Top 14 – Benoît Paillaugue (Montpellier) : « Le MHR n’est pas qu’un club de people »

Après seulement quelques mois comme entraîneur des Espoirs, Benoît Paillaugue a intégré le staff des professionnels de Montpellier. Moins d’un an après sa retraite comme joueur, le voici entraîneur de l’attaque. Souriant, vêtu d’un ensemble noir du club, l’homme aux 279 matchs avec les Montpelliérains s’est posé pour évoquer son nouveau rôle, l’identité MHR mais aussi les zones de turbulences qu’a récemment traversées le club.

Vous avez vécu votre premier match au GGL Stadium comme entraîneur après un grand nombre comme joueur. Était-ce bizarre de ne pas rentrer sur la pelouse ?

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Ce n’était pas bizarre, car j’ai arrêté de jouer il y a un peu moins d’un an. Mais c’était particulier d’arriver dans la peau d’un coach. C’est plaisant d’avoir ce rôle-là et je suis content de le faire. Même si on n’est pas maître sur le terrain, je suis ne suis pas non plus spectateur, c’est une fonction différente. On essaie d’avoir une importance autre, par le biais de l’analyse ou de la parole au cours des matchs. C’est la seule chose qui change. Mais la boule au ventre et l’adrénaline sont toujours là ! Le positionnement change aussi, je suis un peu plus haut.

En bon ancien demi de mêlée, êtes-vous aussi expressif comme coach ?

Oui, mais beaucoup moins que sur le terrain. Dans le micro je râle parfois. Mais en étant loin, c’est plus dur de faire passer ses messages, donc tu le fais par d’autres moyens. Je n’ai pas trop cassé les oreilles aux autres entraîneurs dans le casque. Mais ce n’était que le premier match !

Vous avez évolué au MHR avec trois membres du staff : Geoffrey Doumayrou, Joan Caudullo et Antoine Battut. Didier Bès vous a entraîné ici, ainsi que Benson Stanley à Clermont. Ce passé commun fluidifie-t-il vos relations ?

L’entente est bonne. Nous tirons dans le même sens. Quand il y a des petits couacs ou que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, il y a beaucoup de discussions. Ça se passe plutôt bien pour le moment. On attend juste d’avoir de meilleurs résultats mais on travaille bien, on a la même philosophie. On se connaît assez bien, donc il n’y a pas la pudeur ou cette crainte de se dire certaines choses, cela nous permet d’avancer car nous sommes un jeune staff ! On connaît les caractères des uns et des autres donc il n’y a pas de surprises. Et Didier, je le connais depuis tellement de temps… Cela ne fait pas bizarre d’être entraîneur avec lui car je le côtoyais tous les jours. Il est là, il a beaucoup d’expérience et il nous aide beaucoup. Il a souvent la bonne parole quand il voit qu’on s’énerve un peu trop. Pour l’instant ça se passe bien c’est cool, mais il faut que cela se traduise à travers les résultats…

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Certaines anecdotes fusent-elles de temps en temps ?

De l’ancien temps ? Oui, mais on a beaucoup de boulot, donc c’est plus quand nous sommes à table. Et encore, on parle plus de coaching. Mais bien sûr, quand on a de rares moments de détente, on se remémore quelques souvenirs !

Benoît Paillaugue avec son ancien coéquipier Geoffrey Doumayrou. Icon Sport – Alexandre Dimou

Vous deviez entraîner les Espoirs durant deux années. Vous attendiez-vous à grimper si vite en Top 14 ?

Pas du tout ! J’avais déjà travaillé sur le recrutement des Espoirs et sur le système de jeu de la saison prochaine. C’est arrivé rapidement, mais cela fait partie de la vie. Quand tu as l’opportunité, il faut savoir la saisir. Est-ce que cela se passera bien ? Je ne sais pas, mais dans ce staff on fait tout pour ! J’ai déjà été un peu promu au staff de l’équipe première en fin de saison dernière. On m’avait demandé de travailler sur l’access match contre Grenoble. J’ai été intronisé un peu comme ça. Cela a été fait par le président, par Bernard Laporte et par les joueurs un peu aussi.

