Après avoir officié treize ans à Castries, puis dix-sept ans à Agde, Yannick Casajus devient archiprêtre de la cathédrale Saint-Pierre, à Montpellier, où il avait été ordonné en 1990. Il prend la suite de Michel Plagniol.
Vous êtes de retour dans la cathédrale où vous aviez été ordonné…
Oui, c’était en 1990. J’avais été ordonné le même jour que mon prédécesseur, le père MichelPlagniol. Nous avions fait le séminaire ensemble. Aujourd’hui, ma mission est d’abord de continuer le travail exceptionnel qu’a accompli Michel Plagniol en quinze ans. Il est très doué pour l’organisation, ce qui me permettra d’être un peu plus dégagé pour me confronter aux réalités montpelliéraines. ÀMontpellier, j’ai déjà redécouvert le plaisir de la marche, moi qui prenais tout le temps la voiture pour aller d’une commune à l’autre.
Quel message avez-vous fait passer lors de votre première homélie ?
J’ai témoigné que je me sentais prêtre pour les paroissiens, mais aussi pour ceux qui sont loin de l’église mais pas du cœur de Dieu. Je pense à l’association Famille au grand cœur (qui accompagne des jeunes majeurs LGBT +, demandeurs d’asile et réfugiés). Des maires de villages étaient présents dimanche. Ils sont à mes yeux un exemple d’ouverture au monde.Si la foi chrétienne veut suivre le Christ, elle doit être dans l’ouverture. On ne peut pas avoir foi en Dieu si on n’a pas foi en l’homme.
Comment est venue votre vocation ?
J’avais 25 ans et j’étais en fac de droit et d’histoire de l’art. Je ne pensais pas que je prendrais ce chemin. C’était un peu un saut dans le vide. Mais j’étais dans une famille chrétienne, et des prêtres m’avaient beaucoup marqué, que ce soit aux scouts ou à l’aumônerie. Ils m’ont transmis cette foi de terrain que j’ai essayé de garder au quotidien. C’est d’autant plus naturel pour moi que je me sens profondément ancré dans ce territoire et que je l’aime.
Que retenez-vous de vos treize ans à Castries ?
Une grande proximité avec les personnes. J’ai gardé des liens très forts avec certaines. Lors de mon installation à la cathédrale, dimanche dernier, j’ai revu les maires de Beaulieu (Arnaud Moynier) et Restinclières (Geniès Balazun). À l’époque, ils avaient 8 et 13 ans et étaient enfants de cœur. On a fait plusieurs JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) ensemble. À Castries, j’étais aussi très proche de Gilbert Pastor (maire de 2001 à 2020), dont la mort (en mars dernier) m’a beaucoup touché.
Bio express
Yannick Casajus fêtera ses 60 ans en janvier. Originaire du Biterrois, et notamment de Saint-Thibéry, il a étudié au collège et au lycée (publics) à Pézenas, avant d’effectuer des études de droit et d’histoire de l’art à Montpellier. Il a été ordonné prêtre à l’âge de 25 ans, dans la cathédrale de Montpellier.
Après trois années à Lodève, où il fut aumônier jeunesse, il a œuvré pendant treize ans à la paroisse Saint-Joseph de Castries, qui comptait quatorze villages.
En 2007, il a été nommé archiprêtre de la cathédrale Saint-Etienne d’Agde. Il a donc été responsable pendant dix-sept ans de la paroisse Littoral agathois qui comprend aussi le cap d’Agde, Marseillan et Vias.
Puis ce furent dix-sept ans à Agde…
Des années tout aussi fortes. Là-bas, c’était aussi important pour moi d’être à l’église le dimanche matin qu’au stade de rugby l’après-midi. On apprend tellement dans la rencontre avec les gens, surtout lorsqu’elle est gratuite. D’ailleurs, je crois que j’ai autant d’amis croyants que non-croyants ! Cette paroisse d’Agde, c’est un territoire à forte identité, qui passe de 30 000 habitants l’hiver à presque 300 000 l’été. C’est bien simple : en dix-sept ans, je n’ai pas pris de vacances. Mais ça ne m’a pas manqué ! J’ai rencontré tellement de gens. Quitter un territoire, c’est un déchirement à chaque fois. J’ai beaucoup pleuré en partant. Là-bas, j’avais aussi la commune de Marseillan, dont le maire est Yves Michel, avec lequel j’ai grandi. Mon père avait commencé sa carrière dans l’entreprise du sien. Le maire de Vias, Jordan Dartier, je l’ai connu encore plus jeune !
Comment enrayer la crise des vocations ?
Deux prêtres ont été ordonnés en juin dernier à Montpellier, un Vietnamien et un Mexicain. Ils rejoignent dans l’Hérault des prêtres africains, polonais… C’est un retour des choses et une belle richesse. Il y a une grande vitalité de l’église sur d’autres continents. Mais à Montpellier, il y a quarante catéchumènes (personnes se préparant au baptême) dont de nombreux jeunes, d’origines très diverses. La moitié d’entre eux seront baptisés à Pâques.Un baptême, c’est toujours une grande joie.
Que peut faire l’Église face à la montée de l’antisémitisme ?
L’attaque terroriste de la Grande-Motte est une profonde blessure. Il est important pour les chrétiens de marquer leur soutien envers les juifs, ce qui n’a pas toujours été le cas dans l’histoire. J’étais présent devant l’Opéra Comédie avec les représentants des autres religions. Je suis très attaché à la communauté juive, notamment celle de Béziers. J’ai célébré des mariages entre chrétiens et juifs. Je crois que la violence à laquelle nous sommes confrontés trouve son origine dans un manque de dialogue, et parfois aussi de culture. C’est important d’apprendre à connaître l’autre, son histoire, sa religion. Le pape François nous montre le chemin. J’ai aussi été très marqué par le pape Jean-Paul II, qui avait la volonté dialoguer avec toutes les religions.
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