Top 14 – Portrait. « Je pensais ne plus avoir le feu sacré » : George Moala, de la tentation du divorce à la passion

Le Tonguien entame sa septième saison en Auvergne et a retrouvé le feu sacré après une année 2023 où il était tenté de mettre un terme à sa carrière et le contrecoup d’une énorme blessure à la hanche…

Malintrat accueille les Moala depuis trois ans. À dix kilomètres à l’est de Clermont-Ferrand, la petite ville auvergnate d’un millier d’habitants est presque habituée à voir des joueurs de l’ASM s’installer au milieu de ses artères. Avant que le centre tonguien arrive avec ses cartons, Tim Nanaï-Williams habitait dans cette charmante maison du centre-ville, entourée d’un jardin aussi vert que la pelouse du Michelin et d’une piscine bâchée à l’aube de l’automne. Après l’ouverture de l’imposant portail noir, Lupe, Isaia et Anabelle se défient face au panier de basket-ball. Au cours d’un dimanche matin ensoleillé, loin des tumultes de la semaine, les trois enfants du couple Moala, âgés de 4, 6 et 12 ans, donnent le tournis à leurs parents. « Isaia, la plus petite, tient de sa mère, elle est beaucoup plus énergique que moi. Lupe et Anabelle me ressemblent un peu plus, ils sont plus calmes », sourit George, dont le polo beige couvre un haut du corps surnaturel, aux côtés de Vava, sa moitié depuis « onze ans »… selon ce dernier. « Il a vraiment dit cela ? ! On s’est mis ensemble il y a quatorze ans, je connais même la date précise ! » Une reprise de volée saillante de madame Moala qui oblige le colosse tonguien à s’en dépêtrer avec les moyens du bord. « Ah oui tu as raison, c’est à cause des commotions que je me perds… C’est une bonne excuse non ? », se rattrape monsieur Moala, avec un large sourire.

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Devant les trois guitares du numéro 12 clermontois et les nombreuses photos de mariage du couple, le centre de l’ASM ne perd pas de temps à revenir au ballon ovale. « Vous avez regardé le match contre le Racing ? C’est dommage que nous ayons eu ce trou d’air, je pense qu’on avait le match en mains… », souffle Moala dans un calme olympien. « Le début de saison a été frustrant pour moi parce que j’ai passé un mois en Nouvelle-Zélande auprès de ma famille, et quand je suis revenu à Clermont je me suis blessé à la cheville. Je n’ai donc pas pu m’entraîner normalement mais je me sens de mieux en mieux semaine après semaine. »

Pendant son séjour au pays des Maoris, George Moala s’est entraîné tous les jours aux côtés de son frère, Siosiua, qui a joué pendant sept ans en Espagne. À Auckland, où vivent les parents et les frères et sœurs du Clermontois, les posters et les trophées à la gloire de George l’ont revigoré. De retour en Auvergne, le centre clermontois a « poussé son corps comme jamais » sur les exercices de cardio et de musculation pour revenir le plus vite possible, tout en regardant avec dépit ses coéquipiers se préparer ballon en main. Pourtant, celui qui fut surnommé « George de la jungle » par Charlie Faumuina, grâce à son physique destructeur, aurait pu ne jamais faire le déplacement à Créteil, ni même participer à la saison 2023-2024 avec Clermont.

Avec son fils, la tradition du rugby semble se perpétuer Clément Labonne

L’arrivée d’Urios en déclic

Car s’il entame sa septième saison avec le maillot jaune et bleu, George Moala a failli tout arrêter à l’hiver 2023. À l’époque, Jono Gibbes entraînait les Jaunards et le Tonguien avait passé le début de l’exercice 2022-2023 entre le banc des remplaçants (trois titularisations entre septembre et janvier), la tournée automnale avec le Tonga et des blessures handicapantes. Pour la première fois, le monstre discret de l’ASM affirme qu’il était tenté de prendre sa retraite à l’issue de cet exercice. « Je n’en ai jamais parlé, c’est vrai… C’était une période très difficile pour moi (il s’arrête). Il y a eu beaucoup de départs de joueurs importants (Parra, Lopez, Fofana…) et je pensais à la retraite. Cela n’avait rien à voir avec Clermont, mais je pensais ne plus avoir le feu sacré pour continuer de jouer. J’en parlais à ma femme mais elle n’arrêtait pas de me dire : « Tu es encore jeune tu vas continuer ! » Physiquement je pouvais encore jouer, mais j’étais atteint mentalement par les blessures, le fait de ne plus participer aux matchs etc. Je pensais vraiment arrêter ma carrière. Et quand Christophe (Urios) est arrivé, cela a été un déclic. Il m’a fait comprendre qu’il avait besoin de moi et j’ai dit « ok, je vais essayer à nouveau » et j’ai finalement retrouvé cette motivation grâce à son soutien et celui de Vava. »

Arrivé fin janvier 2023 aux abords de la place de Jaude, l’actuel boss de l’ASM était surpris d’être confronté à une telle volonté de l’un des meilleurs centres du championnat. Pourtant, celui qui avait affronté Clermont avec l’UBB sentait que les Jaunards n’étaient plus les mêmes sans leur Hulk venu du Pacifique. « Avant d’entraîner l’ASM, George me faisait peur, on sentait que c’était un joueur essentiel et la clé du jeu de Clermont, ce que je ne retrouvais pas les dernières semaines avant que j’arrive à l’ASM. Il était en grande difficulté sur le plan mental. Je voyais bien qu’il ne jouait plus et que je ne voyais pas le Moala qu’on connaissait. On m’a annoncé qu’il voulait partir et quand ce type de joueur aussi important a cette envie, cela fait un peu peur ! Mais je l’ai rencontré seul à seul après une semaine car je voulais savoir pourquoi il voulait s’en aller. Il ne se réalisait pas sur le terrain ni dans le groupe, et comme il est solitaire, si vous ne lui attachez pas d’empathie, vous le perdez et c’est ce qui se passait. Mais dans mon esprit, il était un homme important et j’avais besoin de lui. Petit à petit, on a accroché et il a fait une fin de saison incroyable », se rappelle Urios.

