Trois promoteurs ont été mis en examen le 1er août pour corruption active, abus de confiance et abus de bien social par les juges d’instruction de Béziers chargés d’enquêter sur la tentaculaire affaire de corruption mise au jour autour de l’ancien maire d’Agde. Eux aussi semblent avoir participé à un système bien rodé de services rendus aux proches de l’élu.
Pendant l’été, les enquêtes continuent. Trois promoteurs immobiliers ont passé une semaine difficile dans l’Hérault, où ils ont dû s’expliquer en détail sur leurs relations entretenues ces dernières années avec les deux figures de l’incroyable affaire de corruption qui secoue Agde depuis le mois de mars : Gilles d’Ettore, l’ancien maire et ex-président de la communauté d’agglomération Hérault-Méditerranée, et Sophia Martinez, la sulfureuse voyante que consultait l’élu de manière frénétique.
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L’un en Dordogne, l’autre à Strasbourg
Incarcérés le 11 mars pour « corruption, détournement de fonds et escroquerie » Gilles d’Ettore et Sophia Martinez ont retrouvé fin juin la liberté, après avoir dû renoncer à toute activité politique pour l’un, à toute tâche ésotérique pour l’autre. Avec, à la clé, une mise à l’écart de la station héraultaise. Gilles d’Ettore doit rester en Dordogne, où un ami l’héberge. Sophia Martinez est retournée à Strasbourg, sa ville d’origine.
Deux Montpelliérains et un Sétois
Mais l’instruction est toujours active à Béziers, comme trois patrons d’importants groupes héraultais (deux Montpelliérains et un Sétois) viennent de le constater, et pas de la plus agréable des manières. Convoqués au commissariat de Montpellier, ils ont passé 48 h en garde à vue à la P.J., avant d’être déférés le 1er août devant les magistrats biterrois. Ces derniers les ont mis en examen pour « corruption active, abus de bien social ou abus de confiance », comme l’a annoncé par communiqué le procureur Raphaël Balland.
Un cautionnement salé
Les promoteurs ont été libérés après versement d’un cautionnement salé (7500 € pour l’un, 15 000 € chacun pour les deux autres) et sont désormais interdits de séjour à Agde, et de contact avec les onze autres mis en examen. De quoi compliquer la marche de leurs affaires : tous les trois menaient d’importants programmes immobiliers dans la station héraultaise, où ils sont présents et actifs depuis des années.
La note du fastueux banque de mariage de la voyante
Leur mise en examen n’a pourtant en apparence rien à voir avec leur activité professionnelle. Selon nos informations, c’est parce qu’ils ont payé une bonne partie du fastueux banquet de mariage de Sophia Martinez, en août 2023, que ces hommes d’affaires influents ont des comptes à rendre à la justice. Chacun a versé sa part pour régler la note du traiteur, estimée à 20 000 €.
En garde à vue, deux d’entre eux se sont mis à table, expliquant avoir agi à la demande de Gilles d’Ettore, le troisième affirmant avoir juste fait « un cadeau » à la mariée. Un argument déjà invoqué en mai par un autre promoteur sétois mis en examen, qui avait offert 4500 € en liquide aux mariés. Comme si un mot d’ordre avait été passé à certains des 300 invités à la noce : Sophia Martinez a estimé avoir reçu « entre 20 000 € et 30 000 € » en liquide ce soir-là.
Les soupçons d’un système de corruption généralisé
Ces nouvelles mises en examen viennent renforcer les soupçons de l’existence d’un système de corruption généralisé à Agde, où le maire demandait aux acteurs économiques intervenant sur son territoire de financer au coup par coup les demandes croissantes de biens matériels ou de services de la voyante. L’un des trois promoteurs était lui aussi client de celle qui se disait médium, et se servait de ses talents de ventriloque pour donner des instructions par téléphone, censées venir de l’au-delà.
L’arrière-saison risque de ne pas être plus calme à Agde : plusieurs enquêtes préliminaires supplémentaires ont été ouvertes par le parquet de Béziers, portant sur l’entourage personnel et professionnel de Gilles d’Ettore.
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