Un peu plus d’un an après son arrivée en fonction, la directrice de la police de l’Hérault, Marjorie Ghizoli, quitte le département pour la Nouvelle-Calédonie, où elle occupera le même poste, à l’échelle de cette collectivité d’outre-mer. Opérations « place nette », attentat à La Grande-Motte, flamme olympique et réforme de la police : elle revient sur une année « intense ».
Vous quittez vos fonctions dans l’Hérault au bout d’un peu plus d’un an. Avez-vous été tiraillée entre l’envie de poursuivre le travail accompli et d’accepter ce poste en Nouvelle-Calédonie ?
En tant que policiers, nous faisons un métier de passion qui nous permet de faire plein de choses. Je ne voulais pas regretter cette possibilité. Bien sûr qu’on ressent un peu de frustration, mais mon choix est réfléchi, d’autant plus quand on part à 18 000 km. Sur le plan personnel, j’ai eu le feu vert de ma famille. Je suis fière du travail de mes collègues et je suis ravie que mon adjoint (le commissaire divisionnaire Benoit Desmartin, NDLR) devienne le nouveau directeur interdépartemental de la police nationale.
Le passage de témoin s’en trouve facilité, par conséquent.
Nous nous connaissons depuis vingt ans. Qui aurait pu imaginer qu’on se retrouve, moi DIPN, et lui adjoint ? Le travail est beaucoup plus facile et le lien de confiance, immédiat. Plus qu’un adjoint, il a été véritablement un collaborateur associé à tout. Mon départ est une belle opportunité pour que Benoit prenne la suite.
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Lutte contre l’économie souterraine
Vous êtes devenue directrice départementale de la police dans l’Hérault alors que se mettait en place la réforme de la police. En avez-vous ressenti le bénéfice en termes de fonctionnement et de résultats ?
L’objectif majeur était le décloisonnement opérationnel et de communication de l’ensemble des filières. Nous avons fait en sorte que cette réforme soit vivante, tout en gardant le cœur de métier de chacun. Cela se traduit par une plus grande fluidité, quand tout le monde est autour de la table tous les jours. Cela a été le cas sur les opérations « place nette », où l’on a vécu l’appui que peut apporter la police judiciaire en matière de délinquance sérielle. Chacun apporte sa plus-value. Le travail va se poursuivre en 2025, avec tout ce qui touche à l’économie souterraine, la saisie des avoirs criminels, associant le SIPJ et le SLPJ (services interdépartemental et local de police judiciaire, NDLR). C’est un enjeu dont on a commencé à voir les fruits.
« Cette année a été éminemment intense »
Au terme de ces quatorze mois, quelles satisfactions retenez-vous dans le travail accompli ?
Cette année a été éminemment intense, entre la réorganisation de la police, l’apport de renforts à Paris pour les Jeux olympiques, l’organisation d’événements majeurs comme le relais de la flamme et un attentat au mois d’août (à la synagogue de La Grande-Motte, NDLR) qui a donné lieu à une belle coordination gendarmerie-police. Je retiens aussi les opérations « place nette », en total partenariat avec les douanes, l’Urssaf, la direction des finances publiques. Le travail avec l’Éducation nationale, aussi, dans la prévention, ou avec les municipalités dans la lutte contre la délinquance. Ce partenariat est une force de l’Hérault.
À l’heure de votre départ, quel est votre regard sur la situation sécuritaire à Montpellier ?
C’est une grande et belle ville, aux atouts énormes, du tourisme à la vie étudiante. Mais les délinquants aiment venir sur ce type de territoire dans un but d’appropriation. Le rôle de la police est que cette ville et ce département soient préservés. La sécurité est un combat du quotidien. Sous l’autorité administrative et judiciaire, les chefs de service de la police doivent avoir une stratégie.
Travail sur la criminalité organisée
Au vu de faits récents survenus à Montpellier, doit-on s’inquiéter de l’influence de gangs marseillais sur le territoire ?
On y est attentif. Dans la réforme de la police, il n’était pas question de fragiliser le SIPJ de Montpellier, dont le rôle est de travailler sur cette criminalité organisée. Nous devons travailler sur ces réseaux, les identifier. Nous l’avons fait dans certains quartiers de Montpellier, comme à l’île de Thau à Sète, ou à Béziers.
« Courageuse, déterminée »
« Femme d’engagement », selon le préfet. « Courageuse, déterminée », dixit le procureur de la République. C’est un hommage appuyé qu’a reçu Marjorie Ghizoli, mercredi 27 novembre, dans le grand salon de la préfecture, lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de son départ, en présence des forces de sécurité, de représentants des administrations et d’élus, notamment. Sa capacité à « prendre les problèmes à bras-le-corps », à travailler dans une collaboration fluide avec les autorités administrative et judiciaire, ses « excellentes relations avec les élus », tout comme avec ses équipes, ont été saluées. « Nous allons profondément vous regretter », lui a adressé le préfet François-Xavier Lauch, évoquant également le passage de relais à son adjoint, Benoit Desmartin, qui prendra ses fonctions le 9 décembre prochain : « le choix de la continuité. »
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