, cuisine à 13000 €, traiteur du mariage à 25 000 €
Le directeur d’Eiffage est le seul – en dehors du maire et la voyante – à avoir été expédié derrière les barreaux, pendant 12 jours, une décision injustifiée pour son avocat (lire par ailleurs).
Sophia Martinez, voyante, médium, guérisseuse, voulait refaire sa véranda pour recevoir sa “patientièle”. Il a abondé à hauteur de 31 000 € en faisant une fausse facture pour un chantier de rénovation venant d’une autre commune.
« Le maire d’Agde a insisté en me présentant cela comme une sorte de mécénat social, en m’expliquant que cette personne avait un caractère de soignant, qui avait eu une enfance difficile » se défend-il.
Refusant, d’abord, avant d’accepter mais, idée qui aurait été suggérée par l’élu, à condition de réduire le sponsoring des clubs sportifs d’Agde pour compenser, au détriment de la population locale.
« C’était une demande très insistante du maire »
« C’était une demande très insistante, ça lui tenait particulièrement à cœur » rapporte l’ex directeur d’Eiffage. Assurant ne pas lorgner sur des marchés publics, Agde ne représentant que 5 % de leur chiffre d’affaires et que cette aide n’a rien à voir avec le renouvellement d’un marché à bon de commande notifié juste avant la véranda.
Quant à Sophia Martinez, il ne l’a vu qu’une fois, pour soigner une blessure au mollet de sa compagne, la consultation se soldant par un échec.
Les responsables d’une grande surface, eux, ont complété les frais de travaux et payé 6000 € de parquet ne se voyant pas refuser une demande du maire.
Ensuite, quand la voyante organise son fastueux mariage avec 300 invités, parmi les dépenses, quatre pontes de l’immobilier vont être sollicités pour règle la copieuse addition de 25 000€ du traiteur. Tous mis en examen.
« Gilles m’a contacté 10 ou 15 fois pour payer, il est venu me voir au bureau me disant qu’il a un solde à régler au traiteur et m’a demandé de lui rendre service en payant la facture, 9000 euros, ça faisait beaucoup » rapporte lors de son interrogatoire ce ponte de la promotion immobilière régional.
Il décide de proposer à une autre “figure” de la construction, de partager la “douloureuse” ce qui est effectué. Mais pour quelle contrepartie ? Aucune assure le géant de la construction.
« Gilles m’a dit que Sophia était la réincarnation de Cléopâtre »
« Je n’attendais aucun retour. Je le connais depuis qu’il est maire, ce n’est pas un ami, mais il me fait rire, il est jovial, j’aurais pu dire non mais j’aurais mis d’Ettore dans un fort embarras » dit-il. Convaincu par le don de médium de Sophia qu’il a consultée – « elle vous remue » – mais sans tomber dans le piège de “Papa” et la “voix”.
« Le jour où j’ai reçu un appel avec une voix d’outre-tombe, j’ai raccroché, Gilles m’a dit qu’il s’agissait de l’archange Michaël… Il me semblait marabouté par cette fille, il m’a même dit que Sophia était la réincarnation de Cléopâtre…Tout ça m’a refroidi » poursuit-il.
Admettant que rendre ce service permet quand même d’entretenir de bonnes relations. Il explique aussi être passé par le compte de sa société « par facilité » avant de rembourser.
« J’avais peur que le maire me blackliste »
Un autre financeur du buffet, promoteur, l’admet en revanche face à la police : « Je savais que ce n’était pas bien, mais je n’ai pas eu le choix, j’avais peur que Monsieur le maire me blackliste » avance-t-il.
« C’était simplement une participation au cadeau de mariage » élude aussi ce troisième promoteur de Sète, interrogé avant sa mise en examen.
Il a donné 4 500€ pour financer le brunch du midi ou encore le pavé de bœuf et l’immense pièce montée du soir, mais payés par sa société.
Il promet alors « ne rien attendre en retour » du maire et loue les dons de Sophia Martinez.
« Elle me soignait cette dame, j’en ai eu besoin à un moment de ma vie »
« J’avais une relation de confiance avec elle, j’en ai eu besoin à un moment de ma vie, Elle me soignait cette dame, j’ai eu un souci de santé, une présomption de cancer développe-t-il. Et il faut aider les gens, sa maison était miteuse. »
Alors, il finance aussi 13 000 € une cuisine pour la voyante, à la demande du maire, avec le compte d’une de ses autres sociétés. Là encore, évidemment, le Sétois réfute tout lien sur un projet immobilier et une étude sur un hôtel à Agde, où il rêvait de s’implanter.
»Ça voudrait dire que j’ai fait ces affaires grâce à ça. Non aucun lien » évacue-t-il.
Me Marc Gallix : « Pourquoi lui est parti en prison et pas les autres qui ont financé ? «
Dans cette affaire financière, hormis la voyante et le maire, parmi les mis en examen, seul le directeur d’Eiffage grand Sud a été incarcéré pour avoir payé la véranda de Sophia Martinez. de quoi indigner son avocat, Me Marc Gallix : « Il se considère comme une victime, il a subi une forme de harcèlement de la part du maire d’Agde pour faire ces travaux d’agrandissement et il n’y a eu aucun intérêt pour la société Eiffage.
Lui a été licencié et il a connu la prison, pourquoi lui ? Et tous les autres qui ont financé les travaux ou le mariage ?Cette décision de le mettre en prison était disproportionnée. Aujourd’hui, il a tout perdu et cherche à oublier. »
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