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Le président Mohed Altrad, justement, est-il proche de vous, les membres du staff ?

Mohed a mal vécu la dernière saison. Il était moins présent au club à cause de son entreprise et de ses obligations personnelles. Je pense qu’il l’a remarqué et qu’il veut être plus proche de ses joueurs. Je crois qu’ils en ont besoin. Ils ont la nécessité de voir le patron au club ! Depuis le début de la saison, il est souvent avec nous. Il était au stage en Corse, aux matchs amicaux, il vient manger avec nous… Il a besoin de ça et le groupe a besoin de le voir. Au staff, il nous demande beaucoup de choses et il nous soutient !

Bernard Laporte est entre le staff et le président en termes de hiérarchie. Le voyez-vous souvent ?

Il est tout le temps là ! Bernard est très proche de nous. Il l’a dit, il sera derrière nous pour nous accompagner car nous sommes un jeune staff. Il nous écoute beaucoup, mais prend aussi la parole pour nous conseiller. On échange énormément. Chaque entraînement, chaque match, il est là et ça se passe très bien.

Dans nos colonnes, Vincent Etcheto a parlé de putsch concernant l’arrivée du nouveau staff dont vous faites partie. Est-ce la manière dont vous l’avez vécu aussi ?

Je n’ai rien à dire. Il pense ce qu’il veut penser. Je sais comment les choses ont été faites. Parler dans la presse, ce n’est pas mon délire.

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Qu’est-ce que ces quelques mois à diriger les Espoirs vous ont-ils appris de ce métier d’entraîneur ?

Cela a été rapide, mais cela m’a permis de toucher un peu du doigt ce mode de fonctionnement sans que cela soit professionnel. Mais tu formes des pros, donc tu as envie de gagner, tu veux voir si ton projet de jeu marche ou pas avec les jeunes. Je suis un jeune entraîneur. Avec le staff de la première, j’apprends, je vois si ma philosophie de jeu va prendre en essayant de la mettre en place crescendo. Je travaille ça au quotidien !

Quelle est la philosophie de jeu du coach Paillaugue alors ?

Celle qui gagne, déjà (rires). J’aime bien l’attaque, mais il faut trouver les points forts et les points faibles du groupe pour mettre en place le meilleur système possible. Sans vouloir trop jouer car nous ne sommes pas Toulouse, j’essaie de montrer aux joueurs que l’on peut trier les bons ballons et les mauvais ballons. Pour l’instant, on travaille mais on essaiera de peaufiner quand les joueurs auront confiance en eux, mais surtout quand on gagnera car c’est comme cela qu’elle s’acquiert.

Benoît Paillaugue donnant ses consignes à l’entraînement. Icon Sport – Alexandre Dimou

Avec Joan Caudullo (ancien directeur du centre de formation), vous vous êtes occupés des jeunes. Est-ce plus facile pour eux de s’intégrer au groupe pro grâce à votre présence ?

On est assez proche avec les jeunes car on a créé quelque chose avec eux après cette bonne saison. Ils savent que nous les suivons et que la formation est dans le projet du club. Ils s’entraînent avec nous, mais il faut savoir bien s’en servir et les intégrer à l’équipe au bon moment. Il ne faut pas les mettre tous d’un coup et dire ensuite qu’ils n’ont pas le niveau. Si tu fais douze changements sur une compo et que tu en mets sept, ça risque de ne pas marcher. On va les intégrer petit à petit, mais ce n’est pas parce qu’on les a dirigés chez les jeunes qu’on va les mettre partout. Il faut qu’ils soient performants pour cela !

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Avec Geoffrey Doumayrou, vous avez joué avec une grande partie de l’effectif. Est-ce plus simple pour dire aux joueurs ce que vous pensez ou, a contrario, est-ce dur de faire des reproches quand vous aimez bien un joueur et l’humain ?