George Moala a pu compter sur le soutien de sa famille dans ses périodes compliquées Clément Labonne

J’ai voulu faire des squats avec une barre de 200 kilos, sans échauffement

Auteur d’une nouvelle saison royale, l’année passée, George Moala prend maintenant davantage soin de son corps. À bientôt 34 ans, le Tonguien ne récupère plus aussi vite qu’à ses débuts avec l’ASM. Sans se gérer, le centre clermontois ne passe toutefois jamais par la case des squats, lors des séances de musculation. La cause ? « Lors d’un camp d’entraînement en Nouvelle-Zélande, j’ai voulu faire des squats avec une barre de 200 kilos, sans échauffement, j’ai juste enlevé mon sac et j’ai pris la barre. J’étais jeune et insouciant, donc au bout de cinq répétitions, ma hanche a fait « pop », mais je n’ai pas vraiment eu mal. Je sentais une gêne, bien sûr, mais je ne comprenais pas à quel point la blessure était grave. Donc j’ai joué avec cette blessure ces six dernières années sans savoir ce que j’avais. Mais lors d’une visite médicale j’ai compris, et cela m’a beaucoup fait souffrir la saison dernière. En fait, ma hanche droite est plus haute que ma hanche gauche, donc cela crée un décalage sur tout le bas du corps. Aujourd’hui, je consacre chaque matin à passer un rouleau sur ma hanche et j’ai arrêté les squats en salle de musculation ! Je regarde les autres, c’est plus sûr (rires). »

Malgré ce handicap tardif, la présence de Moala, apaise, soulage et motive ses partenaires. Peu bavard, le Tonguien est un leader respecté vers qui ses plus jeunes coéquipiers peuvent venir, sans complexe, prendre des conseils de ce golgoth. « C’est vrai que je parle peu. Ma femme et mes enfants sont parfois inquiets et me demandent parfois : « Tu es sûr que ça va ? » (rires) Par contre j’écoute beaucoup. J’ai été éduqué comme cela, mes parents m’ont appris à toujours être humble, reconnaissant et gentil avec les personnes, sans en faire trop. De toute façon mes enfants me le rappellent assez ! Ils me disent souvent : « Tu es peut-être un grand joueur de rugby, mais ici tu n’es que papa ! » Dans le rugby, cela ne m’empêche pas de donner quelques conseils aux plus jeunes, notamment Léon (Darricarrère) au centre. Que ce soit dans la mentalité, l’intensité à l’entraînement, j’essaie de transmettre ce que j’ai pu apprendre au fil de ces dernières saisons. »

D’un divorce voulu, George Moala est finalement retombé amoureux de Clermont, en prolongeant son contrat jusqu’en 2026. Le centre du Pacifique inspire toujours la crainte chez ses adversaires, même si la question de l’âge peut légitimement se poser. Mais au crépuscule de sa carrière, Moala a encore faim, et Christophe Urios l’a bien compris. « George est un sauvageon. Il faut l’apprivoiser, sinon il s’écarte, il est très discret mais il a ses relations avec les îliens. Irae Simone notamment, mais il est énormément respecté par le vestiaire. Il est une figure clermontoise et sa discrétion n’est pas à la hauteur de son impact chez nous ou chez nos adversaires. Il n’y aura pas de saison de trop, on a bien mesuré les choses, il a envie de le faire et il le rendra. »

Une volonté également affirmée par le principal intéressé. Grand fan des Golden State Warriors, franchise de basket-ball sept fois championne NBA, Moala explique avec le ballon orange dans la main, devant le panier de ses enfants, que les défenses adverses devront encore être prêtes. Après un air-ball où il a décidé de s’échapper en courant, le Clermontois sourit. « C’est fou car je suis passé d’une potentielle retraite à une prolongation jusqu’en 2026 ! Je suis à nouveau excité, et quand cette prolongation est venue je ne me suis pas posé de questions. J’ai un nouvel état d’esprit et je respecte tellement l’ASM que j’ai accepté ce nouveau défi. Aujourd’hui, j’entame ma septième saison, je suis habitué à la pression du Top 14, mais je vois aussi mes enfants grandir et avoir quelques cheveux blancs (rires). Je prends plus le temps de prendre soin de mon corps pour plusieurs raisons : j’adore jouer ici, il me reste deux saisons, et je veux également prouver que je ne suis pas encore trop vieux pour performer. Certains clubs français m’ont fait des offres, mais je ne me voyais pas quitter un club qui m’avait presque tout donné. Cela n’aurait pas été juste. » C’est ça l’amour.

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https://www.rugbyrama.fr/2024/09/24/top-14-portrait-je-pensais-ne-plus-avoir-le-feu-sacre-george-moala-de-la-tentation-du-divorce-a-la-passion-12214584.php

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