Battu trois fois en quatre matchs, le Racing 92 réalise l’un de ses pires débuts de saison depuis sa remontée en élite, en 2009 : une défaite à Vannes, ce week-end, et la noble dame du 92 basculerait probablement dans la crise…
Le Racing a beau se mouvoir aussi souvent qu’il le peut dans un décor de blockbuster, soit au cœur de cette Paris-La Défense-Arena où un gros rap US accompagne l’entrée des joueurs et d’incessants jeux de lasers donnent au théâtre de Nanterre les atours hystériques d’une monumentale discothèque, il a pourtant gardé en lui la pudeur d’une vieille dame et des réflexes très « pompidouliens », dès lors que sourde la tempête : aux coups de gueule et aux esclandres qui font par exemple la vie du RCT, du Stade français ou de Montpellier, on préfère dans le « far ouest » les révolutions de velours et les pourparlers de coulisses. À ceux qui évoquent aujourd’hui une crise dans le 92, le club des Hauts-de-Seine répond donc poliment traverser une « situation difficile » (Gaël Fickou) ou subir un « contexte défavorable » (Stuart Lancaster).
Dans les faits, le Racing 92 reste pourtant sur huit défaites en dix matchs, se morfond dans les limbes de la poule unique, attaque peu, défend mal et, en cas d’un nouvel échec à Vannes, verrait son objectif de qualification quelque peu emplâtré. Comment l’entité du 92, championne de France en 2016 et triple finaliste de la Champions Cup, en est-elle arrivée là ? À qui, à quoi doit-on que la Grosse Bertha de la banlieue parisienne n’avance plus, ou alors de façon si poussive ? Ici et là, on entend déjà souvent au propos des Racingmen qu’ils jouissent au quotidien d’un agrément incompatible avec la sauvagerie que demande, ponctuellement, ce sport de combat. « Les gens disent que mes joueurs ont le cul dans le confit, nous contait un jour Jacky Lorenzetti, le propriétaire du club. L’idée de départ, c’était juste de leur donner un confort maximum pour qu’ils s’expriment sur le terrain du mieux possible. Mais au rugby, il faut probablement vivre plus à la dure… » Et aussi : « Un jour où je déjeunais avec Arsene Wenger (l’ancien entraîneur d’Arsenal, N.D.L.R.), il m’avait dit : « Un champion, Jacky, c’est celui qui mange, dort et baise rugby. » L’implication doit être totale. » Dotés d’installations dignes d’une équipe nationale et, en leurs terres, d’un « petit Marcoussis », les Racingmen sont surtout des hommes parmi tant d’autres, dans le gigantisme de l’Ile-de-France. Ils n’y ont, en fait, ni pression médiatique, ni pression populaire et qu’ils se vautrent comme ils le firent à Bordeaux ou s’inclinent à la piaule face à la Rochelle ne conduira jamais le boucher du Plessis-Robinson ou la boulangère de Chatenay-Malabry à les ressemeler, le lundi matin. Dès lors, pourquoi la secousse ne vient-elle pas de Stuart Lancaster lui-même ? Disons simplement que le père des lancements de jeu du grand Leinster maîtrise encore trop peu notre langue, seul outil pourtant valable, lorsque l’on veut faire parler l’émotion et causer au « cœur des hommes », dirait Fabien Galthié dans un des élans de lyrisme qui le caractérisent…
Éric Blanc : « Un rugby à la Bruno Retailleau »
De toute évidence, la greffe Lancaster n’a pas encore totalement prise au Racing et le recrutement de l’ancien sélectionneur anglais, réalisé au prix d’un écrémage en règle et de départs de nombreux soldats Jiff (Olivier Klemenczak, Baptiste Chouzenoux, Martin Méliande, Junior Tabuavou…), tarde à éclore, tant Owen Farrell, Sam James ou son propre fils, Dan, peinent à faire oublier les partants. Mais le jeu, alors ? Éric Blanc, vieille gloire du club pour en avoir été le trois-quarts centre lors du titre de 1990, explique : « C’est un rugby sans émotion, un rugby à la Bruno Retailleau (le ministre de l’Intérieur) : ultra-sécuritaire, archi défensif, ultra-diététique. Certains joueurs ont la roue qui touche le garde-boue et sur le terrain, semblent s’interroger sans cesse. Ils ne sont pas animés par quelque chose de fort et, sous pression, leurs regards d’encouragement sont fugaces. Moi, je voudrais pourtant des cannibales, des mecs qui sortent de la Dass ! Et puis, pourquoi Tuisova n’est-il pas placé au centre, où il toucherait plus de ballons ? Pourquoi Arundell fait-il autant d’erreurs ? Malgré tout, je les vois s’imposer à Vannes, ce week-end. » Parce que la saignée va bien finir par cesser, n’est-ce pas ? Parce que ce Racing et sa légion d’internationaux ont en cale dix fois plus de poudre et de talent que le modeste promu vannetais, non ? C’est l’évidence et, avant qu’il ne retrouve dans huit jours cette enceinte de Créteil que boude le diffuseur (Canal + refuse de retransmettre les matchs du Racing en prime time, dès lors qu’ils sont disputés à Duvauchelle) et peine à séduire les joueurs franciliens, le club des Hauts-de-Seine doit impérativement hausser le ton : « On peut remercier Créteil de nous accueillir, conclut Blanc. Mais l’histoire du Racing ne peut s’écrire que dans le 92, entre l’Arena et Colombes. Les Ciel et Blanc doivent retrouver un port d’attache. Et vite. »
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