« Nous avons décidé d’aller en France, le pays de la liberté » : le récit d’Ibrahima-Sory qui a fui la Guinée Conakry jusqu’à Béziers

« Parce qu’il n’y a pas d’étrangers sur terre », tel est l’un des slogans de la Cimade, l’association de solidarité active envers les personnes opprimées et exploitées, notamment les demandeurs d’asile. Rencontre avec le Guinéen Ibrahima-Sory, hébergé avec sa famille au centre d’accueil pour demandeurs d’asile de l’association.

Les bénévoles et salariés de l’association la Cimade, qui a ses locaux rue de la Rotonde, à Béziers, mènent divers combats pour aider les personnes étrangères et sensibiliser le public à travers différentes actions. Elle dispose d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) de 90 places, dirigé par Jean-Philippe Turpin, pour un total de 132 grâce au dispositif alternatif des hôtels. Ce lieu d’hébergement est financé par l’État à travers une convention.

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Ibrahima-Sory y loge avec son épouse et ses deux enfants de 9 ans et 7 mois. Ce mardi 17 septembre, dans la petite chambre où la famille vit depuis son arrivée à Béziers, au premier étage du bâtiment principal, ce père de 28 ans joue avec son bébé. Le fiston est à l’école, la maman est en bas, dans la grande salle, pour la réunion des participants à l’atelier Cuisine du monde. La Guinée-Conakry, le pays d’origine du couple, n’est désormais qu’un lointain souvenir.

« Nous étions amoureux »

« Nous étions amoureux mais elle était promise à un autre car, même si nous sommes tous deux musulmans, nous n’appartenons pas à la même branche. Et son père refusait de me donner sa main. Mais nous avons continué à vivre notre amour en cachette », explique-t-il dans un français parfait, la langue de Molière étant la langue officielle de ce pays d’Afrique de l’ouest. Mais un jour, un enfant naît de cet amour. « Nous avons vécu séparément jusqu’aux 5 ans de mon fils, elle chez ses parents, moi seul dans un appartement. Puis, j’ai avancé l’idée de fuir, elle m’a suivi. Nous avons décidé d’aller en France parce que c’est le pays de la liberté et que nous parlons français, tout simplement. » Tous deux sont diplômés (licence d’administration des affaires pour lui, de sociologie pour elle) et pleins d’espoirs.

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Sa compagne fuit dans un premier temps le foyer des parents. Ils vivent cachés pendant un an. Ibrahima-Sory est alors recherché car poursuivi pour kidnapping. Il est donc temps de partir. Lui a un petit pécule qu’il a économisé grâce à son travail de chauffeur pendant ses études. Elle aussi, de l’argent qu’elle a obtenu lors de la cérémonie « du grand sacrifice » à la mort de sa mère (les convives donnent de l’argent lors des obsèques).

Le Cada ne désemplit pas

Le Cada de la Cimade ne désemplit pas. Cependant, le turn-over sur les 132 places disponibles est important, même si les personnes hébergées restent ici entre un et deux ans. « Elles doivent partir si elles sont déboutées de leur demande d’asile – elles ont alors un mois pour le faire – ou si elles obtiennent le statut de réfugiés, elles ont alors trois mois », explique le responsable du Cada, Jean-Philippe Turpin. 

Un long périple de trois ans

Commence alors un très long périple qui durera trois ans. Mali, Niger, Algérie, Tunisie puis la traversée de la Méditerranée en bateau de fortune pour arriver à Lampedusa, en Italie. « Un long trajet dangereux, qui a duré 16 heures, où l’on a vu des cadavres, des bateaux échoués, mais une fois lancés, on ne pouvait plus reculer. Nous avons eu de la chance. Nous sommes arrivés sains et saufs, avec notre fils, en Europe. »