De la retenue, non ! Avec Doum’, ils connaissent notre caractère. Ils savent que nous sommes des compétiteurs, que nous aimons la gagne et qu’il n’y aura pas de passe-droits. Mais c’était pareil quand nous étions sur le terrain avec eux ! C’est ce qu’ils aiment chez nous. On met tout le monde au même niveau, qu’importe le statut. Ceux qui mouillent le maillot joueront. Le club sort de deux saisons galères, hors de questions d’en revivre une. Pour cela, il faut tous tirer dans la même direction. On veut des joueurs avec de la hargne, qui se dépensent pour l’équipe et que cela soit cette dernière qui prime.

D’avoir vécu comme joueur la saison cauchemardesque de l’équipe la saison dernière, vous partiellement et Geoffrey Doumayrou entièrement, est-ce que cela vous a aidé pour reconstruire ce groupe et préparer cet exercice ?

On sait que les joueurs attendent du renouveau. La saison dernière en a marqué beaucoup. Il faut du temps, mais nous n’en avons pas… Donc à nous de trouver les bons leviers pour les faire switcher le plus vite possible. Ils ont cette envie-là, mais il faut retrouver de la confiance. Et donc gagner pour cela !

Vous étiez partis à Toulon en 2022 sur un titre de champion de France. Vous êtes revenus en début de saison dernière, un exercice soldé par une treizième place. Quels changements avez-vous trouvés au club en si peu de temps pour expliquer cette chute au classement ?

J’ai senti un groupe assez meurtri de la saison d’après-titre. Il y a eu les départs de beaucoup de joueurs emblématiques du club, des capitaines et vice-capitaines soit une ossature de vestiaire à reconstruire. Il y a aussi eu le pépin de plusieurs joueurs importants qui auraient pu reprendre ce vestiaire, comme Geoffrey Doumayrou et Yacouba Camara, qui s’étaient fait une rupture du ligament croisé. Mais, vous savez, ils restent des humains. Le moral joue une grande partie sur les performances. Actuellement, il faut retrouver des leaders de jeu et de comportement. Mais cela ne se fait pas comme ca ! Chez certains joueurs, cela vient vite, chez d’autres, cela prend plus de temps.

Benoît Paillaugue lors de sa dernière rencontre professionnelle à Perpignan, en novembre 2023. Icon Sport – Alexandre Dimou

Vous évoquiez le mental, avez-vous mis des choses en place pour accompagner les joueurs sur ce plan-là ?

On en parle ! C’est un sujet sur lequel nous sommes en pleine réflexion.

Parmi les capitaines du club cette saison, Lenni Nouchi. Il a terminé sa formation au MHR, il a 20 ans, il était capitaine des U20 champions du monde, il est néo-international… Peut-il incarner le renouveau de Montpellier tant sportivement qu’aux yeux du public ?

Bien sûr qu’il peut ! Il a les caractéristiques rugbystiques pour le faire ! Il a un fort potentiel, ne parle pas beaucoup mais travaille. Il aime ce maillot et ce club et c’est important pour transmettre. Mais dans son sillage, il y a d’autres joueurs. On ne peut pas s’arrêter sur un seul, il nous en faut plusieurs avec ces caractéristiques. Mais lui est au-dessus de la pile !

Avec ce staff estampillé anciens du MHR (seul Benson Stanley n’y a pas joué), est-ce que cela marque la volonté de retrouver une identité MHR ?

