Top 14 – Commotions cérébrales : comment Matthias Haddad (La Rochelle) fait son introspection

Titularisé pour la première fois de sa carrière au lancement d’une saison, laissé tranquille par son genou gauche, le Rochelais Matthias Haddad n’en reste pas moins en alerte sur sa santé après plusieurs commotions cérébrales. Il porte à 23 ans une analyse critique et réfléchie sur « ses erreurs » du passé, qu’il espère avoir gommées. Grâce à un travail avant tout mental.

Discuter avec Matthias Haddad est perpétuellement l’assurance d’un moment plein d’intérêt. Présent en conférence de presse vendredi dernier, à l’avant-veille de la réception de Toulon – une première journée de championnat abordée dans la peau d’un titulaire, une première depuis son passage en pro –, le troisième ligne du Stade rochelais s’est montré particulièrement loquace au moment d’aborder ce qui commence à sérieusement lui être préjudiciable. À savoir les plaquages avec la tête engagée du mauvais côté.

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Victime de commotions cérébrales répétées depuis le début de sa (jeune) carrière, le champion du monde U20 (2019) sait ô combien l’importance de ménager sa monture, sous peine de mettre en péril la santé de son cerveau. Sa dernière sérieuse alerte remonte à début juin, sur la pelouse du Stadium de Toulouse où son manager Ronan O’Gara craignait à chaud, au-delà d’une nécessaire et obligatoire longue absence, qu’elle ne dépasse le simple cadre sportif, au regard des « antécédents médicaux » de son poulain. S’il n’inspire finalement pas d’inquiétude outre mesure, le cas de Matthias Haddad est pris à bras-le-corps par le principal intéressé. Séquence introspection.

Un manque de lucidité plutôt que de technique

Du genre à poser beaucoup de questions, qualité sans cesse soulignée par son coach Donnacha Ryan, le natif de La Rochelle a poussé sa curiosité jusqu’à comprendre le pourquoi du comment. Un problème de technique de plaquage ? Cette piste, déjà fermement réfutée il y a une poignée de mois par l’autre entraîneur des avants maritimes Romain Carmignani, à ses côtés depuis la catégorie Espoirs, Matthias Haddad la conteste aussi. Invoquant une cause d’un tout autre ordre.

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« Je voulais prouver à mes pairs que j’avais la légitimité d’être sur le terrain, peut-être parce que je ne me sentais pas légitime. Il y a beaucoup d’envie et d’engagement quand tu cherches toujours à prouver, à vouloir montrer que tu mérites sur le terrain malgré le fait que tu es peut-être moins préparé que les autres », pose en préambule le troisième ligne, aux deux précédentes saisons tronquées car opéré à deux reprises du genou gauche et victime d’une rechute. « Ce surplus d’énergie et d’envie de prouver m’a parfois causé du tort par rapport à un manque de lucidité sur certaines actions, qui a fait que je me suis blessé. Notamment avec des commotions. »

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Concrètement ? « Je savais plaquer, pas de soucis. Le problème, c’était plus la vitesse avec laquelle j’effectuais mon geste, reprend Matthias Haddad. Normalement, on sprinte, on ralentit puis on sprinte de nouveau. J’étais parfois en retard, ou du moins j’avais l’impression de l’être, et je sprintais pour vouloir fermer l’action ou parce que je voyais un surnombre. Ce qui m’empêchait de bien caler mes appuis, mon épaule, etc. Chose dont j’avais conscience dans des situations où je ne me mettais pas le feu dans la tête. Tout ça partait de mon interprétation du scénario de l’action. Je me disais : « c’est risqué, là, on peut se faire brécher » ou « je me sens juste, il faut que je n’accélère » alors que non, pas forcément… »

Un travail d’interprétation mental et des scénarios individualisés à l’entraînement

« J’ai pu prendre conscience de ces faits grâce à un travail d’analyse vidéo avec les coachs et un travail sur moi, avec mes proches. Il n’y a pas vraiment de soucis avec la technique de plaquage. Je peux plaquer deux cents fois par match, euh pardon par semaine (rires), ce n’est pas un problème. C’était un travail, image-t-il, d’interprétation mentale. » Qui se répercute à l’entraînement par le biais de « plusieurs situations et scénarios » individualisés « pour qu’il fasse le meilleur plaquage et éviter le risque de blessure », glisse Donnacha Ryan, jugeant « énorme pour un entraîneur d’avoir un joueur avec une telle volonté de faire un plaquage, le plus agressif possible. »

Donnacha Ryan donne son avis sur Matthias Haddad Icon Sport – Sandra Ruhaut

Plus épais (99 kilos) que plusieurs mois en arrière, plus aguerri au sortir d’un été loin de l’infirmerie, Matthias Haddad ne ressent pas d’appréhension particulière à l’orée d’une saison qu’il espère pleine. Et sans protocole commotion. « Personnellement, cela faisait trois ans que je n’avais pas fait de vraie préparation entière. Ça m’a fait un bien fou de bien me préparer. Je le ressens physiquement et mentalement, ça me donne plus de confiance, plus de sérénité quant à mon corps. Il y a aussi la dimension maturité que mes erreurs des saisons passées m’ont offerte : on n’est pas invincibles, on est des joueurs de rugby mais on est des humains. On ne peut pas ne pas faire de prépa et être à 100 % le week-end. Ça n’existe pas, même si la fougue de la jeunesse est présente (rires), il faut savoir respecter le chemin, le plan. »

« Le problème, c’est qu’on est dans un milieu où l’on veut toujours jouer tout le temps, être disponible même si on ne l’est pas forcément. On se ment à nous-mêmes, c’est ce qui cause cette immaturité qui fait que tu te blesses derrière. J’ai fait des erreurs, je les ai reproduites, ça m’a causé plus de mal que de bien », analyse avec le recul Matthias Haddad, non sans saluer l’évolution de la prise en charge des commotions cérébrales dans le rugby. « J’ai l’impression qu’on essaie d’écouter la sensation des joueurs, de les freiner, de faire en sorte qu’ils se sentent mieux dans leur tête et dans leurs crampons. » C’est son cas. Sourire à l’appui.

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https://www.rugbyrama.fr/2024/09/11/top-14-commotions-cerebrales-comment-matthias-haddad-la-rochelle-fait-son-introspection-12188914.php

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