Une association les prend en charge en Sicile où ils vivent dans un camp. Ils parviennent à s’enfuir au bout de quinze jours pour se retrouver à Vintimille, puis à Menton. « Moi je me suis fait attraper dans le train, pas ma femme qui a continué. J’ai été renvoyé à Vintimille, dans un centre de rétention mais relâché le lendemain. J’ai pu prendre un bus et la rejoindre. Elle m’attendait, avec mon fils, à la gare de Marseille. Nous avons pris à nouveau le train direction Nantes où nous avons pris contact avec l’office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) . Là, nous avons déposé un dossier de demande de protection. L’office français nous a trouvé un hébergement à Toulouse. Nous sommes restés un mois dans un Cada, puis transférés à Béziers, à la Cimade. »

Enfin des statuts, des papiers

Une magnifique petite fille est née dans la cité de Riquet. C’était il y a sept mois. Une demande d’asile pour l’enfant a donc pu être déposée. « Elle a été acceptée, elle a obtenu le statut de réfugié, et nous, un titre de séjour de dix ans, comme pour les réfugiés, en tant que parents d’enfants réfugié. Mon fils, lui, reste sans statut », soupire-t-il.

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Le futur de sa petite famille, Ibrahima-Sory le voit en couleur. « On est aujourd’hui ensemble, heureux, au pays de la liberté », sourit-il. Il compte se former pour trouver un travail. La famille va très bientôt quitter la Cimade.

La Cimade recherche des bénévoles. Contact : 04 67 76 36 45.

Des permanences juridiques

Tous les mardis et vendredis, de 14 h à 18 h, des bénévoles se relaient pour assurer des permanences juridiques dans les locaux de la Cimade. André est l’un d’entre eux. Formé à la Cimade.

« Tous les mardis, je reçois des personnes étrangères, qui, le plus souvent, viennent d’arriver en France, explique-t-il. Auparavant, elles ont appelé. Après avoir fait une instruction de la situation par téléphone, si nous pouvons les aider à trouver une solution, un rendez-vous à la permanence est assuré. »

Il s’agit en majorité de personnes en démarche de régularisation ou d’obtention d’un titre de séjour, « la plupart provenant du Maroc et d’Algérie, car à Béziers, ces deux communautés sont très présentes. » Une fois la situation instruite et enregistrée, la personne est reçue pour un entretien plus approfondi.

« La langue n’est pas un barrage, je parle anglais et espagnol, et deux bénévoles parlent arabes. » But de la rencontre ? « Identifier ce que j’appelle les “trous de souris” dans la loi, c’est-à-dire l’article ou la jurisprudence qui fera qu’on aura une chance d’obtenir un titre u de séjour. On leur donne alors tous les éléments pour composer un bon dossier, comme savoir parler français, ou des preuves de leur présence en France. Nous recevons aussi des personnes qui peuvent obtenir un titre de séjour de droit (comme ceux mariés à un Fnraçias) mais qui sont perdus dans les démarches sur internet. »

La Cimade organise environ 500 rendez-vous par an de ce type.

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À la cantine de l’atelier “Cuisine du monde »

Mardi 17 septembre, les participants à l’atelier “Cuisine du monde”, des personnes hébergées et extérieures, étaient réunis pour préparer l’organisation de la semaine. Notamment la préparation de deux buffets à concocter. Amina et Nassera en font partie, toutes deux habitant Béziers, qui ont suivi les cours de français langue étrangère proposés par La Cimade.

« On vient ici pour la convivialité, continuer à apprendre le français et le plaisir de proposer à la cantine nos spécialités culinaires », lancent-elles, très souriantes. Et Jackie Bosc, bénévole à la Cimade s’occupant, entre autres, des actions de sensibilisation, d’ajouter : « Le vivre-ensemble prend ici tout son sens. Car la Cimade, au-delà d’aider les demandeurs d’asile, c’est aussi un lieu de vie, de rencontres, de culture. »

https://www.midilibre.fr/2024/09/19/nous-avons-decide-daller-en-france-le-pays-de-la-liberte-le-recit-dibrahima-sory-qui-a-fui-la-guinee-conakry-jusqua-beziers-12205901.php

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