Cette identité a toujours été là ! Il y a beaucoup de personnes qui aiment bien l’oublier par contre, surtout en dehors du club. Nous avons un club qui n’a pas bonne réputation… Plusieurs joueurs et anciens joueurs sont dans le club, mais pas seulement avec les pros. Beaucoup entraînent chez les jeunes par exemple. Il y a aussi besoin d’avoir des gens de l’extérieur pour apporter une plus-value, évidemment. Benson Stanley, en un an, a fait l’unanimité ! L’identité a toujours été là, il faut simplement qu’elle perdure. Mais, surtout, quand il y a des changements, il faut arrêter de tout remettre à zéro ! Peut-être que dans six mois nous ne serons plus là avec le staff. Mais il faudra que l’identité reste là, c’est ça le but du projet.

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Cette identité a-t-elle néanmoins pu se perdre à des moments ?

Bien sûr, on ne va pas se mentir ! Notamment quand il y avait beaucoup de Sud-Africains : des gens attachés au club venaient moins car ils ne se retrouvaient pas dans cette équipe. Mais cette identité a toujours existé. L’histoire de Montpellier est grande. On s’arrête souvent à 1986, année de création du MHR, mais le club existait déjà avant cette fusion. En 37 ans, on a fait beaucoup de choses. Mais comme on a mauvaise pub, on remet tout à zéro. Des joueurs ont disputé plus de 300 rencontres avec le club, on a gagné deux Challenge Cup et surtout un titre de champion de France. Il y a une histoire ici ! Beaucoup de gens aiment ce club, mais on lui met des piques. On doit se servir de ça pour montrer que le MHR n’est pas qu’un club de people.

Benoît Paillaugue avec le bouclier de Brennus. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Cela doit donc vous agacer que le MHR ait longtemps été vu comme un club de mercenaires auprès du grand public avant d’être, désormais, considéré comme une équipe de « repris de justice »…

(il souffle) Cela fait vendre du papier. Je ne veux pas m’arrêter à cela, ce n’est pas ma priorité. Je veux que l’on retrouve quelque chose sur le terrain pour donner envie aux gens et aux anciens du club de revenir, qu’ils soient contents de voir nos matchs, qu’il y ait une alchimie entre les joueurs et les supporters, que nos sponsors soient heureux de nous donner de l’argent. On trouvera toujours quelque chose à dire sur nous…

Stuart Hogg, Billy Vunipola… Des jolis noms du rugby vous ont rejoint à l’intersaison. Les sentez-vous motivés par le projet du MHR de redorer le blason du club et de retrouver cette identité, donc ?

Ils sont moteurs depuis la reprise ! Cela s’est vu avec Stuart. Il n’avait pas joué depuis un an mais il a été un leader contre Lyon. Billy a ce caractère qui fait qu’il amène les autres dans son sillage mais il manque encore de condition physique. À chaque entraînement, ils parlent aux jeunes. Ils ont le sourire au quotidien. Ces soi-disant stars sont très heureuses d’être ici, elles sont revanchardes de pas mal de choses. Mais Madosh Tambwe, Nicolas Martins, Wilfrid Hounkpatin, ils sont tous heureux d’être ici. Le groupe vit bien mais il faut le montrer à travers les résultats, le contenu de nos performances, l’amour du maillot, l’énergie que l’on y met. On peut perdre des matchs mais les gens veulent des maillots mouillés.

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Une fois votre carrière de joueur achevée, vous avez tout de suite enchaîné sur celle de coach. Était-ce dur pour votre famille de vous voir repartir tous les week-ends ?

Ça a été une grande réflexion. J’ai été joueur pendant 17 ans. C’est un métier où tu es souvent absent. Il y a des blessures aussi, ce ne sont pas des périodes très joyeuses pour ta famille. Je me suis posé la question pour mes enfants, afin de pouvoir profiter des week-ends. Avec les Espoirs, c’était plus calme. J’en ai discuté avec ma famille et nous avons fait le choix de foncer car cette proposition ne reviendra peut-être pas. J’ai aussi réfléchi à faire une coupure. Mais elle peut durer tellement longtemps… Je ne savais pas si cette proposition reviendrait dans un, trois, quatre ans… Je préfère tenter et échouer plutôt que d’avoir des regrets dans plusieurs années.

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